Calendrier
historique wallon - Mai
Mai
1624, l'origine wallonne de New York
La légende veut que New York ait
été fondée en 1626 par des Hollandais
à la pointe sud de l'île de Manhattan. Certains
manuels scolaires, livres d'histoire, dictionnaires,
émissions télévisées - et
jusqu'à des fabricants de cigarettes - rapportent
même que le fondateur de New York s'appelait Peter Stuyvesant.
La
réalité est quelque peu différente...
Ce
texte est une copie littérale d'un document que l'on
trouvera à
cette adresse. Il est suivi de deux articles qui traitent aussi de ce sujet. Pour ne pas surcharger la page,
des images ne sont pas affichées
directement, un lien - [ cliquez ici pour voir
l'image ] - indique qu'il faut cliquer pour les voir.
C'est
en mai 1624 que le Nieu
Nederlandt, un navire
affrété par la Compagnie
des Indes occidentales
arrive en vue de l'île de Manhattan. Le bâtiment
transporte une trentaine de familles belges : la plupart sont des
Wallons auxquels sont venus se joindre quelques Flamands.
Les
passagers vont bientôt être dispersés :
après avoir été
débarqués sur l’île aux Noix
(aujourd’hui Governor’s
Island), huit colons vont
rapidement construire un fort au sud de l'île de Manhattan -
sur le site actuel de Battery
Park. Les autres se
répartissent comme suit : quatre couples et huit marins vont
gagner la rivière Delaware et bâtir le Fort Nassau
(à proximité de la ville de Gloucester
dans le New Jersey). Deux familles et six hommes remontent la
rivière Fresche (Connecticut) et vont y construire un fortin
à l'emplacement actuel de la ville de Hartford. Environ
dix-huit familles restent à bord du Nieu Nederlandt et
remontent la rivière Hudson. Elles vont débarquer
à l'emplacement actuel de la ville d'Albany (capitale de
l'Etat de New York).
Ces premiers pas dans la
colonisation de ce territoire ne constituent en fait que la suite d'un
processus entamé un siècle plus tôt.
En
effet, c'est en 1524 que l'expédition française
dirigée par le Florentin Giovanni Da Verrazzano
découvre pour la première fois la baie de New
York. Le roi François 1er étant alors en guerre
avec l'Espagne, l'information est envoyée aux archives.
Pendant plusieurs dizaines d'années, ce sont surtout les
Espagnols qui vont manifester de l'intérêt pour le
Nouveau Monde et en exploiter les richesses.
Willem Usselinx
En
1555, l'abdication de Charles Quint en faveur de son fils Philippe II
va précipiter les Pays-Bas dans le chaos. Le duc d'Albe,
envoyé par le roi d'Espagne, y impose une
répression impitoyable contre les protestants, en
révolte contre les abus de l'Eglise catholique.
Les
excès de l'Inquisition mèneront à une
émigration massive de Wallons et de Flamands vers le Nord
des Pays-Bas, la Suède, l'Angleterre et l'Allemagne,
à la révolte des " Gueux ", ainsi qu'à
la sécession des Provinces du Nord des Pays-Bas, qui
prendront le nom de Provinces-Unies. Les Provinces du Sud continueront
à subir le joug espagnol et les affres de la guerre.
Pour
éviter toute confusion, il faut savoir qu'à
l'époque, les Pays-Bas couvraient une bonne partie du Nord
de la France et de la Lorraine, la Belgique, le Luxembourg et les
Pays-Bas actuels. Ses habitants étaient appelés
les Belges, et les cartes de l'époque
représentaient le pays sous la forme d'un lion : le " Leo
Belgicus " :
C'est
en cette époque troublée que naît un
jeune Anversois dénommé Willem Usselinx. Sa
famille le destinant au négoce des épices, elle
l'envoie faire sa formation en Espagne, au Portugal et aux
Açores.
À son retour des Açores en 1591, Usselinx
décide de quitter Anvers pour la Hollande. Ayant
constaté à quel point l'Espagne tirait sa
richesse de ses colonies américaines, il n'aura de cesse de
convaincre les Hollandais de fonder également des colonies
dans le Nouveau Monde, dans le but d'y combattre les Espagnols.
