Calendrier historique wallon - Octobre


20 octobre 1945, le Congrès national wallon


Pendant l'occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale fut fondé le mouvement Wallonie Libre en écho à la France Libre du général de Gaulle. Les militants de Wallonie Libre publient des journaux clandestins, ils appuient toutes les tentatives de regroupement des forces wallonnes antifascistes. « Et surtout, ils jettent en pleine clandestinité, les bases d'un organisme appelé à une grande audience après la Libération : le Conseil économique wallon, groupant syndicalistes, industriels et économistes. C'est aux militants de Wallonie Libre qu'on doit également le projet de création de l'Association pour le Progrès intellectuel et artistique de la Wallonie (A.P.I.A.W.). C'est également eux qui préparèrent, dès la fin de 1942, la convocation d'un Congrès National wallon qui devait, en 1945, marquer un nouveau tournant dans le mouvement wallon. Il y eut, entre 1940 et 1944, une véritable résistance wallonne autonome, dont les militants étaient bien décidés, après la guerre, à se démarquer du cadre belge unitaire. » (1)

« Résistance wallonne, inégalité de traitement des prisonniers, attitudes diffférentes devant l'occupant... C'étaient quelques arguments qui pouvaient faire espérer aux militans wallons un changement radical des structures politiques de la Belgique après la victoire alliée. » (2) Ce changement, les militants wallons l'attendaient d'un Congrès qui devait se tenir dès la Libération, le Congrès national wallon du 20 et 21 octobre 1945, présidé par Joseph Merlot et dont le secrétaire fut F. Schreurs.

Les organisateurs le voulaient aussi représentatif que possible : mandataires politiques, industriels, syndicalistes, économistes, juristes, enseignants. Un seul sujet à l'ordre du jour : le statut futur de la Wallonie. 1500 personnes y participèrent. Quatre options en deux votes : maintien de la structure unitaire belge avec quelques concessions faites au régionalisme, autonomie de la Wallonie dans une Belgique fédérale, indépendance pure et simple ou rattachement de la Wallonie à la France. Le premier vote consistait en une sorte de catharsis sentimentale pour donner libre cours au coeur meurtri qui s'est tu trop longtemps, il montrait une majorité pour le rattachement à la France. Le deuxième vote est le véritable vote qui déterminera l'issue fédéraliste du Congrès pour la suite des temps : autonomie de la Wallonie dans le cadre de la Belgique (unanimité moins 12 voix). Cette idée de vote en deux temps est de l'avocat liégeois F. Schreurs, rapporteur général du Congrès.

Il y eut de fortes réactions (articles passionnés, interpellations parlementaires) suite aux résolutions du Congrès, « le gouvernement s'en émut et P.-H. Spaak reconnut `l'existence d'un malaise wallon´, le bien-fondé de nombreux griefs wallons... et promit des réformes. » (3) La porte était ouverte, mais il restait encore bien du chemin à faire. Le 19 novembre 1947, c'est la défaite parlementaire, le projet de révision de la Constitution en faveur du fédéralisme fut repoussé à la Chambre, considéré comme contraire à l'article 84 de la Constitution... D'année en année, le Congrès - et le mouvement wallon en général - sera en perte de vitesse. À côté des aspects internes (conflit entre l'option réformiste et des options plus radicales), le mouve­ment wallon verra son action contrariée par la politique unitaire des trois grands partis traditionnels. Même le manifeste Schreurs-Couvreur signé, en 1952, par 50 personnalités wallonnes et 50 personnalités flamandes et proposant conjointement un programme fé­déraliste, ne suscitera guère de réactions.

Pourtant, « les sujets de mécontentement n'avaient pas manqué aux Wallons depuis 1945. Préparé et mis en place par le mouve­ment Wallonie Libre dans la clandestinité, le Conseil Économique Wallon lançait, dès 1947, un cri d'alarme : vieillissement de l'appareil économique wallon, insuffisance de l'infrastructure routière, fluviale, ferroviaire, épuisement des ressources naturelles, immobi­lisme du patronat, préjudices causés par la centralisation bruxelloise, crise démographi­que, vieillissement de la population. Quatorze ans avant l'explosion de 1960-1961, avant le rapport Sauvy, toutes les menaces qui pesaient sur ce qui avait été la région des indus­tries de pointe, des hauts salaires et du plein emploi étaient abondamment soulignées, tan­dis que les remèdes étaient proposés : interven­tion accrue du gouvernement, politique idoine en matière d'allocations familiales, décentrali­sation à tous les niveaux : investissements, décision économique, large initiative accordée aux pouvoirs locaux dans les domaines écono­mique, social, culturel. Le Conseil Économique Wallon avait posé un diagnostic inquiétant, qui se confirma au cours des années suivantes. Il ne fut guère entendu. » (4)

« Entre-temps, la loi Vermeylen de 1949 adaptant le nombre de sièges parlementaire aux résultats du recensement de 1947, consacrait définitivement la minorisation politique de la Wallonie, d'une Wallonie qui ne représentait plus que 35 % de la population belge (Flandre: 50%; arrondissement de Bruxelles : 15 %).

Les militants wallons s'obstinaient à obtenir une réforme des structures de l'État belge. De 1947 à 1953, la Chambre fut saisie par quatre fois de propositions de révision de la Constitution dans un sens fédéraliste. Les milieux wallons ne récoltèrent qu'amertume et déception. Le gouverment socialiste-libéral issu des élections de 1954, qui comptait six ministres membres du Congrès National Wallon, se signala par un immobilisme total vis-à-vis de revendications communautaires. La tactique unitaire des partis traditionnels triomphait. Il fallut les menaces de plus en plus précises, de plus en plus graves, qui pesaient sur la situation économique de la Wallonie pour `réveiller le sentiment wallon', pour y sensibiliser les masses.

Toutes les carences, tous les dangers signalés dans le premier rapport du Conseil Economique Wallon s'amplifient, et paraissent plus graves encore dans le cadre économique européen : déplacement vers la Flandre (Campine, Canal Albert) d'industries lourdes qui avaient fait la fortune de la Wallonie, retard de la Wallonie par rapport à la Flandre au point de vue des grands axes commerciaux. L'épuisement des ressources charbonnières, le vieillissement de l'appareil d'exploitation, le défaut d'investissements, la politique de `rationalisation' effectuée dans le cadre de la C.E.C.A provoquent la fermeture en chaîne des charbonnages hennuyers. Des grèves sauvages éclatent pendant l'été 1959. Le Congrès des socialistes wallons, réuni à Namur en juin 1959, énonce son pessimisme et préconise le fédéralisme comme véritable mesure de salut public wallon.

L'accentuation de la détérioration de la situation économique, en 1960, correspond à une accentuation du mécontentement wallon. Le projet de loi Eyskens, déposé à la Chambre à la fin de 1960 fournira un catalyseur à ce mécontentement, et déclenchera la grève gé­nérale de décembre 1960-janvier 1961. Une grève dont, au départ, les objectifs sont quasi `traditionnels', mais qui ne tardera pas, en Wallonie, sous l'impulsion d'André Renard, à prendre un sens tout différent... et à amor­cer ainsi un nouveau tournant dans l'histoire du mouvement wallon. » (5)


(1) La Wallonie, Le pays et les hommes. Histoire. Économies. Sociétés., HASQUIN H. (éd.), Vol. 2, Bruxelles, p. 324.
(2) Ibid., p. 325.
(3) Ibid., p. 327.
(4) Ibid., p. 329.
(5) Ibid., p. 330-331.
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