Encyclopédie du Mouvement wallon (extraits)



Les extraits présentés ici proviennent de l' encyclopédie du Mouvement wallon de l'Institut Jules Destrée dont certains textes sont accessibles gratuitement sur le site de l'Institut, ceux-ci sont signalés par un carré jaune à la droite du terme.


L'histoire du drapeau wallon : Pourquoi cet oiseau a-t-il retenu l’attention des sociétés régionalistes ? Les lettrés savent que, dès l’Antiquité, cet animal fait figure de symbole solaire (son chant n’annonce-t-il pas le retour de la lumière ?) et il passe communément en Grèce pour un attribut d’Apollon. Dans la tradition nordique, on l’assimile plutôt à la vigilance guerrière ainsi qu’à un gardien de la vie. Le christianisme lui attribue de surcroît le pouvoir de faire reculer les démons… et le lion, volontiers assimilé à l’esprit du Mal. L’Église catholique finit par en user d’une façon ostentatoire. À l’aube du IXe siècle, Rampert, évêque de Brescia, fait hisser un coq sur le clocher de son église, inspiré par la scène bien connue du Prince des Apôtres reniant à trois reprises le Christ et plein de repentir quand, aux premières lueurs du jour, conformément à la prédiction, le chant de l’oiseau souligne l’ampleur de sa faute. Le pape Léon IV l’approuve et fait de même pour la basilique Saint-Pierre. Cet exemple est suivi à travers tout l’Occident chrétien et spécialement en Gaule. Transformé en girouette d’église, le volatile devient familier au menu peuple.

15 juillet 1998 : Adoption par le Parlement wallon du Décret déterminant le jour de fête et les emblèmes propres à la Wallonie et leur symbolique.

Le chant des Wallons : À l’unanimité, moins une voix Écolo, la Commission spéciale du Parlement wallon décide, le 4 juin 1998, de retenir la musique et les paroles transposées en français du chant des Wallons de Bovy et Hillier. Sans retouche, sans modification, dans le respect de son historicité. Chant des Wallon(ne)s serait une terminologie plus représentative.

La gaillarde (en gros plan) : Cette petite fleur rouge et jaune est aussi un emblème de la Wallonie. Il fut proposé par Léonie de Waha à l’Assemblée wallonne qui le conserva. La Gaillarde d'Argent est une distinction remise lors de la Fête de Wallonie à Namur pour mettre à l'honneur les meilleur(e)s représentant(e)s de l'idéal wallon, une initiative de François Bovesse.

Namur, capitale de la Wallonie : Officiellement, c’est le 11 décembre 1986 que Namur est devenue capitale de la Région wallonne.

Fêtes de Wallonie : Tellement de confusion et si peu d'unité pour donner toute sa mesure à un rituel de fondation de cette importance.

Cent Wallons du siècle : une page qui compte dans notre histoire.

La Wallonie, Toutes les cartes en mains : 50 fiches didactiques sur la Wallonie forment un cahier pédagogique intitulé "Toutes les cartes en main". Un parcours fort instructif.

Manifeste des Intellectuels wallons et flamands (3 décembre 1952) : Une cinquantaine de personnalités wallonnes et une cinquantaine de personnalités flamandes sont unanimes à dénoncer la centralisation bruxelloise, l’unitarisme belge qui vide la Wallonie et la Flandre de leur substance, ainsi que la majorité de la presse bruxelloise, jugée tendancieuse par rapport aux phénomènes propres à la Wallonie et à la Flandre et qui fait rarement preuve de compréhension à l’égard des problèmes nationalitaires en Belgique. La publication du Manifeste fait l’effet d’une bombe. Plus de 1.250 articles de journaux et de revues lui sont consacrés (avant la fin 1953).

Notices biographiques de l'Encyclopédie du Mouvement wallon : en voici quelques extraits.