Près
de trente années d'obstination et d'efforts seront
nécessaires de la part de Willem Usselinx pour qu'en 1621,
la Compagnie des Indes occidentales voie enfin le jour. C'est elle qui
affrètera le Nieu Nederlandt...
Henri Hudson
En
1609, un marin anglais nommé Henri Hudson
découvre, par approximativement quarante et un
degrés de latitude nord et septante-quatre degrés
de longitude ouest, une grande baie dans laquelle se jette un long
fleuve surgi des montagnes.
Hudson avait
été chargé par les Flamands Emmanuel
Van Meteren, Judocus Hondius et Petrus Plancius de
découvrir, pour le compte de la Compagnie des Indes
orientales, un nouveau passage vers la Tartarie et la Chine.
Alors
qu'il explorait les côtes d'Amérique à
bord de son navire, le hasard lui fit trouver, 85 ans après
Verrazzano, le fleuve qui allait porter son nom, ainsi que le
territoire qui devait devenir la future New York.
Jessé
de Forest
Jessé
de Forest faisait partie de ces Wallons ayant fui les
persécutions religieuses. Né à Avesnes
en Hainaut en 1576, il quitte sa terre natale en 1615 et part
s'installer à Leyde en Hollande. Il va y remuer ciel et
terre pour obtenir le droit d'émigrer avec les siens et
d'autres familles wallonnes vers le Nouveau Monde. Il y
côtoiera aussi des Puritains anglais, futurs passagers du
Mayflower.
Le
5 février 1621,
Jessé de Forest adresse une pétition,
rédigée en français, à Sir
Dudley Carleton, ambassadeur de Sa Majesté le roi
d'Angleterre à La Haye. Jessé y demande, au nom
d'une cinquantaine de familles wallonnes et françaises,
l'autorisation de s'établir en Virginie, sollicitant pour
ces dernières un territoire de huit milles anglais
à la ronde. Connu sous le nom de Round Robin
[ cliquez pour voir l'image ],
ce document
est aujourd'hui conservé au British Public Record Office.
Le
11 août 1621, la Virginia Company répond par un
accord de principe, assorti de certaines restrictions, dont la plus
grave interdit aux familles wallonnes de se rassembler en une seule
colonie autonome. Jessé de Forest décline l'offre.
La
naissance de la Compagnie des Indes occidentales fait alors germer un
plan des plus astucieux dans l'esprit du Wallon.
Proposant
ses services et ceux de ses compatriotes à la Compagnie
hollandaise, Jessé lui apprend aussi qu'un groupe de
familles, pratiquant tous les métiers, a l'occasion
d'émigrer sous peu pour le compte des Anglais. Arguant que
ces colons préféreraient partir pour la Compagnie
des Indes occidentales, il souhaite une réponse rapide,
précisant en outre que l'offre est à prendre ou
à laisser.
Les États de
Hollande, conscients de l'importance d'une telle ouverture pour
d'éventuelles futures entreprises de colonisation,
consultent le jour même les Bewindhebbers (directeurs) de la
Compagnie, alors réunis à La Haye.
Le
27 août 1622, après les années
d'efforts fournis par Willem Usselinx et Jessé de Forest, ce
dernier obtient enfin l'autorisation officielle d'émigrer
avec les familles candidates aux Indes occidentales.
Parti
en reconnaissance sur les côtes de Guyane en 1623,
Jessé de Forest meurt au bord de l'Oyapok (aujourd'hui
frontière entre le Brésil et la Guyane
française), le 22 octobre 1624.
Sa
fille Rachel et ses fils Isaac et Henri iront rejoindre la
Nouvelle-Belgique dix ans plus tard.
Nouvelle-Belgique
A
partir de 1615, les territoires compris entre la Virginie et la
Nouvelle-Angleterre vont porter indifféremment le nom de
Nouvelle-Belgique (Novum
Belgium [ cliquez pour en savoir plus ], Novo
Belgio, Nova
Belgica [ cliquez pour voir l'image ],
Novi
Belgii [ cliquez pour voir l'image ])
ou de
Nouveaux-Pays-Bas.
