Namur, capitale wallonne ?
Interloqué depuis des années par l'usage contagieux
de
l'expression "fêtes de Wallonie" sans égard pour le
Moniteur Belge et
le projet de Constitution wallonne, c'est un
récent discours du Président du Parlement
wallon qui a décidé
de l'envoi d'un courriel à M. José Happart pour
connaître
son opinion à ce sujet.
Bonjour M. Happart,
J'ai été surpris de constater dans vos discours
récents disponibles sur
le site du Parlement wallon que l'expression "Fêtes de
Wallonie" avait
gagné par votre entremise une assurance officielle.
La question qui est l'objet de ce courriel est celle-ci : est-il
séant
de parler de "fêtes de Wallonie" au pluriel alors que le
Moniteur Belge
et le décret de Constitution wallonne ne mentionnent que
l'expression
"fête de Wallonie" (1) ?
« Partout le même
jour et tous ensemble sous la même bannière
», n'est-ce pas le premier
message de la fête de Wallonie ? Message d'unité.
Enfin, pourquoi le Parlement wallon n'impose-t-il pas la publication de
la date de la fête de Wallonie dans les calendriers. Aucun
calendrier
distribué en Wallonie ne l'a jamais mentionnée (2).
Dans l'attente de vous lire et peut-être de publier votre
réponse sur
le site du MMW, je vous prie d'agréer, Monsieur le
Président,
l'expression de mes salutations wallonnes respectueuses.
Karl Louvet
Signataire du Manifeste pour la culture
wallonne de 2003.
(1)
http://wallonie.apinc.org/pages/constitution/art13-14.html
(2)
Voir cet exemple
M. José Happart a répondu ceci :
Monsieur,
J'ai bien reçu le courrier électronique par lequel
vous vous interrogez
sur l'appellation « Fêtes de Wallonie » et
sur la possible publication
de la date de la Fête de la Wallonie dans les calendriers.
Tout d'abord, si j'ai effectivement parlé des «
Fêtes de
Wallonie », c'est dans un contexte namurois où il est
de tradition de
parler « des » fêtes de Wallonie, certains,
pour faire court, allant
même jusqu'à parler « des »
Wallonie.
Il va
de soi que je souscris entièrement à l'appellation
officielle de « la »
Fête de « la » Wallonie. Elle
confère, indéniablement un caractère de
solennité à l'événement, en le
plaçant au même rang que la Fête
nationale.
Pour ce qui concerne la mention
de cette fête dans les calendriers, le Parlement n'est
nullement
compétent pour l'imposer. Je vous concède toutefois
que cela pourrait
être suggéré, encore qu'il ne soit pas
octroyé un jour de congé pour
notre fête.
Je vous prie de croire,
Monsieur, en l'expression de ma considération
distinguée.
José Happart.
Il
s'agit là d'une réponse embarrassante, car, s'il est
judicieux de
respecter les traditions locales, il ne convient peut-être pas
de le
faire précisément dans le contexte de la
Fête de la Wallonie, surtout
si c'est le Président du Parlement wallon qui prend la parole.
La ville de Namur a été désignée
comme capitale de la
Wallonie, et à ce titre, elle la représente, elle en
symbolise
l'étendue et la portée. En un mot, elle se doit
d'être digne du rôle
d'une capitale en veillant à jouer son rôle de
représentation de
l'unité wallonne. Dès lors, l'évocation d'un
"contexte namurois" dans
le cadre de la Fête de la Wallonie autoriserait une sorte de
passe-droit pour la mentalité sous-régionaliste,
frôlant de près le
paradoxe d'une "capitale des Wallonie". Si M. Happart fait preuve de
bonne volonté en tenant compte du "contexte namurois", c'est
sans aucun
doute au détriment de la symbolique d'une unité
wallonne en acte et en
parole, véritable pièce maîtresse de la
Fête de la Wallonie.
