Nous, citoyennes et citoyens de Wallonie, issus du monde politique, économique, social, culturel et associatif, militants du Mouvement wallon et acteurs de notre société dans sa diversité, réunis ce 29 février 2008 à Namur, à titre individuel ou comme représentants de divers groupements, voulons faire entendre notre voix dans le débat institutionnel actuel qui influencera directement sur l'avenir de notre Région. À cette fin, nous avons adopté la présente Déclaration qui, dans le cadre des négociations en cours et des réflexions qui seront menées au sein du Parlement wallon, réaffirme les principes fondamentaux sur lesquels nous voulons construire l'avenir de la Wallonie :
§ 1er Partant des constats que :
1) La mise en place d'une fédération francophone, c'est-à-dire un seul gouvernement et un seul parlement pour les Wallons et Bruxellois francophones, comme déjà tenté en 1985, aura pour conséquences principales :
- la liquidation des institutions de la Wallonie, représentation légitime des Wallons, porteuses de notre redressement ;
- la Région de Bruxelles-Capitale deviendrait la seule à conserver un gouvernement autonome.
2) La Région constitue la réalité de référence pour les Wallons comme pour les Bruxellois, à la fois comme élément d'identification et comme moteur de leur stratégie de développement ;
3) La solidarité entre la Wallonie et Bruxelles ne peut avoir pour prix la suppression ou l'occultation d'une des deux entités, mais elle doit, au contraire, respecter l'identité et les intérêts propres des deux populations et des deux Régions ;
4) L'institution communautaire, basée seulement sur la langue et la culture est porteuse d'enfermement et de repli identitaires. Incapable de répondre aux aspirations à la reconnaissance des populations qui la composent, elle n'a jamais été, en près de quarante ans, et ne sera jamais à même de déclencher une mobilisation citoyenne capable de générer tant un «vouloir vivre ensemble » que l'accélération de la rénovation de la Wallonie.
§ 2 Nous estimons que :
1) Il est temps de laisser derrière nous un État belge où deux Communautés se font face, pour mettre les institutions en phase avec la réalité de la population du pays, en permettant l'épanouissement de trois Régions, chacune avec son identité propre, des institutions cohérentes et la capacité de développer des coopérations efficaces, car tissées entre des partenaires égaux ;
2) La maîtrise et la gestion par la Wallonie des compétences culturelles au sens large à savoir l'enseignement, la recherche, la politique culturelle et sportive et les médias, est un facteur indispensable à la définition d'un véritable projet de développement régional cohérent et intégrant les dimensions économiques, sociales, environnementales, éducatives, sportives et culturelles ;
3) La poursuite et l'approdondissement du mouvement entamé dans la foulée de la réforme de 1993 (transfert de l'exercice de compétences, avec les moyens budgétaires afférents, de la Communauté française à la Wallonie et la Cocof) constituent une progression logique vers l'exercice de toutes les compétences communautaires par l'institution régionale, et ce tant en Wallonie qu'à Bruxelles ;
4) La solidarité et la complémentarité entre la Wallonie et Bruxelles peuvent se matérialiser et se renforcer de manière réellement efficace par une collaboration large de Région à Région, sans impliquer, par définition, leur dilution au sein d'institutions communes ;
5) Pour assurer une solidarité Wallonie-Bruxelles mutuellement profitable, l'adoption d'une norme commune concrétisant la volonté de coopération sous la forme d'un « traité » constitue une voie possible. Ce large accord de coopération réglera les objectifs communs, les domaines et modes de coopération, ainsi que les formes de la relation entre la Wallonie et Bruxelles ;
6) La tenue, à des moments distincts, des élections fédérales et des élections régionales est l'un des fondements du fédéralisme ;
7) Enfin, la Wallonie doit être à même de pouvoir mener un débat sur l'organisation politique et administrative optimale de son territoire, comme, par exemple, le rôle de l'institution provinciale.
§ 3 Nous considérons que :
1) La liste des compétences fédérales devra être établie de manière limitative tout en garantissant une fiscalité des entreprises identiques dans l'ensemble du pays et en renforçant la solidarité inter-personnelle et l'unicité du droit au travail, appréhendés, tous deux, dans un sens large, et ce pour l'ensemble des travailleurs, indépendamment de leur lieu de travail ou de domicile ;
2) Une « re-fédéralisation » de compétences exercées par les entités fédérées - par exemple le commerce extérieur ou la coopération au développement - nous paraît inutile, la gestion de ces matières s'étant révélée efficace au niveau régional et n'a nullement empêché le développement de collaboration sur ces matières entre les Régions ;
3) Le transfert complet de compétences déjà largement régionalisée constituerait une évolution logique dans une optique de renforcement de la cohérence donc de l'efficacité des politiques régionales ;
4) La mise en place d'une circonscription électorale fédérale unique ne sera qu'un affaiblissement du fait politique régional, un renforcement de la représentation flamande et un pas de plus vers l'ultra-personnalisation de la vie politique au détriment du débat de fond et ce sans résoudre en rien les divergences existant entre les communautés.
Nous, citoyennes et citoyens de Wallonie, issus des mondes politique, économique, social, culturel et associatif, militants wallons et acteurs de notre société dans sa diversité, prenons l'engagement, chacun à notre niveau de responsabilité, tant du point de vue personnel que collectif, de défendre et de diffuser auprès du plus grand nombre les grands principes de la présente Déclaration.
