Calendrier
historique wallon - Juin
27
juin 1950, l'épreuve de force
La consultation populaire qui eut lieu le 12
mars 1950 au
sujet du retour sur le trône de Léopold III ouvrit
une
crise majeure en Belgique : en majorité, la Flandre disait
‘oui’ au Roi, la Wallonie refusait. D’un
côté des fleurs pour l’accueillir, de
l’autre,
des explosions de cabines électriques...
«
Le
27 juin, le Comité national de la F.G.T.B.
décrète
que `contrainte à l'épreuve de force, la F.G.T.B.
l'accepte'. Elle ne reconnaît plus Léopold III
comme
souverain. Le 11 juillet débute devant les Chambres
réunies le débat qui doit mener au vote sur la
fin de
l'impossibilité de régner. Dès le 6,
mais encore
sporadiquement, des charbonnages sont en grève à
Liège, à Charleroi. Le débat au
Parlement, dont
l'issue ne fait pas de doute, est cependant l'occasion d'un
affrontement violent qui prend peu à peu l'aspect d'un
règlement de compte entre communautés. Dans ce
premier
temps, pendant que la fièvre monte dans le Sud du pays
où
les grèves et manifestations prennent un tour de plus en
plus
violent, c'est la Wallonie qui crie sa minorisation. Léo
Collard, le 18, en fait la démonstration : sur 104 mandats
P.S.C., la Flandre en compte 68. 70 % de la force
électorale du P.S.C. est flamande. La
majorité des
Wallons s'oppose sur cette question fondamentale à une
majorité de Flamands. Le libéral Jean
Rey annonce,
lui : `Il y aura dans la conscience des Wallons un conflit de
fidélité envers l'État belge'.
» (1)
«
Le vendredi 21 juillet, le drapeau national est en berne à
l'hôtel de ville de Liège. Le 22 juillet
à 7 h du
matin, entre des rangées de gendarmes, le Roi
débarque
à Bruxelles et s'engouffre au château de Laeken
mis en
état de siège. Le soir même,
à l'appel du
P.C., une manifestation déferle sur les boulevards de la
capitale. Dans la nuit du samedi à dimanche, trois cabines
électriques sautent, L'Action Commune
décrète la
résistance active et la non-coopération totale.
Le Parti
communiste affirme : il s'agit d'imposer l'abdication. Tandis que des
colonnes de voitures et d'autocars venus de Flandre
débarquent
des tombereaux de fleurs devant le Palais royal, des rails, des
aiguillages, des cabines se mettent à sauter en
Wallonie.
Les réserves faites pendant la guerre sortent de leurs
cachettes, l'expérience est encore toute fraîche.
Le lundi
24, la grève est générale à
Liège.
Elle s'étend à Charleroi, au Borinage. Le 27,
à la
Chambre, le libéral Destenay décrit la situation
à
Liège : plus d'électricité, plus de
transport,
plus de lait. Il élargit le débat : `Je
répète encore que je pense sincèrement
et
très loyalement que le mouvement qui part de Wallonie
dépasse la question royale, dépasse la question
léopoldienne. Dans la résistance wallonne, il y a
peut-être autant de sentiment que le roi Léopold
est
imposé à la Wallonie par la Flandre que de
ressentiment
contre le Roi lui-même.' Les socialistes à la
Chambre,
André Renard dans son journal, annoncent l'abandon de
l'outil.
Et
de fait, ce 27 juillet, alors que dans le tumulte, la Chambre P.S.C.
vote la confiance au gouvernement, le soulèvement devient
total
en Wallonie, gagne Bruxelles, Anvers, Gand, tandis que la troupe est
mobilisée. Arthur Gailly met en garde le gouvernement :
attention à la désobéissance,
nous
n'hésiterons pas à tenir le langage qui convient.
Le 28
se fait jour l'idée d'une marche sur Bruxelles. Elle est
fixée au ler août. Mais le 30 juillet,
à
Grâce-Berleur, au cours d'une de ces manifestations devenues
quotidiennes dans tout le Sud du pays et à Bruxelles, la
gendarmerie tire et laisse trois morts sur le terrain. Le sang a
coulé, la violence redouble, une véritable
guerre
civile peut éclater, le gouvernement est
réellement
inquiet de la tournure des événements.
En
Corée, ne l'oublions pas, la guerre froide vient de se
transformer en conflit ouvert.
Le
dénouement
sera brusque : sur l'intervention des prisonniers politiques,
et
au cours d'une nuit fertile en rebondissements, sous la pression de la
marche sur Bruxelles qui doit avoir lieu le jour même, le Roi
et
le gouvernement Duvieusart acceptent l'effacement, la
délégation de pouvoirs au Prince Baudouin. P.S.B.
et
F.G.T.B. estiment les objectifs atteints et
désamorcent le
mécontentement qui s'exprime à la base :
l'élan
avait été si profond, fallait-il
s'arrêter en
chemin ? Les dirigeants de l'Action commune pèseront de tout
leur poids pour obtenir le ralliement national autour du
Prince
Baudouin qui prête serment le 11 août. Ce
jour-là, de son banc, Julien Lahaut, président du
Parti
Communiste, lance un vigoureux `Vive La République
!'. Huit
jours après, des tueurs demeurés
inconnus
l'assassineront chez lui à Seraing. Point d'orgue dramatique
d'une affaire dont on n'a pas encore bien mesuré les
craintes
qu'elle avait inspirées.
Mais alors
que consultation
populaire, élections et retour du Roi avaient fait
rugir la
Wallonie, l'effacement de Léopold III malgré la
majorité légale ulcéra la Flandre.
Dans la
majorité catholique flamande, l'issue de la crise fut
ressentie
comme une humiliation profonde. Si près de triompher et
d'imposer sa volonté au pays, se présentant comme
l'incarnation d'une volonté nationale, unitaire, la
droite
flamande retrouva en août 1950, le langage immuable du
nationalisme flamand. De
Nieuwe Gids, 2 août : `Il s'agit de
trouver une forme d'autodéfense flamande', De Standaard
:
`Des réformes de structures sont
nécessaires afin
que les Flamands puissent se sentir chez eux sur leur propre sol. Il
est actuellement prouvé que notre majorité
numérique n'est qu'une garantie illusoire contre la
domination
wallonne'; De Nieuwe
Gids encore : `Notre peuple n'a plus confiance
dans la Belgique, dans les Wallons, dans ses propres chefs...'
»
(1) La Wallonie, Le pays et les
hommes. Histoire. Économies., HASQUIN H.
(éd.), Sociétés. Vol. 2, Bruxelles, p.
313.
(2) Ibid., p. 314-316.