Le terme Belgique fait
référence aux anciens Pays-Bas, qui couvraient
alors une partie du Nord de la France et de la Lorraine, la Belgique,
le Luxembourg et les Pays-Bas actuels. Ses habitants s'appelaient les
Belges.
De nombreuses cartes du XVIe
siècle montrent d'ailleurs ce territoire portant le nom de
Belgique. Le nom tombera ensuite en désuétude au
profit des Pays-Bas, et ne fera sa réapparition qu'en 1789
à l'occasion de la première révolution
belge.
Plusieurs sceaux de l'époque
rappellent en outre que les territoires entourant la future New York
portaient le nom de Nouvelle-Belgique. Un premier sceau datant de 1623,
porte l'emblème d'un castor - avant l'arrivée des
colons en 1624, c'étaient surtout les trappeurs qui
exploitaient la contrée -, et porte la mention Sigillum
Novi Belgii. Le sceau de la Nouvelle-Amsterdam, datant de
1654, porte
quant à lui la mention Sigillum
Amstellodamensis
in Novo Belgio.
Pierre
Minuit
En
1626, Pierre Minuit, gouverneur de la Nouvelle-Belgique, se rend
célèbre en achetant l'île de Manhattan
aux Indiens Manhattes, en échange de verroterie et autres
colifichets, pour l'équivalent de 60 florins (24 dollars).
Pierre
Minuit est un Wallon, né à Wesel
(Rhénanie). Ses parents, originaires de Tournai en Hainaut,
s'y étaient installés en 1581 pour fuir les
persécutions religieuses. Il deviendra lui-même
diacre de l'Eglise wallonne.
Soucieux de
défendre les intérêts des colons, il se
distinguera aussi par le respect de ceux des Indiens, partant du
principe qu'il y a plus à retirer du mélange et
de l'intégration harmonieuse de deux cultures -
même opposées en apparence - que dans le rejet pur
et simple de la plus faible ou soi-disant moins " civilisée
".
La tolérance n'est d'ailleurs pas
le point fort de la Compagnie des Indes occidentales. Organisation
féodale, celle-ci impose à tous les colons
désireux d'émigrer en Nouvelle-Belgique une
série de règles strictes : outre
l'exercice de la religion réformée, les colons
doivent faire usage exclusif du bas-allemand - langue à
l'origine du flamand et du néerlandais actuels -, dans tous
les actes publics rendus à la colonie.
De
nombreux patronymes sont « néerlandisés
», comme
Rapalje pour Rapaille ou Minnewit pour Minuit. D'autres colons sont
tout simplement désignés par le nom de la ville
hollandaise qu'ils viennent de quitter. L'historien
américain Charles W. Baird, dans son livre History
of the Huguenot Emigration to America [ lien ], a
qualifié
ce genre d'abus de Batavian
disguise (camouflage à la
Batave).
Il est également
défendu aux colons de tisser de la laine ou de la toile,
ainsi que de fabriquer du drap ou tout autre tissu, sous peine
d'être bannis ou punis comme parjures. Le but
caché est ici de garantir un monopole aux importations en
provenance de Hollande.
L'attitude bienveillante
et protectrice de Pierre Minuit à l'égard des
colons, ainsi que la convoitise d'un directeur de la Compagnie
hollandaise voulant imposer son neveu en tant que gouverneur, font
qu'il est rappelé en 1632.
Les traces
des Wallons et des Flamands à New York sont nombreuses et
souvent ignorées : la baie de Gowanus par exemple,
à l'ouest de Brooklyn tire son nom d'Owanus, traduction
latine de Ohain, village du Brabant wallon. La baie de Wallabout, au
nord de Brooklyn est une déformation du
néerlandais Waal bocht (baie wallonne).
Le
nom de Hoboken, quartier bien connu à l'ouest de Manhattan,
provient d'une commune de l'agglomération d'Anvers en
Flandre. Communipaw, à Jersey City, est la contraction de
Community of Pauw. Michel De Pauw, originaire de Gand en Flandre, avait
aussi acheté Staten Island aux Indiens en 1630.