André Cools : Il prend pleinement conscience du problème wallon au moment où il assiste au Congrès national wallon de Liège, en octobre 1945. Il n’a alors que 18 ans. En juin 1976, alors que les socialistes wallons réunis en congrès à Jolimont approuvent le projet de régionalisation définitive élaboré par le bureau du PSB, André Cools reprend l’initiative et propose aux autres partis (au pouvoir) de discuter de son plan. En accord avec les souhaits de la FGTB, ce projet de révision constitutionnelle servira de référence durant toute la période de négociations conduisant à la réforme de 1980 ; il crée trois régions (Wallonie, Flandre, Bruxelles) dotées de réels pouvoirs politiques (exécutif et législatif distincts du national) et financiers. C’est sous sa présidence que le PSB devient le Parti socialiste. Il réclame l’installation à Namur de l’Exécutif régional wallon : Sans la présence de l’Exécutif en Wallonie, auprès de l’Assemblée, la régionalisation risque de n’être qu’une idée et non un fait établi ( Le Soir , 21 octobre 1982).

•  La thèse de Jean Alexandre : En mars 1979, il soutient une thèse de doctorat à la Sorbonne consacrée aux Causes du déclin wallon en défendant l’idée que le problème wallon n’est pas un problème ethnique ou linguistique. Le déclin wallon provient en ordre essentiel de la décapitation de l’élite wallonne au profit de la croissance de Bruxelles, la capitale qui a attiré vers elle toutes les forces vives de la Wallonie ; il provient aussi de la centralisation du pouvoir de décision qui a entraîné l’industrialisation de la Flandre, grâce notamment aux fruits du travail wallon d’autrefois, alors que la Wallonie aurait pu réinvestir sur place pour créer les petites et moyennes entreprises, ainsi que l’industrie mécanique dont elle avait besoin. D’après Jean Alexandre, cette situation n’est pas du tout fortuite et provient d’une volonté délibérée de l’intelligentsia monarchique et gouvernementale. Celle-ci aurait compris au cours de la grève de l’hiver ’60-’61 le danger que représenterait la Wallonie du fait de la conjonction des courants prolétariens et fédéralistes ; dès lors, elle aurait décidé de laisser se détériorer les structures vieillissantes de la Wallonie. La Wallonie est donc paralysée par deux niveaux de décision politique.

Jean-Maurice Dehousse : Il s’abstient au moment du vote du décret faisant du drapeau au coq hardy l’emblème de la Communauté française ; en fait, il refuse l’option d’une Belgique communautaire et réclame le drapeau au coq hardy pour la seule Wallonie. En février 1976, il prône la constitution d’un large front fédéraliste wallon. Préconisant la rédaction d’une charte minimale de régionalisation à laquelle le Front commun syndical pourrait donner son aval. En juin 1976, le PSB s’accorde avec la FGTB sur un projet de révision constitutionnelle qui servira de référence durant toute la période de négociations (Egmont, Stuyvenberg) conduisant à la réforme de 1980 ; ce projet prévoyait la suppression des provinces, des conseils culturels et du Sénat ; il créait trois régions (Wallonie, Flandre, Bruxelles) dotées de réels pouvoirs politiques (exécutif et législatif distincts du national) et financiers. Les compétences des trois régions recouvraient la politique d’expansion économique, l’emploi, la législation industrielle, la politique foncière, le logement, l’agriculture, l’infrastructure touristique, la politique familiale et démographique, l’hygiène, la chasse, la pêche, l’urbanisme, la restructuration et le renforcement des pouvoirs locaux. Durant les négociations, Jean-Maurice Dehousse défendra aussi la régionalisation des moyens de crédit.

Dans le premier gouvernement de Wilfried Martens et les diverses coalitions qui se succèdent (avril 1979-septembre 1981), Jean-Maurice Dehousse devient ministre des Affaires wallonnes et président de l’Exécutif wallon, alors composé à l’intérieur du gouvernement national. Si l’on fait abstraction de la régionalisation provisoire (1974-1977), il peut être considéré comme le premier président d’un officiel gouvernement de la Wallonie. À ce titre, il contribue à la mise en place de l’administration wallonne à Namur. Il s’agit alors de doter la Wallonie de l’ensemble des instruments destinés à concrétiser les décisions politiques wallonnes.