À l'instar de Bruxelles, va-t-on devoir se confronter
à
Namur en ce qui concerne la mauvaise volonté de cette ville
à l'égard
de la représentation du peuple wallon ? "C'est en 1923 que le
Député
François Bovesse crée un comité
chargé de célébrer "la Fête de la
Wallonie". Avec 14 autres membres fondateurs il crée ainsi le
Comité
Central de Wallonie. Accompagnés de 7 Présidents de
quartier, ils
organisent les premières fêtes" (1). Avec le temps et
sans égard pour
cette appellation originelle respectueuse de l'unité wallonne,
on en
vient aujourd'hui à célébrer un label
folklorique "fêtes de Wallonie"
contredisant son esprit fondateur, cela au mépris -
parce
qu'il faut bien le dire - de la volonté démocratique
du peuple wallon
de s'être donné une "Fête de Wallonie" telle
qu'elle est écrite dans le
Moniteur Belge et encore stipulée dans le projet de
Constitution
wallonne.
Le folklore namurois n'a
précisément plus rien à voir avec
l'unité wallonne. Pourtant, le comité
d'organisation des fêtes de Wallonie à Namur
dénommé "Comité
central de Wallonie" affiche ouvertement l'ambition d'intégrer
les
institutions wallonnes - puisque Namur est devenue la capitale - DANS
le contexte des fêtes folkloriques de Namur. Une ambition
affichée dès
l'an 2000 : « Afin d'amener cette manifestation unique
à Namur sinon en
Wallonie au seuil du nouveau millénaire, ils se sont
donnés pour
objectif d'intégrer les institutions qui siègent
désormais à Namur
devenue depuis la Capitale de la Wallonie. Les membres du CCW et leur
Président actuel, Claude Willemart, ont voulu
perpétuer le travail de
leurs prédécesseurs. » (1) Le site Internet
de cette institution
namuroise aux ambitions panwallonnes répondant au label de
"fêtes de
Wallonie" avec le soutien de la ville de Namur ne manque à
aucun moment
de créer la confusion entre la Fête de la Wallonie et
les fêtes de
Wallonie, la première étant de nature parlementaire
et démocratique
tandis que l'autre relevant d'une inspiration folklorique
spécifique à
Namur.
Il ne peut y avoir préséance d'une
tradition locale à la manière d'un passe-droit quand
on accepte de
jouer le rôle d'une capitale, et surtout pas dans le contexte
de la
Fête de Wallonie ! La confusion est quasi complète,
elle a même droit
de cité au sein du Parlement wallon puisque son
Président semble
hésiter à ce sujet. Le Parlement est-il namurois
avant d'être wallon ?
À vrai dire, la réponse est sans détour : la
loi ne permet
pas de modifier une appellation officielle. Et lorsqu'un digne
représentant de l'unité wallonne prend la parole
à l'occasion de cette
assemblée solennelle, cela devrait être pour remettre
les compteurs à
zéro : Namur doit sacrifier son appellation "fêtes de
Wallonie" et
consacrer l'emblême wallon "Fête de la Wallonie" en
droit et en usage
au nom du peuple wallon. Dans la capitale wallonne, le jour
précédant
celui de la Fête de la Wallonie, le "contexte namurois" n'est
pas de
mise et Namur doit assumer sa place centrale dans la Wallonie en tant
que capitale, siège de l'unité de la Wallonie.
Actuellement, ce que l'on peut constater sur le site Internet de la
ville de Namur, c'est le logo suivant : "Les Wallonie en
fête"... C'est
une régression, une ambition sous-régionaliste qui
n'a pas sa place
dans la capitale wallonne.
Qu'est-ce qui est politiquement correct ? Jouer son rôle
ou ne pas le jouer ? On peut extrapoler la situation : puisque le
Parlement wallon se situe aussi dans un "contexte namurois", est-ce que
cela autorise une coloration "locale" dans l'interprétation
des textes
officiels ? Soyons sérieux, parole de Président :
« Mais je ne peux
oublier quelle est notre fonction première : celle de
législateur
décrétal, voire de constituant. J’en ai
parlé ce samedi : nous avons
devant nous la tâche, combien exaltante et fondamentale de
définir la
structure constitutionnelle de notre région, dans le respect
de la
tolérance et de la démocratie. Un projet de
constitution régionale est
déposé : nous avons la responsabilité de ne
pas le laisser en friche.
(...) Nous devons redorer notre image par un travail sérieux,
sans fard
et sans détour. » (2)
Pas de Fête de
Wallonie dans les
calendriers
Un constat
inacceptable depuis des
années.