Quant
à Peter Stuyvesant, à qui certains veulent
absolument attribuer la paternité de la fondation de New
York, il n'est arrivé qu'en 1647, soit vingt-trois ans
après le débarquement des premiers colons.
Reconnaissance
américaine
Le 20 mai
1924, à l'occasion du tricentenaire de la fondation de New
York, un monument
[ cliquez pour voir l'image ]
commémoratif est
érigé en
l'honneur des colons wallons, sur le
site de Battery Park, à la pointe sud de Manhattan :
Une
pièce de monnaie en argent, de 50 cents [
cliquez pour voir l'image ],
commémorant le tricentenaire de l'arrivée des
Wallons est également mise en circulation à la
même époque.
Le
gouvernement des Etats-Unis rend encore hommage aux premiers colons en
procédant à l'émission de
timbres-poste de 1
[ cliquez pour voir l'image ],
2 [ cliquez
pour voir l'image ]
et 5 [
cliquez pour voir l'image ]
cents.
Oubli belge
On peut se demander pourquoi les circonstances
réelles
entourant
la naissance de New York sont, aujourd'hui encore, pratiquement
ignorées dans la Belgique actuelle.
Les
manuels scolaires et livres d'histoire sont muets
à
ce sujet.
Récemment, Génies en herbe, un jeu
organisé
par
la RTBF (Radio Télévision belge francophone) et
mettant
en
compétition différentes écoles,
demanda aux
candidats qui était le fondateur de New York. La
prétendue bonne réponse était Peter
Stuyvesant...
Une réponse qui en dit long sur l'oubli dans lequel sont
tombés les ancêtres des participants... et des
organisateurs !
Cet oubli peut s'expliquer de
différentes
façons.
En voici une qui paraît plausible : les fondateurs de New
York
étant des Wallons et des Flamands protestants, la Belgique
étant catholique et l'enseignement ayant très
longtemps
été influencé
par l'Eglise, on peut supposer que celle-ci ait volontairement
occulté
cette période de notre histoire.
Après
trois cent septante-cinq ans, les colons
wallons et
flamands protestants ne semblent donc toujours pas
bénéficier du
pardon de l'Eglise catholique.
Les rancunes sont
quelquefois tenaces...
Bibliographie
• Description
de la Nouvelle Belgique (par Johannes De Laet - 1640)
• Les Belges et la fondation de New York (par
Antoine De Smet
-
conservateur-adjoint à la Bibliothèque royale de
Belgique)
• Les Wallons, fondateurs de New York (par Robert
Goffin,
Institut
Jules Destrée)
• Historique de la colonisation de New York par les
Belges
(par G.
Gomme)
• The
Belgians, first settlers in New York (by Henri G. Bayer)
• History
of the Huguenot immigration to America (par Charles W. Baird)
• History of the United States of America (par
George
Bancroft)
• History of the city of New York (par Martha Lamb)
• Narratives
of New Netherland (par Franklin Jameson)
• History of the State of New York (par Dr. John
Romeyn
Brodhead)
• Memorial History of the City of New York (par le
Général James Grant Wilson)
• La part des Belges dans la fondation de l'Etat de
New York
(par
le Baron de Borchgrave)
• Willem Usselinx (par Michel Huisman, professeur
à
l'Université libre de Bruxelles)
• Belgian
Americans (by Jane Stewart Cook)
Liens
• Belgian
Immigrants in New
York State
• New
York : A Sketch of
the City’s
Social, Political, and Commercial Progress from the First Dutch
Settlement to
Recent Times (by Theodore Roosevelt)
• New
York
Urban Life : History
• DeFreest
Family
History
• Dutch
and Belgian
history
• Rapalye
family tree
• New
York
Events
• The
New Netherland
Pierre
Minuit : Ohain a perdu New York
par Jacques Mévisse
C’est
sous ce titre que Paul Vaute, responsable de la rubrique " histoire "
à La Libre commentait la conférence de presse
donnée par le
Cercle Généalogique d'Histoire
de Lasne. le 7 décembre 2001, à
l’initiative de Madame la Bourgmestre Brigitte Defalque.
