Calendrier historique wallon - Février


18 février 1970, l'État unitaire est dépassé par les faits


« C'est sous l'impulsion dynami­que du mouvement flamand - qui met cepen­dant davantage l'accent sur la communauté culturelle que sur la région qu'a pris naissance et s'est développée la prise de conscience régionale. Du côté wallon, s'il existait depuis un certain temps déjà une minorité consciente de la ‘réalité wallonne’, minorité qui s'exprima notamment dans les différents congrès wallons ou dans les mouve­ments comme Wallonie Libre et Rénovation Wallonne, ce n'est qu'au lendemain de la ‘grè­ve du siècle’ de 1960-61 et à la suite de la relance, par André Renard, du fédéralisme, et la création du M.P.W., que la population prit de plus en plus conscience de la commu­nauté d'intérêt et de vie qui existe au sein de la Wallonie.

En 1958, le ‘Centre de recherche pour la solution nationale des problèmes sociaux et juridiques en régions wallonne et flamande’ dit Centre Harmel parce que créé en 1946 à l'initiative du jeune député Pierre Har­mel, proposait déjà, dans son rapport final, d'accentuer la décentralisation économique parce qu'il constatait des disparités importan­tes entre les niveaux de vie des régions wallon­ne et flamande. Le grand pétitionnement wal­lon de 1963, le problème des Fouron, la naissance et les succès électoraux d'abord du F.D.F. puis du Rassemblement wallon, l'affaire de Louvain et le ‘walen buiten’ en 1968, de même que la question de Bruxelles furent autant de stimulants à l'expansion et à la radicalisation de l'idée régionale en Wallo­nie.

Dans les déclarations gouvernementales de 1965 et de 1968 il n'était encore envisagé que d'organiser une décentralisation économique au moyen de lois ordinaires. C'est ainsi que naquit le ‘projet 125’ qui devait devenir le 15 juillet 1970 la ‘loi Terwagne’ portant sur la décentralisation économique et la pla­nification.

Cependant, si à la fin des années 60, on admit de plus en plus qu'il fallait réorganiser la Belgique sur une base régionale, les concep­tions quant à l'application de ce principe divergeaient - et divergent encore fortement.

À une tendance nettement unitariste qui cher­che à maintenir au maximum un pouvoir centralisé et qui n'accepte qu'une certaine décentralisation en affirmant que l'économie belge doit rester unie et solidaire, s'oppose une tendance fédéraliste qui, en Wallonie, est nourrie des ‘abus de pouvoir’ de la majorité flamande et de l'incapacité de l'État belge centralisé de remédier au déclin wallon. Selon cette dernière il faut accorder de larges pou­voirs aux régions.

Ce courant d'opinion obtint un succès impor­tant lorsqu'en 1969, à l'initiative notamment de François Perin, le ‘groupe des 28’ qui avait été constitué afin de permettre un large débat entre tous les partis sur les problèmes commu­nautaires et la réforme des institutions, admit l'idée de reconnaître, dans la Constitution, les régions et de leur accorder certains pouvoirs. Le 18 février 1970, dans une communication très importante, le Gouvernement en faisait un point essentiel de son projet de réforme des institutions. Le Premier ministre, Gaston Eyskens, y proclamait : ‘l'État unitaire tel que les lois le régissent encore dans ses structures et dans son fonctionnement est dépassé par les faits. Les communautés et les régions doivent prendre leur place dans les structures rénovées de l'État, mieux adaptées aux situations spécifiques’.

Enfin, après de longues et difficiles négocia­tions, le Sénat adopta le 18 juin et la Chambre le 18 décembre 1970 un texte général - l'article 107quater  par lequel ils inscri­vaient dans la Constitution le principe de la reconnaissance des régions, laissant à une loi votée à une majorité spéciale, le soin d'en organiser l'application.

Le concept de région recouvre, en Belgique, plusieurs réalités qu'il convient de ne pas confondre. En vertu de l'article 3bis de la Constitution, la Belgique comprend quatre régions linguistiques : la ré­gion de langue française, la région de langue néerlandaise, la région bilingue de Bruxel­les capitale et la région de langue allemande. Outres ces régions linguistiques, l'article 107 quater crée trois régions à vocation politique - Bruxelles, la Flandre et la Wallonie - mais n'en détermine pas le territoire. Une loi votée à majorité spéciale doit y pourvoir. Enfin la loi Terwagne à laquelle nous avons déjà fait allusion, reconnaît, quant à elle, trois régions économiques. Elle dote ces régions d'institutions sans en définir l'aire géographi­que. Sont ainsi créés un Conseil Economique Régional pour le Brabant, un Conseil Écono­mique Régional pour la Flandre et un Conseil Économique Régional pour la Wallonie.

Le ressort de ces Conseils Economiques Ré­gionaux est fixé par un arrêté royal délibéré en Conseil des Ministres. Cet arrêté royal existe depuis le 12 mars 1971. Par le biais de la double appartenance des arrondissements de Louvain et Hal-Vilvorde, auxquels les six communes à facilités ont été rattachées, à la Flandre et au Brabant d'une part, et de l'arrondissement de Nivelles à la Wallonie et au Brabant d'autre part, le législateur évita la difficile question de la détermination de la région bruxelloise dont il n'est d'ailleurs pas question, en tant que telle, dans la loi Terwagne.

Il est donc important de bien distinguer ce qui différencie ces régions afin d'éviter de les confondre entre elles. (…) Il a fallu attendre l'élargissement du premier Gouvernement Tindemans au R.W. en juin 1974 pour que la régionalisation progresse. »

La Wallonie, Le pays et les hommes. Histoire. Économies. Sociétés., HASQUIN H. (éd.), Vol. 2, Bruxelles, p. 397-399.


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