Quant à la publication de la date dans les
calendriers, en tant que législateur
décrétal voire constituant, le
Parlement wallon est le lieu même où peut
être décidée l'obligation de
mettre la date de la Fête de la Wallonie (3) dans les
calendriers au
même titre que celle de la fête de la
Communauté française de Belgique
le fut dans le giron du Parlement de la Communauté
française de
Belgique (4).
À bien comparer les deux
décrets - quasi identiques sur la forme - nous nous rendons
compte que
la publication de la date du 27 septembre dans les calendriers est une
réalité de longue date alors qu'elle n'est pourtant
pas stipulée
officiellement dans ce décret, mais grandement
facilitée officieusement
:
• Décret pour la Région wallonne : http://www.parlement-wallon.be/media/doc/pdf/extr_moniteur_fete_embl.pdf
• Décret pour la Communauté
française : http://www.cdadoc.cfwb.be/cdadocrep/pdf/1991/19910703s20291.pdf
À l'évidence, l'absence d'une justification
décrétale précise ne permet pas d'autoriser
comme c'est le cas depuis
des années un traitement différent entre la
reconnaissance publique de
la fête de la Communauté française de
Belgique et la Fête de Wallonie.
Interrogé à ce propos, le CRISP (5) le
confirme
par défaut :
C'est le décret du 3 juillet
1991 déterminant le jour de fête et les
emblêmes propres à la Communauté
française de Belgique qui fixe, en son
article 1er, la date du 27 septembre. Ce décret abroge par
ailleurs un
décret du 20 juillet 1975, qui portait sans doute
déjà la même
date.Quant au traitement différencié de la
fête wallonne et de celle de
la Communauté française dans les calendriers, je
suppose qu'il est dû
au fait que la fête de la Communauté
française est un jour férié dans
un certain nombre de secteurs publics ou parapublics, ce qui n'est pas
le cas au même degré, sauf erreur, pour la
fête wallonne : les
entreprises qui fabriquent des calendriers tiennent sans doute compte
de cet état de fait.
« Le serpent se mord
la queue », c'est une logique en boucle puisque la
qualité de jour
férié est une autre manière de
faire reconnaître une fête et
d'imposer sa légitimité. La fête de la
Communauté française de Belgique
bénéficie d'un traitement particulier au
détriment avéré de
la Fête de Wallonie, un traitement que ne justifie
précisément
aucun
décret.
Que les autorités wallonnes - vraiment wallonnes - prennent
leur
responsabilité !
Dès lors, proposition est
faite de rectifier l'article 13, §1, aliéna
4° du Décret spécial
instituant une Constitution wallonne :
La fête de la nation wallonne
est dénommée
Fête de Wallonie. Elle commémore la participation des
Wallons à la
révolution de 1830 et est célébrée
le troisième dimanche de septembre.
deviendrait :
La fête de la nation wallonne
est dénommée
Fête de Wallonie et consacre l'unité wallonne dans
l'usage et les
calendriers. Elle commémore la participation des Wallons
à la
révolution de 1830 et est célébrée
le troisième dimanche de septembre.
------------------
(1) http://www.fetesdewallonie.be/modules.php?name=Content&pa=showpage&pid=1
(2) http://www.parlement-wallon.be/media/doc/pdf/disc_jh_rentree_parl_200906.pdf
(3) http://www.parlement-wallon.be/media/doc/pdf/extr_moniteur_fete_embl.pdf
(4) http://www.cdadoc.cfwb.be/cdadocrep/pdf/1991/19910703s20291.pdf
(5)
Je
souhaiterais
s'il-vous-plaît obtenir une précision concernant
l'obligation de mettre
la date de la fête de la Communauté
française de Belgique dans les
calendriers. Quel texte sert-il de base à cette
procédure qui inscrit
la date du 27 septembre dans nos calendriers ?
J'ai lu le
« Décret déterminant le jour de
fête et les emblèmes propres à la
Communauté française de Belgique » (D.
03-07-1991, M.B. 15-11-1991), je
ne vois pas où cette obligation est écrite :
http://www.cdadoc.cfwb.be/cdadocrep/pdf/1991/19910703s20291.pdf