Cette réunion avait pour objectif de rectifier la
thèse de Robert Goffin qui voulait que les parents de Pierre
Minuit fussent censiers à Ohain vers 1560.
Or,
le patronyme MINUIT
étant inexistant dans les greffes scabinaux
d’Ohain, ainsi que dans toutes les communes du Brabant, le
cercle d’histoire de Lasne tenta d’en retrouver la
trace. Après deux ans de recherches et de recoupements, il
apparut que cette famille était originaire de Tournai et
faisait partie de la bourgeoisie marchande depuis plusieurs
générations.
Ce travail
permit, également, de réévaluer le
rôle des Wallons dans la fondation de New York.
C’est cet épisode, assez méconnu en
Belgique, que nous vous proposons dans notre rubrique " histoire ".
Les Wallons fondateurs de
New
York et Pierre Minuit
Récemment,
en faisant un travail critique sur le livre que Robert Goffin
écrivit et publia pendant la dernière guerre
mondiale aux Etats Unis (éditions Brentano’s) sous
le titre de " DE PIERRE MINUIT AUX ROOSEVELT ", nous nous
rendîmes compte qu’hormis l’erreur
situant les origines de la famille Minuit à Ohain, son
travail apportait une foule d’informations
intéressantes et peu connues des belges concernant la
naissance de la ville de New York.
Si,
à juste titre, beaucoup de citoyens de notre belle commune
étaient fiers d’avoir comme
prédécesseur le géniteur du
célèbre Pierre Minuit
considéré, tant par les historiens
américains que hollandais ou allemands, comme le premier Gouverneur de New
York, très peu en connaissaient l’histoire
réelle.
De même, la saga
peu banale de la colonisation de l’île de Manhattan
par une trentaine de familles majoritairement wallonnes,
réfugiées en Angleterre et aux Provinces Unies
(qui deviendront les Pays-Bas) au début du XVIIe
siècle, était à peine connue de
quelques spécialistes.
Pierre Minuit,
né à Wesel (Rhénanie),
était le fils d’un de ceux-là. Son
père, Jehan, natif de Tournai, dut fuir la
répression sanguinaire du duc d’Albe.
L’oncle de Jehan, Salomon Minuit, fut
exécuté comme hérétique en
place de Tournai vers 1570. C’était un marchand
renommé ayant des comptoirs un peu partout, y compris en
Orient. Jehan suivit ses traces. Après avoir fui Tournai, il
resta pendant environ 10 ans à Anvers où il
s’initia sans doute au commerce. Il quitta la cité
scaldienne pour s’installer à Wesel vers 1581 et y
poursuivit son négoce.
Nous
allons
tenter, avec infiniment moins de talent que Robert Goffin, de
résumer cette aventure des Wallons fondateurs de la capitale
mondiale du business
La tyrannie de Philippe II
et de son âme damnée, le duc d’Albe,
joua, sans le vouloir, un rôle significatif dans la naissance
de New York dont le nom initial fut, dès
l’arrivée des premiers Wallons, Neuve Avesnes, en
l’honneur de Jesse
de Forest (natif d’Avesnes), personnage clef de
l’exode de ces pionniers de la Nouvelle-Belgique (NOVI
BELGII [ cliquez pour voir l'image ]).
C’est
en effet lui qui remua ciel et terre pour que les descendants des
émigrés wallons qui se trouvaient dans les
Provinces Unies à Leyde et ceux qui
s’étaient réfugiés en
Angleterre, soient autorisés à fonder une colonie
en Virginie (région des environs de N-Y).
À cet effet, il
établit, en 1621, une liste connue sous le nom de Robin Round, de
cinquante familles majoritairement wallonnes, désireuses de
fonder ensemble un nouveau pays où tous seraient
égaux.
