Calendrier
historique wallon - Mars
7
mars 1968, fondation du Rassemblement Wallon
Depuis la grève de l’hiver 60-61, le
fédéralisme agitait les consciences wallonnes.
Les schismes entre Wallons et Flamands allaient croissant. Pourtant,
pendant les années qui ont succédé
à cette grève, les partis traditionnels
refusaient d’enclencher la procédure du
fédéralisme. Les Libéraux du P.L.P.
prônaient un unitarisme forcené, le Parti
socialiste sabotait avec l’aide de la F.G.T.B.
l’héritage d’André Renard et
entravait l’avancée des militants wallons, enfin
les Sociaux-Chrétiens du P.S.C. refusait de
considérer le bien fondé de la perspective
fédéraliste.
Arriva le
moment où le Parti socialiste exclut des militants wallons
créant ainsi une dissidence wallonne et où le
P.S.C. fut rattrapé par la volonté flamande de
scinder l’université de Louvain. Le 21
février 1968, les Sociaux-Chrétiens
néerlandophones (C.V.P.) se séparent de leurs
homologues francophones (P.S.C.) : ‘nous allons aux
élections en prenant nos distances vis-à-vis du
C.V.P. (…) La crise politique a
révélé une totale divergence de vues
entre les deux ailes sur des problèmes
fondamentaux’ (A. Parisis, président de
l’aile francophone). Tout ce que ces gens avaient
laissé volontairement pourrir (‘la politique du
frigo’) devenait un terrain de choix pour les dissidents :
position des francophones sur Louvain, sur
l’agglomération de Bruxelles, sur les rapports
entre les communautés, sur les garanties contre la
minorisation et sur l’avenir de la Wallonie. Les Fouron dont
la majorité de la population continuait à
protester contre le rattachement au Limbourg restait un point
particulièrement litigieux dans le contentieux
Wallonie-Flandre.
Cette liste de
problématiques fut un terrain de choix pour la
création d’un parti dont la priorité
fut de faire aboutir le fédéralisme.
C’est ainsi que le Rassemblement Wallon se
présenta comme ‘une association volontaire
d’hommes libres, en rupture avec les formations politiques
traditionnelles dont la carence a été si
nuisible’ à la Wallonie.
«
En effet, en opposition flagrante avec l’unitarisme
forcené du P.L.P. et avec la réserve du P.S.B. et
du P.S.C., le Rassemblement Wallon (R.W.) dont la fondation fut
officiellement annoncée le 7 mars 1968, fit feu de tout bois
en faveur du fédéralisme. (…)
L’opération du R.W. allait
s’avérer payante et se solder par un gain de cinq
députés le 31 mars 1968. » (1)
Le
21 mai 1968, le R.W. et le F.D.F. (les francophones de Bruxelles) se
fondaient en une formation unique tout en conservant chacun une large
autonomie, le F.D.F-R.W. Au scrutin du 7 novembre 1971, ce dernier
remporta une incontestable victoire au détriment du P.L.P.
dont ce fut l’effondrement (11 députés
en moins). Du printemps 1965 à l’automne 1971, les
partis fédéralistes (y compris la Volksunie)
n’ont pas cessé de grandir. « Le
F.D.F.-R.W. avait supplanté le P.L.P. et le P.S.C. pour
s’installer dans la foulée du P.S.B. comme la
deuxième formation politique de la communauté
française de Belgique; ses effectifs parlementaires avaient
pratiquement quintuplé - de 5 députés
à 24 -, alors que le P.S.B. avait constamment perdu des
voix. » (2) Toutefois, l'opposition à la
thèse fédéraliste avait la
bénédiction des dirigeants de
l'économie, sociaux-chrétiens et socialistes
étaient décidés à rester
les maîtres du jeu. « Barrer aux partis
fédéralistes la route du pouvoir et les avantages
qu'il confère, telle fut leur motivation dominante
à tous les échelons. » (3)
Le
R.W. entra au Gouvernement le 11 juin 1974, désireux de
faire progresser la régionalisation. «
À défaut de pouvoir instaurer un
système définitif, F. Perin eut l'idée
de mettre en place une régionalisation
préparatoire dont la concrétisation ne
nécessitait qu'une loi votée à la
majorité simple. Il en résulta la loi
Perin-Vandekerckhove du Ier août 1974 : elle
prévoyait des Comités ministériels
exécutifs régionaux constitués au sein
du Gouvernement central et des Conseils régionaux
consultatifs composés de sénateurs. Afin de
rendre cette régionalisation possible, de nouveaux
secrétaires d'État furent
désignés le 4 octobre. Le Comité
ministériel wallon siéga pour la
première fois à Namur le 25 novembre sous la
présidence du ministre des Affaires wallonnes A. Califice
(P.S.C.) ; le lendemain, toujours à Namur, on
procéda à l'installation du Conseil
régional wallon dont le sénateur F. Janssens
(P.L.P.) fut élu président. Irrité
d'être écarté du pouvoir, le P.S.B.
durcit constamment son opposition » (4), en l'occurence leur
refus de siéger au Conseil Régional Provisoire,
le fait de se retirer de la Société de
Développement Régional (S.D.R.) et du Conseil
Économique Régional Wallon (C.E.R.W.).
Le
moins que l'on puisse dire, c'est que le Parti socialiste (P.S.B.) a
été particulièrement retors et - on
peut le dire - assez ignoble lors des premiers pas institutionnels des
fédéralistes. C'est encore au sein du Parti
socialiste actuel (P.S.) - 'depuis toujours proche' des militants
wallons - que s'observe une certaine obstination à contrer la
volonté des militant-es wallon-nes pour assurer à
la Wallonie la maîtrise de sa culture, de son enseignement et
de sa recherche (des compétences qui sont en fait le plus
souvent prises dans le chef de Bruxelles par le biais de la
Communauté française Wallonie-Bruxelles). Fait significatif, lors de
la deuxième édition du Manifeste pour la culture
wallonne en septembre 2003, il nous a été
rapporté qu'un mot d'ordre interne au P.S. stipula
à ses membres l'interdiction de parler de cet
événement. Heureusement, certain-es socialistes de ce parti ont un autre point de vue sur la question.
(1) La Wallonie, Le pays et les
hommes. Histoire. Économies. Sociétés.,
HASQUIN H. (éd.), Vol. 2, Bruxelles, p. 352-353.
(2)
Ibid., p. 356.
(3) Ibid., p. 357.
(4) Ibid., p.
360-361.