Calendrier historique wallon - Mars


12 mars 1950, consultation populaire au sujet du retour de Léopold III


« Léopold III est libéré le 7 mai 1945. Les droites parlementaires et à leur suite, les syndicats chrétiens prônent le retour immédiat et la reprise de plein droit de l'exercice du pouvoir. Tout aussitôt, P.S.B., Parti Communiste et F.G.T.B. exigent l'abdication.» (1) La F.G.T.B. vient « à peine de naître de la fusion des syndicats socialistes  avec deux formations issues de la clandestinité sous l'inspiration respective des communistes et d'André Renard. » (1)

Si la Question Royale démarre publiquement en mai 1945 pour ne s'éteindre qu'en août 1950, dans l'opinion les grandes options sont prises dès les premiers mois. Le 19 juillet 1945, Achille Van Acker, Premier ministre socialiste, fait voter une loi qui rend le retour du roi dépendant d'une délibération des Chambres réunies.

« Au lendemain même du vote, au Parlement, Van Acker et Paul-Henri Spaak exposent les griefs qu'ils formulent à l'encontre du Roi. Les reproches peuvent être ainsi schématisés : le Roi n'a pas suivi ses ministres à Wijnendae­le, il a considéré la guerre terminée le 28 mai 1940; il a discuté avec Hitler à Berchtesgaden de l'avenir politique de la Belgique. Mais à cela s'ajoutent, et combien plus déterminants sans doute dans l'opinion des aspects mo­raux : le mariage sous l'occupation, l'absence de réaction publique et énergique contre la déportation des travailleurs. Van Acker résu­me alors son argument majeur : `Le Roi n'a pas réagi comme l'ensemble de la Nation devant l'invasion allemande. Il a été convain­cu de la victoire allemande. Il n'a pas mis tout en oeuvre pour contrecarrer les desseins de l'ennemi. Il a, au contraire, estimé qu'il fallait tenter de s'en accommoder. Ce fut l'erreur essentielle dont toutes les autres ne sont que des conséquences. Mais alors qu'ainsi le Pre­mier ministre se veut le porte-parole de l'ensemble de la Nation, le leader libéral wal­lon, Albert Devèze, traduit mieux la réalité quand il s'écrie : `Le Roi aura sans doute une majorité. Mais il sait d'avance que cette majo­rité réside essentiellement dans une partie du pays, et dans un seul parti politique, cette partie c'est le pays flamand, et ce parti c'est le parti catholique.' Il y a donc bien contradic­tion ou malentendu sur le sens à donner à l'`ensemble de la nation´ puisque celle-ci s'avère, dès le départ, divisée. » (1)

Jusqu'en mars 1947, la question royale est insoluble et reste en veilleuse, le débat tourne autour des modalités d'une consultation populaire. Le Roi refuse d'abdiquer. Un nouveau Gouvernement P.S.C.-libéral se mit d’accord sur le principe d’une consultation populaire le 12 mars 1950 au sujet de la Question Royale.

« Une majorité de 57,5% est favorable au retour du Roi, mais la division profonde entre la Wallonie où s’exprime une majorité de ‘NON’ de 58% et le pays flamand d’où se dégagent 72% de ‘OUI’ s’affirme très dangereuse de conséquences. L’électorat féminin qui, pour la première fois, était admis aux élections législatives - ce qui fit plus que doubler le corps électoral - ne fut sans doute pas, dans ces circonstances, sans influence sur ce résultat. La campagne de référendum s’est déroulée dans une atmosphère de très grande effervescence.  (...)

Le Gouvernement tombe devant le refus des libéraux de convoquer les Chambres réunies pour voter sur la fin de l’impossibilité de régner. La crise ouverte le 18 mars 1950 reste dans l’impasse et l’on doit recourir à des élections générales (4 juin 1950). Cette fois, les catholiques remportent la majorité absolue tant à la Chambre qu’au Sénat. Mais cette majorité est très nettement flamande…. (…) Malgré les avertissements sévères des organes officiels socialistes, les Chambres réunies révoquent la loi sur l’impossibilité de régner. Dès le 11 juillet, des grèves éclatent et paralysent la Wallonie et Bruxelles, ainsi que les centres industriels flamands, tels Gand et Anvers. Les manifestations en Wallonie, à Liège, dans le Borinage, ainsi qu’à Bruxelles, prennent l’allure d’insurrections. Tandis que le Roi rentre le 22 juillet, il règne dans les régions wallonnes une atmosphère de guérilla sociale. On y parle d’ ‘États Généraux de Wallonie’, de ‘Gouvernement provisoire wallon’. Des affrontements très durs ont lieu avec les forces de l’ordre. Le 30 juillet 1950, c’est le drame. Des gendarmes tirent lors d’un meeting de l’Action commune (*), à Grâce-Berleur, faisant 3 morts.

Le soir même, alors que la tension atteint son maximum, le Gouvernement convoqué à Laeken accepte le transfert des pouvoirs royaux au prince héritier Baudouin. Cette nouvelle annoncée le lendemain par un discours royal apporte l’apaisement. Le calme revient. » (2)

Enfin presque. Un homme, Julien Lahaut, « ouvrier métallurgiste, militant syndical, orateur vibrant, lutteur infatigable, élu président du parti communiste au retour de captivité en 1945, fut au premier rang de l’action liégeoise dans l’Affaire Royale. Le 11 août 1950, au moment où le Prince  Royal va prêter le serment constitutionnel devant les Chambres réunies sa voix éclate dans un vibrant (et vigoureux) `Vive la République !´. Le 18 août, deux tueurs, vraisemblablement professionnels, l’abattaient dans sa demeure à Seraing. Le crime à ce jour est resté ‘mystérieux’ et impuni. » (3)
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* Dès le 10 juillet 1949, un nouvel organisme de solidarité militante ouvrière socialiste s'était créé sous le nom d'Action commune, regroupant sous un programme commun les quatre formes du mouvement socialiste : parti, syndicat, coopératives, mutuelles.

(1) La Wallonie, Le pays et les hommes. Histoire. Économies. Sociétés., HASQUIN H. (éd.), Vol. 2, Bruxelles, p. 311.
(2) Ibid., p. 289-290.
(3) Ibid., p. 316.


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