Il la remit à
l’ambassadeur d’Angleterre à La Haye en
exigeant le respect de certaines clauses telles : la liberté
de pratiquer le culte de son choix ; la reconnaissance de la langue
française, tant dans l’exercice du culte que dans
celui de l’administration ; la
possibilité d’être armé,
notamment de canons, afin de dissuader des voisins trop envieux. La
réponse à cette proposition se fit attendre
durant trois ans et consista, on s’en doute, en un refus poli
de la part de Sa Majesté britannique.
Cependant,
comme beaucoup de ses compagnons d’infortune, Jesse se rendit
compte que l’espoir de retourner dans son pays natal et de
reprendre ses activités n’était plus
que chimère et que l’effort à produire
pour s’adapter à la langue et à la
façon de vivre de son pays d’accueil risquaient
d’être fait en pure perte car la Hollande
n’était toujours qu’un mirage pouvant
s’évanouir au gré de la fortune des
armes, ou de l’intérêt des princes.
Dès
lors, poursuivant son idée d’une colonie wallonne,
il se tourna vers la Compagnie des Indes Occidentales, nouvellement
créée à l’initiative
d’un émigré anversois William
Usselinckx, en lui précisant toutefois que son offre
était à prendre ou à laisser.
Usselinckx
fut ravi de cette opportunité car il éprouvait
des difficultés à trouver des candidats
à l’exode vu le niveau de
prospérité atteint par les habitants des
Provinces Unies libérées de la tutelle espagnole.
En revanche, les administrateurs de la Compagnie ne voyaient
guère de profit à tirer de ce pays sauvage, sans
épices et sans or; alors que l’attaque des galions
et des ports espagnols des Antilles était d’un bon
rapport.
De plus, la guerre
n’étant pas terminée avec
l’Espagne, cela affaiblissait notablement l’ennemi
et concurrent maritime. Il fallut toute la persuasion de William
Usselinckx et de Pierre Minuit (1), nouvellement engagé par
la nouvelle Compagnie des Indes Occidentales (C.I.O), pour
décider leurs patrons. Ces derniers consentirent finalement
à laisser partir ces Wallons inadaptés vers des
contrées sans intérêt.
Ils
embarquèrent à bord du Nieu-Nederland sous
le commandement du capitaine Corneille May et c’est le 4 mai
1624 que huit familles furent déposées
à la pointe de Manhattan. Les autres familles avaient
été réparties suivant les directives
de la Compagnie : dix-huit à Fort Nassau (actuellement
Albany), quatre couples et huit hommes étaient
affectés aux environs de l’actuelle Gloucester et
deux familles et six hommes dans le Connecticut.
Lorsque
ces personnes prirent possession de leur domaine, il n’y
avait que quatre huttes en mauvais état qui avaient
été édifiées à
la hâte par quelques hommes déposés
là en 1614 par le grand baroudeur des mers, le hollandais
Adrien Block. Ils subsistaient tant bien que mal, faisant du troc avec
les Indiens et envoyant annuellement à la compagnie une
production de fourrures assez maigre.
A partir
de 1624, les choses vont changer car si les financiers de la Compagnie
Occidentale des Indes avaient accepté de financer le
départ des Wallons, c’était dans
l’espoir de voir leurs investissements
rémunérés à la hauteur des
promesses faites. Aussi, en 1625, Pierre Minuit est chargé
d’une mission exploratoire visant à
établir un plan concret permettant, à terme, le
développement de cette colonie et une rentabilité
comparable à celle des autres secteurs
d’activité.
Le
chargé de mission rentre fin 1625 et semble avoir convaincu
ses patrons. En effet, l’année suivante, il est
nommé directeur principal et gouverneur de Nieuw Amsterdam,
en Nouvelle Belgique. Il amène avec lui du
matériel et des animaux de ferme
réclamés par les colons. Il semble bien que la
tâche principale qui lui fut assignée, consistait
à établir une infrastructure permettant une
exploitation dans des conditions de sécurité
acceptables afin de favoriser au maximum le commerce et le
développement de cette nouvelle implantation.
Ce mur (= wall en
anglais) fortifié
est très
exactement aujourd'hui
le tracé de Wall Street.