Ministre régional, il devient président du gouvernement wallon en succédant à André Damseaux en octobre 1982. Opposé à une fusion Communauté-Région, il contribue à fixer à Namur le siège de l’Exécutif wallon et celui de ses services (décision du 12 juillet 1983). En janvier 1985, le président de l’Exécutif wallon dénonce les pillages industriels et financiers de la Flandre, sa mainmise sur les administrations et les services publics (emplois, marchés…), ses manipulations des programmes d’investissement. En juin 1999, il se présente comme premier suppléant sur la liste socialiste aux élections européennes et, suite à la nomination de Philippe Busquin comme Commissaire européen, devient député européen (15 septembre). Dans le même temps, il démissionne de ses fonctions de bourgmestre de la ville de Liège et pose sa candidature à la présidence du PS. C’est Elio Di Rupo qui est élu.

Marion Coulon : Francophile passionné, il avait participé au premier Congrès culturel wallon qui s’est tenu à Charleroi en 1938. Partisan farouche de l’autonomie culturelle, il participe au Congrès wallon de 1945. Il publiera ensuite L’autonomie culturelle en Belgique , une référence incontournable pour la compréhension de la dimension culturelle du problème wallon. Sa définition de la culture le conduit à considérer que les problèmes culturels dépassent, de loin, les problèmes linguistiques. Tout en accordant beaucoup d’importance à une bonne connaissance de la langue française, il exige une véritable autonomie culturelle au profit de la Wallonie, réclame l’établissement d’un ministère unique de l’Éducation et de la Culture placé sous la direction d’un ministre wallon, compétent en matière culturelle, d’enseignement et d’emploi des langues. Partisan d’une fédéralisation de la Belgique, il suggère d’attribuer les compétences culturelles à chacune des trois chambres régionales (bruxelloise, flamande et wallonne).

Henri-Julien D'Andrimont dit Jules : Né à Liège le 27 octobre 1834. En novembre 1888, d’Andrimont jette les bases d’une Fédération wallonne qui vise à relayer l’éphémère Ligue wallonne créée en février par Léon Dereux et Alfred Journez. Il adhère parmi les premiers au Congrès wallon de 1890. Cette “ fibre régionaliste ” que l’on sent sincère lui attire la sympathie d’un mouvement wallon encore balbutiant. Fort intéressé à la conservation de la langue régionale wallonne, qu’il pratiquait sans problème. Il devient bourgmestre de la Cité ardente le 20 août 1867. Déjà populaire, sa popularité s'accroît lorsqu’il se met à organiser de façon régulière des fêtes et des réceptions grandioses auxquelles la population est associée. On garde en mémoire, dans les chaumières, que les fontaines de la place du Marché débitaient du vin au lieu d’eau. Quand il passe de vie à trépas le 21 juillet 1891, on chante sur le passage du char funèbre la complainte de Sylvain Hertog : Adieu au Père des Wallons !

Charles De Tombeur : Totalement inconnu du grand public, Charles De Tombeur joue pourtant un rôle majeur dans la définition de la Wallonie. À son époque (deuxième moitié du XIXe siècle), le mot Wallonie est si peu usité , rapporte Albert Mockel, que plusieurs personnes nous demandèrent ce qu’il signifiait. On ne connaissait pas d’autres expressions que le « pays wallon ». En reprenant (février 1886) au cercle universitaire L’Élan sa revue L’Élan littéraire, j’avais résolu d’en changer le titre. Mais le petit recueil aurait pu s’appeler la Terre wallonne ou la Revue wallonne aussi bien que La Wallonie . Un confrère né à Huy et fixé à Bruxelles, notre ami Charles de Tombeur, connaissait par Hector Chainaye mes projets : il les appuya d’un conseil dans sa revue La Basoche (mars 1886) : Soyez nos Félibres et WALLONNIE avant tout ! Cette note me décida, et l’on peut dire par conséquent que le mot Wallonie doit surtout à Charles de Tombeur sa diffusion actuelle. Ma part de responsabilité se limite à l’orthographe. Le mot étant inusité, je crus pouvoir l’alléger d’une « n » : Wallonie, cela paraissait plus logique que Wallonnie ; c’était surtout plus élégant et cela seul, au fond, importait dans une revue d’art. (…)

