Calendrier
historique wallon - Décembre
17
décembre 1963, l’appel au
pétitionnement wallon
Dans les rues fréquentées des grandes villes
wallonnes apparaissaient çà et là des tables
couvertes d’affiches sur lesquelles on pouvait lire dans une
grande flèche dessinée « APPEL au Peuple de
Wallonie ! » au bout de laquelle on lisait : « Du 15
octobre au 15 novembre 1963, signez la PÉTITION pour la Wallonie
! » Une personne était assise à la table dans
l’attente des signatures de gens qui affluaient.
L’éclatement
de la gauche était devenu prononcé, les socialistes
(P.S.B.) avaient drainé à eux les aspirations
fédéralistes des militant-es wallon-nes sans les faire
aboutir, pire, le Parti socialiste - pressé par son aile
flamande - évitait de mener à bien le
fédéralisme devenant ainsi l’obstacle le plus
insidieux qui soit. Après les vacances estivales de 1963,
« à droite comme à gauche, on était bien
décidé à contrer les menées
fédéralistes considérées comme
séparatistes : on ne badinerait pas avec la discipline. »
(1)
« En mars, le congrès d’Action
Wallonne avait résolu d’organiser à la
rentrée parlementaire un pétitionnement à travers
la Wallonie et à Bruxelles. Il avait pour objet
d’introduire dans la Constitution le principe du
référendum d’initiative populaire. (…) Le 9
octobre 1963, le Bureau du P.S.B. marqua son opposition à la
campagne de pétitionnement. (…) Toutefois les mouvements
wallons purent s’enorgueillir du succès rencontré
par le pétitionnement en dépit des condamnations dont il
faisait l’objet de la part des trois grands partis : le 17
décembre 1963, 645.499 signatures, dont 120.000 avaient
été recueillies à Bruxelles, furent
déposées au greffe du Sénat : 30% de
l’électorat wallon y avaient donc souscrit. Y avait-il
à ce point cassure entre l’opinion wallonne et
l’appareil des partis traditionnels ? Tout le laissait
présager… (…) Dans le courant de
l’année 1964, le fossé ne cessa de
s’élargir. » (2)
Cette volonté
délibérée des partis traditionnels de refuser en
bloc la possibilité d’inscrire dans la Constitution
démocratique de la Belgique le recours au pétitionnement
d’initiative populaire consacre encore actuellement la mainmise
des partis sur l’électorat, sorte de «
matière première » qui entre dans les
différentes ‘recettes culinaires’ des partis sans
trop s’inquiéter de la pertinence des décisions
populaires. C’est ainsi qu’en 2005, il n’y a eu pas
de consultation populaire au sujet de la Constitution européenne
ou à propos du droit à accorder aux couples homosexuels
en matière de filiation, ce qui s’avère
malgré tout un changement fondamental dans l’institution
de la légitimité parentale, véritable ossature de
notre société. De même, le blocage de la
procédure du référendum permet à la
Communauté française Wallonie-Bruxelles de se maintenir
en dépit de l’avis d’une majorité de gens en
faveur de son démantèlement exprimé successivement
dans différents sondages.
Pour maintenir le couvercle «
francophone » sur la tête des Wallon-nes, les partis
traditionnels alimentent le clivage entre eux et les gens à
propos de certaines problématiques wallonnes importantes dont la
maîtrise de la culture, de la recherche et de
l’enseignement. Peu enclins à soutenir les
mécanismes vitaux de la démocratie, ils cherchent au
contraire à les masquer selon les intérêts des
alliances politiques en jeu. L’étouffement de
l’initiative populaire d’envergure de 1963 n’est pas
un « fait du passé », mais une stratégie
globale persistante qui constitue l’un des points forts de ce que
l’on peut appeler une répression.
(1) La Wallonie, Le pays et les hommes. Histoire. Économies. Sociétés., HASQUIN H. (éd.), Vol. 2, Bruxelles, p. 346-347.
(2) Ibid., p. 347-348.