Pierre
Minuit se mit directement à l’ouvrage. Il
fit renforcer les fortifications, il érigea notamment un mur
au nord de la pointe de Manhattan,
installa un quai permettant aux
navires d’accoster, il y fit installer un moulin à
vent pour moudre les récoltes qui ne tardèrent
pas à grossir et, en 1626, il acheta
l’île aux Indiens Mahattes (de la branche des
Algonquins) : la
transaction avec
les Indiens pour acheter Manhattan [ cliquez pour voir l'image ].
Le prix de cet achat a
été consigné la même
année, par un employé de la Compagnie qui
l’évalue à 60 gulden (+/- 24 $). Cet
achat a été enregistré sur un
parchemin dont la trace n’a pas été
retrouvée. Il fut rédigé, selon les
chroniqueurs, afin de pouvoir, le cas échéant,
être opposé à un pays (2) qui aurait
contesté la légitimité de cette
possession (l’Angleterre principalement).
Le port
de New
York [ cliquez pour voir l'image ].
Ce
procédé teinté de juridisme sera
d’ailleurs réutilisé par certains
colons, dont un des premiers arrivants assez opportuniste : Michel De
Pauw, lequel acheta ainsi Staten Island et d’autres terrains
qui seront appelés Hoboken en souvenir de
l’endroit où il vécut dans la
région anversoise. L’opération
immobilière fut juteuse car il revendit ces terrains vingt
ans plus tard avec un énorme bénéfice
et termina ses jours du côté de Gand où
il vécut dans l’opulence.
Pierre
Minuit fut rappelé en 1632, de même que le pasteur
Michaêlus. Ce dernier avait écrit plusieurs
lettres à la direction de la Compagnie dans lesquelles il se
plaignait du comportement de Pierre Minuit, le traitant, entre autre,
de vil fornicateur...
Quelles
furent les raisons exactes de ce rappel, nous ne le saurons jamais vu
que ni l’un ni l’autre ne retournera à
Nieuw Amsterdam en Nouvelle-Belgique.
Il semble
cependant que Pierre Minuit conserva de bonnes relations avec la
Compagnie. En effet, quelques années plus tard, il
s’associa à Usselinckx (toujours actif
à la C.I.O.), en vue d’aller fonder, pour compte
de la reine Christine de Suède, une nouvelle colonie
qu’il appellera : Fort Christina (actuellement : Wilmington).
Ici
s’achève l’histoire des fondateurs
wallons, qui furent très vite et logiquement
supplantés par les Néerlandais,
d’autant que la Compagnie, voulant promouvoir
l’établissement de colons, prit, en 1629 une
disposition par laquelle tout investisseur amenant cinquante
émigrants bénéficierait d’un
droit de propriété foncière important.
Pour
conclure, je citerai W.E. Griffis qui, dans son livre
intitulé "The story of the Walloons ", disait : « J’applique le principe
suivant lequel hommes et femmes, foyers et familles, sont les
fondations d’un Etat….et les Wallons
s’installèrent ainsi déjà en
1624…» et le président des
États-Unis Théodore ROOSVELT qui
écrivit : « On
peut dire que la cité de New-York fut fondée
quand quelques familles de protestants wallons furent
envoyées sur les bords de l’Hudson dans le bateau
‘’Nieuw Nederland’’ en 1624
».
Notes
1. Pierre Minuit quitta
Wesel lorsque les troupes espagnoles entrèrent dans la ville
vers 1614 et s'installa à Utrecht.
2.
Cet acte sera sans effet lorsque les Anglais, puissamment
armés, viendront en 1664 exiger la reddition de Peter
Stuyvesant, le dernier gouverneur de Nieuw Amsterdam.
Ces
Wallons qui ont fait l'Amérique
par Michel
De Coster
Professeur émérite à
l'université de Liège, 27/02/2008,
source
Un auteur
français a récemment
prétendu que les Wallons ayant notamment
fondé New York étaient de fait... de
nationalité française. Un historien
belge rétablit la vérité.