Léonie De Waha : Jusqu’au deuxième tiers du xixe siècle, il n’existait, à Liège, aucun établissement scolaire formant les jeunes filles à l’Université. À la demande du bourgmestre d’Andrimont et sous la forme d’une Société anonyme, Léonie de Waha achète un immeuble rue Hazinelle et y crée l’Institut supérieur de demoiselles (1868), repris ensuite par la ville de Liège (1878) et devenu Lycée de Waha. Pionnière de l ’enseignement féminin, elle encourage les Djônes Auteûrs Walons , ainsi que la Garde wallonne (de Liège) présidée par son petit-fils, Hector de Sélys. Elle accepte aussi de présider l’Union des Femmes de Wallonie que Marguerite Horion vient de fonder. Né le 28 octobre 1912, le mouvement Union des Femmes de Wallonie (UFW) s’inscrit dans le prolongement du congrès wallon (juillet), de La Lettre au roi de Jules Destrée (15 août) et de la création de l’Assemblée wallonne (20 octobre). Par le biais de diverses activités et de la publication de son bulletin, l’Union des Femmes de Wallonie se veut le stimulant d’une conscience politique, wallonne au premier chef, chez les femmes de Wallonie. Préconisant une large autonomie administrative dans le cadre belge, réclamant la réalisation de manuels d’histoire où l’on tiendrait compte du passé wallon.

Paul Brien : Coopté au sein du Comité permanent du Congrès national wallon en 1945, Paul Brien en reste membre jusqu’en 1948. Au moment où le Parlement s’apprête à appliquer en pure et simple arithmétique électorale à la représentation parlementaire les conséquences du recensement de population de 1947, il signe la pétition La Wallonie en alerte . À l’instar de 52 autres académiciens et professeurs d’université conscients de la fonction intellectuelle qu’ils exercent dans la société, il souhaite empêcher la Chambre et le Sénat de voter une loi qui condamnerait la Wallonie à la minorité perpétuelle et demande qu’on lui garantisse l’existence en tant que nationalité. Il défend avec passion le régime linguistique français à Bruxelles.

Maurice Desombiaux : Défenseur d’une décentralisation de la Belgique ( La Meuse , 28 mars 1902), fondateur, avec Jules Destrée, d’une Fédération des Artistes wallons, dont il devient le président, puis d’une Société des Amis de l’Art wallon, qui comptera des sections dans toutes les villes de Wallonie, co-organisateur de la première exposition d’Art wallon à Charleroi (1911), il ne cesse de montrer que la Wallonie, trop souvent négligée au profit de la Flandre, est en réalité un des berceaux de l’art en Occident. Il révèle ou vulgarise quelques-unes des illustrations du patrimoine artistique wallon : l’école de Tournai, qui influença l’art flamand, l’école de l’abbaye de Lobbes, Roger de le Pasture, Victor Rousseau, etc. Il exige que l’apport artistique de la Wallonie soit reconnu et sa filiation française proclamée. Occupé par le seul passé wallon, Desombiaux ne se livrera jamais à une peinture de la Wallonie industrielle, même s’il ne reste pas insensible aux villes (Namur, Liège, etc.).

Arthur Gailly : Du 27 juillet au 19 septembre 1935, Arthur Gailly écrit, dans Le Peuple, une série d’articles sous le titre Au pays qui ne veut pas mourir ; constatant la fermeture de trop nombreuses usines, il déplore leur départ vers le Nord. Et il demande que l’on réalise un inventaire de toutes celles qui sont dans le cas depuis un quart de siècle. (…) Car on ne crée plus d’usines chez nous, on va les fonder en pays flamand. Nous sommes menacés de devenir dans cent ans une région désertique. (...) Dan s L’Action du 17 février 1956, Gailly évoque enfin, de façon ponctuelle, la question des allocations familiales en Wallonie quand il écrit : Dans le régime actuel, la Wallonie est refaite comme un rat au bénéfice des familles nombreuses flamandes et très souvent cléricales pour lesquelles le régime a été imaginé. Avec la FGTB, nous sommes pour une répartition en fonction de l’âge des enfants et non exclusivement de leur nombre. Les premiers enfants sont plus difficiles à élever ; dès lors il faut augmenter l’allocation aux premiers enfants.