Fait à Namur, capitale de la Wallonie, le 29 février 2008.
Nous, citoyennes et citoyens de Wallonie, issus du monde politique, économique, social, culturel et associatif, militants du Mouvement wallon et acteurs de notre société dans sa diversité, réunis ce 29 février 2008 à Namur, à titre individuel ou comme représentants de divers groupements, voulons faire entendre notre voix dans le débat institutionnel actuel qui influencera directement l'avenir de notre région.
Nous marquons notre approbation à la Déclaration pour un projet mobilisateur de la société wallonne et demandons de :
Nous, citoyennes et citoyens de Wallonie, prenons l'engagement, chacun à notre niveau de responsabilité, tant du point de vue personnel que collectif, de défendre et de diffuser auprès du plus grand nombre les principes de la présente Déclaration.
Mesdames, messieurs les mandataires politiques, Mesdames, messieurs les journalistes, Amies, amis, militantes et militants wallons, Mesdames, messieurs,
Je vous remercie d'avoir répondu nombreux à l'appel des organisatrices et organisateurs de cette assemblée ; ils sont issus du monde politique, syndical, culturel, associatif et des diverses composantes du Mouvement wallon.
Ce groupe de vingt personnes a fait appel à des orateurs que nous remercions vivement ; ils ont accepté notre invitation, même si ce n'est pas toujours facile de s'exprimer dans le contexte actuel. Ils vous diront l'essentiel de nos préoccupations.
Quels sont les objectifs de cette réunion ? J'en vois trois qui se détachent :
Premier objectif : non à l'invisibilité de la Wallonie.
Il y a quelques semaines, les citoyennes et citoyens de Wallonie étaient en plein désarroi, choqué par la rupture de solidarité qui est l'essence même du fédéralisme.
Il y eut des réactions : José Happart, Serge Kubla, les manifestations syndicales à Bruxelles, la carte blanche des députés wallons, l'appel aux aux Wallons de Jean-Claude Van Cauwenberghe.
Hier et aujourd'hui, la Wallonie disparaît beaucoup trop souvent des commentaires, des débats, des projets politiques. Nous sommes noyés dans une véritable francophomanie, orchestrée, redoutable. Cette idéologie francophone se donne des airs de supériorité, répandant une vision manipulée et vulgaire du régionalisme.
Nous refusons d'accepter que se mette en place une machine d'oppression où la Wallonie sera niée. Nous ne sommmes pas un peuple du silence, un peuple muet, un peuple occulté.
Nous sommes ici pour affirmer les certitudes d'un mouvement wallon que nous voulons fort.
D'aucuns vous diront : ne vous plaignez pas, la Belgique est un pays formidable, on rit de tout. Ou bien : vous êtes au pays du surréalisme. Rappelons quand même qu'Achille Chavée, notre grand poète surréaliste se proclamait wallon, fédéraliste et qu'il vendait lui-même le journal "Combat" d'André Renard.
Deuxième objectif : nous sommes ici pour rappeler que nous avons voulu le fédéralisme, il ne faut pas en perdre l'héritage.
On ne touchera pas à notre capitale, à notre parlement, à notre gouvernement : ce sont des conquêtes démocratiques arrachées à l'État unitaire au prix de nombreux combats.
Que le parlement wallon nous entende bien ! La Wallonie est à un tournant. À situation historique exceptionnelle, débat parlementaire exceptionnel. Il est urgent de définir un contrat de génération qui transmette la volonté de changement d'une génération à l'autre. On a trop souvent fait de nos jeunes des amnésiques. C'est contre cela que le "Manifeste pour la culture wallonne" veut que nous disposions de l'enseignement, de la culture et des médias.
De nombreux Bruxellois ont eux aussi lancé leur manifeste. L'un d'eux nous a rejoints et prendra la parole ce soir. Wallons et Bruxellois, nous allons tous, solidaires, dans le même sens. La Région constitue la réalité de référence pour les Wallons et les Bruxellois. La solidarité entre la Wallonie et Bruxelles ne peut avoir pour prix la suppression ou l'occultation d'une des deux entités.
Enseigner les divers aspects du patrimoine tant artistique que social fait partie de nos objectifs.
Dix ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, nous avons mené une autre guerre : celle de l'émancipation de la Wallonie. Nos jeunes héritent de ce combat. Qu'ils ne se méprennent pas, ils devront continuer le combat. Ne laissons pas s'élargir entre eux et nous le fossé de l'oubli. Si la Wallonie a tant besoin d'une nouvelle couche entrepreneuriale, c'est au prix de cette prise de conscience. Georges Bernanos disait : "On n'aime que ce que l'on comprend".
Troisième objectif : mobilisation.
Le sang de la résistance coule dans nos veines. Résistance historique, résistance pour sauver l'honneur de la démocratie, résistance en 1960-61. Chaque fois, nous étions présents. Nous sommes ici pour redire que nous avons été des acteurs chaque fois qu'il le fallait. Ne nous laissons pas réduire au statut de spectateurs passsifs et désenchantés.
Les coups portés par la mondialisation pour affaib1ir l'État-nation n'entraîneront pas notre combat pour le fédéralisme dans l'impuissance, dans les oubliettes de l'Histoire.
Je laisse maintenant la parole à nos orateurs qui vont évoquer les problèmes posés par notre engagement.
Je vous remercie de votre attention.
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