Calendrier
historique wallon - Avril
9 avril 1912, élections législatives sous le régime du suffrage universel masculin
« Les élections législatives du 9 avril
1919 se déroulent pour la première fois en Belgique sous
le régime du suffrage universel ‘pur et simple’
(réservé aux hommes, voir note). La vieille revendication
du Parti Ouvrier Belge (P. O. B.) est enfin agréée
à l’issue d’une guerre où les militants
socialistes (engagés dans l’armée) et leurs
dirigeants (entrés dans le Gouvernement d’Union nationale
de la guerre) ont apporté tout leur concours à la
défense du pays.
Ces élections font
connaître la nouvelle physionomie politique de la Belgique. Les
socialistes remportent septante sièges (soit 30
supplémentaires) à la Chambre ; ceci les conduit
pratiquement au niveau des catholiques, qui avaient perdu onze
sièges et n’en comptaient plus que septante-trois. Les
libéraux sont les grands perdants du scrutin, avec 34
députés au lieu de 45. » (1)
La
conséquence essentielle de ce résultat est que,
désormais, un Gouvernement majoritaire homogène
n’était plus possible, la vie parlementaire va
dorénavant être influencée par des Gouvernements de
coalition, où les libéraux prennent une importante
position d’arbitre, malgré leur nombre restreint
d’élus. La répartition des votes en 1919 entre la
Wallonie, la Flandre et Bruxelles permet de se faire une bonne
idée des normes qui vont s’inscrire dans les
résultats électoraux ultérieurs vu la grande
stabilité du corps électoral belge, en tout cas
jusqu’en 1958.
« La Wallonie donne la
majorité absolue de ses voix aux socialistes (51, 66%). Les
catholiques y remportent 27, 90% des voix et les libéraux
18,84%. La Flandre présente pratiquement une image inverse,
où les socialistes n’obtiennent que 25, 30% des voix
contre 51,73% aux catholiques (soit également la majorité
absolue) et 14,11% aux libéraux. À Bruxelles, les trois
partis se partagent grosso modo le tiers des votants. Ce contraste
saisissant entre la répartition majoritaire des forces
socialistes en Wallonie et catholiques en Flandre restera en grande
partie valable jusqu’en 1960. » (2)
C’est
l’image d’une Wallonie à gauche et d’une
Flandre à droite, avec cette nuance que 50% de votes
remportés par les socialistes en Wallonie
n’équilibrent pas le même pourcentage
remporté par les catholiques en Flandre. « La population
de la région flamande est plus importante que celle de la
région wallonne, et cet écart va en s’accroissant.
En conséquence, en 1919, les arrondissements flamands comptent
88 sièges et les wallons 72. » Autres nuances à
préciser, la province du Luxembourg est un fief catholique, et
à Namur, les forces catholiques et socialistes
s’équilibrent. « Par contre, dans les provinces de
Liège et du Hainaut, les socialistes dominent incontestablement.
En fait, la puissance même du socialisme en Wallonie
réside dans sa concentration sur l’axe Haine-Sambre-Meuse,
avec deux zones particulièrement fortes autour de Charleroi et
de Liège, dans un sillon industriel, donc vital, à
population très dense. » (3)
« Pour la
première fois, les socialistes avec Vandervelde, Anseele et
Joseph Wauters, étaient directement associés à la
gestion du pays. Le bilan de cette participation est remarquable. Outre
l'établissement du suffrage universel et l'abolition de
l'article 310 du Code pénal qui freinait le développement
syndical, le Gouvernement d'Union nationale
(catholique-socialiste-libéral) fit voter un important train de
mesures législatives qui améliorèrent sensiblement
la condition ouvrière : l'impôt progressif sur le revenu,
la pension des travailleurs à 65 ans, la journée des huit
heures, l'instauration d'un fonds de crise et des allocations de
chômage payées par les syndicats, la création de la
Société nationale des habitations à bon
marché, la loi Vandervelde contre l'alcoolisme... (...) Cette
tâche avait été très facilitée par le
fait que les partenaires catholiques et libéraux, soucieux du
changement qu'apportait la démocratisation du système
électoral, avaient aussi avantage à être attentifs
aux réclamations des masses populaires. » (4)
Note
: l’électorat féminin sera, pour la première
fois, admis aux élections législatives lors du
référendum à propos du vote sur
l'impossibilité de régner de Léopold III. La
participation des femmes au vote fera plus que doubler le corps
électoral.
(1) La Wallonie, Le pays et les hommes. Histoire. Économies. Sociétés., HASQUIN H. (éd.), Vol. 2, Bruxelles, p. 273.
(2) Ibid., p. 274.
(3) Ibid., p. 275.
(4) Ibid., p. 277.