Oscar Grojean : Celui qui, pour raison professionnelle, a passé la majeure partie de sa vie à Bruxelles, est très conscient des problèmes wallons et de la façon dont ils sont perçus. Il existe à Bruxelles une épidémie de surdité qui pourrait avoir les conséquences les plus graves, écrit-il en 1945. On a pris l’habitude ici de s’écrier avec un aimable dédain, chaque fois qu’il s’agit de la Wallonie : “ ah oui ! Ces régionalistes ! ” à la vérité le mouvement wallon est beaucoup plus qu’un simple mouvement régionaliste : une véritable conscience nationale wallonne est en voie de création. Ce phénomène n’est pas dû seulement aux craintes qu’inspire l’impérialisme flamand à la peur d’être colonisé ; il provient aussi de l’attitude inconsidérée de la capitale et des froissements qu’elle a engendrés dans le sud. La capitale se croit non seulement le centre géographique du pays mais aussi le dépositaire de l’âme belge ; elle est terriblement égocentrique. Membre émérite de la Société de Littérature wallonne, Grosjean est aussi le président de la section bruxelloise de l’Association pour le Progrès intellectuel et artistique de la Wallonie. C’est à ce titre qu’il intervient lors d’un congrès du Congrès national wallon pour défendre l’autonomie culturelle de la Wallonie.

Joseph Merlot : Il est pressenti en juin 1945 comme président du Congrès national wallon de Liège, en raison de son prestige personnel, de son autorité indiscutable et de son énergie capable de maîtriser une assistance. En ouvrant le congrès national wallon, le 20 octobre 1945, le président déclare qu’il se doit de participer à l’élaboration des réformes politiques qui s’avèrent indispensables et urgentes pour que la Wallonie connaisse les conditions favorables à son épanouissement complet. Il réussit à diriger les travaux avec beaucoup de doigté, accordant à chaque opinion un temps et un contexte de paroles équitables. Président du Comité permanent du Congrès national wallon (1945-1959), Joseph Merlot devient l’un des hommes forts du Mouvement wallon de l’après-guerre. Joseph Merlot meurt en 1959, laissant le Mouvement wallon orphelin du guide qui, depuis la Libération, avait tenté de le conduire de façon ordonnée et résolue sur le chemin difficile du fédéralisme.

Paul Pastur : Docteur en Droit de l'ULg, il s'inscrit au barreau de Charleroi (1893) après un stage à Paris et à Bruxelles. Impressionné par les émeutes de 1886 ainsi que par les plaidoiries des avocats des 27 ouvriers soi-disant impliqués dans le Grand Complot, il fonde, avec J. Destrée, la Fédération démocratique (1892) dont il est le secrétaire.

Réclamant le 1er mai férié, des augmentations salariales pour les ouvriers, le suffrage universel, défenseur déjà des Etats-U nis d'Europe, régionaliste et internationaliste, proposant un essai de solution wallonne à l'Assemblée wallonne de 1919, défendant l'autonomie des communes et des provinces, Paul Pastur est député durant quelques mois. Mais viscéralement attaché au Hainaut et à ses habitants, il rejette tout mandat le conduisant hors de sa province.

C’est vers l’enseignement que se portent ses meilleurs efforts, un enseignement qu’il veut rénover, qu’il souhaite plus égalitaire, pour la prolongation et l’obligation duquel il se bat. Paul Pastur développe l’enseignement technique, les loisirs des travailleurs, le Fonds des mieux doués, l’enseignement spécial, le recyclage, les méthodes actives, la prospection, l’enseignement audiovisuel, etc. Il rompt, dans ses méthodes, avec le vieux système exclusivement théorique et magistral. Il introduit l’application pratique dans le prolongement de l’étude théorique et il est le précurseur de l’éducation permanente. Le Hainaut lui doit énormément en matière d’enseignement, d’éducation permanente, d’œuvres sociales instituées pour aider l’homme, de sa naissance à ses vieux jours. C’est Paul Pastur encore qui, sur l’exemple américain, introduisit une fête des mères, le dernier dimanche de mai. Instituée en Hainaut pour la première fois en 1927, cette nouvelle habitude est adoptée partout dans le pays, dix ans plus tard. Pionnier, il l’est encore en matière d’organisation des loisirs ouvriers : faisant circuler des théâtres de ville en ville, organisant des concours de chansons, des bibliothèques. L’Université du Travail de Charleroi est son œuvre la plus importante ; l’École industrielle supérieure provinciale ouvre ses portes en 1903 afin de répandre, par des moyens intensifs, dans toutes les couches professionnelles, l’instruction scientifique et technique utile à l’avancement et au progrès des industries et des métiers . En 1911, l’École adopte le titre symbolique d’Université du Travail, établissement qui fournit à la région une main-d’œuvre qualifiée et qui est fréquenté par des étudiants venus parfois de très loin. Chou En-Lai en est certainement le plus connu.