Depuis 1924, et même avant, il était bien connu
des historiens américains
que des Wallons avaient fondé la cité de New York
mais aussi les Etats du
Middle Atlantic States comme l'Etat de New York, la Pennsylvanie, le
Connecticut, le Delaware et le New Jersey. Ces calvinistes wallons,
fuyant la
Contre-réforme, furent les premiers à s'y
établir définitivement. Ils
firent profiter ces contrées de tout leur savoir-faire.
Il faut savoir que le territoire wallon était à
l'époque la région la
plus industrialisée d'Europe. Aussi le gouverneur de New
York, Alfred E.
Smith, invita en mai 1924 ses concitoyens à
commémorer avec faste le
tricentenaire de l'arrivée de la première vague
d'immigrants wallons sur
l'île de Manhattan en 1624. De plus, le sénateur
William L. Love, après
avoir pris connaissance des documents anglais et hollandais
d'époque,
attestant l'événement, obtint la même
année la constitution d'une
commission chargée d'organiser la commémoration
"d'un événement d'une
grande signification pour le peuple entier des Etats-Unis". Ce fut
chose
faite en mai dans toutes les écoles, les églises
et les municipalités de
la ville. Pour couronner le tout, invitation fut lancée au
roi Albert Ier et
aux autorités belges à venir inaugurer le
"Walloon Monument" érigé à la
pointe de l'île de Manhattan, rappelant cet important
épisode de
l'établissement de la colonie wallonne aux States (1).
Mais voici que dans un article intitulé "Les
Français d'Amérique dans
l'histoire des Etats-Unis" et paru dans "France-Amérique",
ces Wallons se
voient attribuer la nationalité française (2).
Son auteur, P. de Ravel
d'Esclapon, y relève notamment que Pierre Minuit, pourtant
figure
emblématique de l'immigration wallonne, n'était
pas Hollandais mais
Français, né à Tournai, ville
française d'origine, par la grâce des
Francs ! Minuit racheta l'île de Manhattan aux Indiens et fut
le premier
gouverneur officiel de la future cité de New York.
Curieux Français que ce Minuit, originaire en fait du
Brabant wallon et qui
donna à cette ville le nom de "Nouvelle Belgique" ainsi que
l'atteste le
tout premier sceau de la ville, le "sigillum Novi Belgii" . Cette
appellation
fut sans doute la toute première de la ville.
J'ai réagi à cet article en apportant notamment
ces précisions. L'auteur
consentit à me répondre en disant (je
résume) que les Wallons n'avaient
pas d'existence politique à l'époque; que leur
identité est une identité
"construite" et que, de toute façon, ils sont de culture
française. Dans le
débat qui suivit, je lui rappelai que le mot "wallon"
était très ancien
comme en témoignent aux Etats-Unis les toponymes "Walloon
Creek",
"Walloonsack River", "Wallabout", "Wallkill", etc. Qu'au surplus, toute
identité est nécessairement construite en ce
compris l'identité
française. Et qu'enfin, les Wallons, comme d'ailleurs les
Suisses romands,
ne sont pas de culture française. Il ne faut pas confondre
francité et
francophonie. Des sociologues français comme D. Schnapper
ont bien montré,
par exemple combien notre municipalisme a toujours
insupporté la
centralisation française (3).
Ajoutons que l'esprit cocardier de la France est totalement
étranger à la
flagrante modestie des Wallons. Tout ceci n'enlève en rien
au mérite de la
France dans sa contribution importante à la naissance des
Etats-Unis. Aussi
n'a-t-elle point besoin de pousser ce cocorico en s'appropriant un
héritage
historique qui n'est pas le sien.
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(1) "France-Amérique.
Le Journal français des
Etats-Unis" du 12-25 juillet
2007, pp 26-27.
(2) Henry G. BAYER, "The
Belgian First Settlers in New York and in the
Middle
States." New York, Heritage Books, 1987 (1re
éd. en 1925).
(3) Michel De Coster, "Les
enjeux des conflits linguistiques. Le
français à
l'épreuve des modèles belge, suisse et canadien."
Paris L'Harmattan,
2007.