Fernand Schreurs : À partir d’avril 1939, la Ligue d’Action wallonne édite également des Documents wallons , brochures d’analyse qui devaient apporter au Mouvement wallon le poids de la rigueur scientifique. Ils dressent un inventaire des griefs et formulent des propositions pour y remédier. Grâce à l’initiative de Fernand Schreurs fut inaugurée cette collection de cahiers tirés à 35.000 exemplaires. S’ils n’atteignaient pas le grand public, ils eurent un retentissement considérable dans les milieux économiques, sociaux et politiques. Notamment sous le pseudonyme de J. Langlois, il écrit de nombreux articles pendant la guerre dans lesquels il évoque les principaux griefs wallons. Il est l’un des premiers à souligner le drame qui se joue dans les camps de prisonniers de guerre où seuls demeurent les soldats wallons.

Lors du congrès wallon de 1945, à Liège, c’est Fernand Schreurs qui a la mission d’énumérer l’ensemble des griefs wallons : menace pesant sur la langue et la culture françaises ; minorisation de la Wallonie dans le cadre belge ; problèmes économiques ; politique déficiente en matière de travaux publics en Wallonie ; système des allocations familiales mal adapté ; volonté d’établir une entente économique avec la France ; aspect culturel (subsidiation, rejet du bilinguisme...) ; inégalité en matière administrative ; sous-représentation des Wallons dans les instances “ national es ” ; politique étrangère aux mains des Flamands... Avant le congrès, Fernand Schreurs dénonce les dangers que court l’économie wallonne : fermeture d’usines, déplacement des entreprises vers la Flandre, des Conseils d’administration et centres de décision vers Bruxelles, disparition des banques wallonnes. Après avoir dressé un rapide historique du Mouvement wallon, Fernand Schreurs, rapporteur général du congrès wallon, insiste sur la nécessité de constituer un bloc wallon pour défendre les intérêts de la Wallonie. Tel est l’objectif du congrès. Définir une politique commune aux Wallons qui permettrait de résoudre la question wallonne. Fernand Schreurs présente encore les quatre solutions soumises au vote des congressistes (le maintien de la structure unitaire de la Belgique avec des modifications plus ou moins importantes dans l’appareil constitutionnel ou légal ; l’autonomie de la Wallonie dans le cadre de la Belgique ; l’indépendance complète de la Wallonie ; la réunion de la Wallonie à la France).

Fernand Schreurs maintient l’activité du Comité permanent du Congrès national wallon. Tout en préparant avec Jean Rey et Fernand Dehousse un nouveau projet de fédéralisme à déposer au Parlement (projet Merlot-Van Belle de 1952), il cherche à nouer un dialogue avec les fédéralistes flamands. Après plusieurs mois de réunions et de réflexions, un texte commun est rédigé : le Manifeste des Intellectuels wallons et flamands , aussi appelé Accord Schreurs-Couvreur (3 décembre 1952), est contresigné par cinquante Flamands et cinquante Wallons. Il s’agit d’une plate-forme concrète d’autonomie culturelle défendue en Flandre et en Wallonie. Il défend l’idée d’une fédéralisation de la Belgique reposant sur la reconnaissance de deux peuples (la Wallonie et la Flandre), considère que Bruxelles est la capitale fédérale et doit jouir d’un statut spécial, revendique la fixation définitive de la frontière qui les sépare, et appelle à la défense de l’intégrité française de la Wallonie et l’intégrité néerlandaise de la Flandre (aucune minorité linguistique ne sera reconnue).

Léon Troclet : Ardennais d’origine, autodidacte amoureux de son pays, Léon Troclet adhère très vite aux idées fédéralistes tout en gardant une grande préoccupation pour les questions ouvrières. On peut affirmer qu’il est l’un des rares socialistes de son époque à mener parallèlement et en symbiose la lutte pour la Wallonie et le monde ouvrier. Le premier exemple en est donné en 1903, lorsque Léon Troclet lance un quotidien intitulé La Wallonie, qui est l’organe de la fédération liégeoise du POB. Même si le quotidien ne vécut que dix jours, il symbolise parfaitement la double préoccupation de celui qui se présente volontiers comme un régionaliste et un fédéraliste, défenseur de l’usage de la langue française par les ouvriers wallons ou flamands parce que, avec le flamand, on fait le tour de Tongres, avec le français, on fait le tour du monde (...) ; le français est un outil plus puissant (Enquête de L’Action wallonne, 1909, meeting du 29 janvier 1911).

Interrogé en 1911 sur la solution à apporter au problème de la Belgique (Souhaitez-vous l’annexion de la Wallonie à la France ? Êtes-vous partisan de la séparation administrative ?), il répond qu’il suffit de laisser chacun faire son ménage à sa manière, c’est-à-dire accorder l’autonomie à la Wallonie et à la Flandre, formule qui permettrait un plus grand progrès social tant en Flandre qu’en Wallonie, par la force de l’exemple que ne manquerait pas de donner cette dernière. La séparation administrativ e et politique offrirait la possibilité d’un développement optimal pour les Wallons et les Flamands. En avril 1911, il prend la parole lors d’un meeting anti-flamingant organisé à Bruxelles sur l’initiative des ligues wallonnes. Très écouté, il déplore, à titre personnel, les exagérations flamingantes. Se voulant respectueux d’un certain nombre de revendications exprimées par le Mouvement wallon, il en déplore ce qu’il appelle les excès et cite comme exemple les nominations à Liège de magistrats dont la langue maternelle est le flamand. Observant d’importantes inégalités entre la Wallonie, Bruxelles et la Flandre dans les charges contributives à l’État, ainsi que dans la répartition du budget des travaux publics (82 millions accordés à la Flandre, 32 à Bruxelles et 7 à la Wallonie), Léon Troclet considère que l’impudence des flamingants conduit à la séparation administrative (1911).

Le 20 octobre 1912, Léon Troclet participe à la création de l’Assemblée wallonne où il est l’un des rares socialistes liégeois. Membre assidu, il est l’un des délégués de Neufchâteau-Virton (1912-1914, 1919-1940) et l’un des conseillers de son bureau permanent (1925-1940). En 1913, l’Assemblée wallonne devant choisir un jour de fête nationale, il propose la date du 20 octobre comme jour de fête de la Wallonie afin de commémorer la fondation de l’Assemblée wallonne. Léon Troclet participe aussi au congrès de la Ligue wallonne de Liège, en 1913, parallèle à l’Assemblée wallonne ; il y présente un projet fédéraliste, plus modéré que celui d’Émile Jennissen et de Julien Delaite. Troclet est partisan de la reconnaissance de trois régions, la Flandre, la Wallonie et l’agglomération bruxelloise. Il prévoit, notamment, pour certaines questions, une autonomie absolue pour les régions.

Léon-ÉLi Troclet : Fils de Léon Troclet, il est conseiller provincial de Liège (1928-1932), conseiller communal de Chênée (1938-1945) puis de Liège (1946-1947, 1952-1980), sénateur provincial de Liège (1945-1946) puis sénateur élu direct (1946-1968), ministre du Travail et de la Prévoyance sociale (1945-1946, 1946-1949, 1954-1958), ministre des Affaires économiques (1946), membre du Parlement européen (1961), ministre d’État (1969), Léon-É. Troclet marque profondément le domaine de la sécurité sociale ; membre actif de l’Organisation internationale du Travail où il occupe de nombreuses fonctions (1945-1980), il est considéré comme le père de la Sécurité sociale : lois sur les pensions de retraite et de survie (ouvriers, employés, marins, mineurs), code de la protection du travail, lois sur le reclassement des handicapés, sur les conseils d’entreprise, sur les commissions paritaires et les conventions collectives...


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