8 janvier
2007
« Nous tirons la
sonnette d'alarme »
Plus de 3.000 personnes ont déjà
signé le texte réclamant que Bruxelles ne soit pas laissée pour compte.
Entretien
Maurice
Seewald et Alain Maskens sont deux des initiateurs de l'appel citoyen «
Nous existons ! Wij
bestaan ! » lancé à l'entame d'une année politiquement et
institutionnellement importante pour Bruxelles. Ils décodent le succès
de leur pétition, déjà signée par plus de 3.000 personnes.
Vous
attendiez-vous à un tel intérêt de la part des citoyens ?
Alain Maskens. Moi,
j'étais moins optimiste que ça. Parce que c'est une matière difficile.
Ce qui me frappe, c'est l'ampleur de la réaction, sa rapidité, mais
aussi l'engagement des gens qui signent en mettant bien souvent un
commentaire. Et c'est un dialogue, via Internet, dans lequel sont
impliqués des Bruxellois francophones et néerlandophones, mais nous
avons aussi des réactions en anglais ou dans d'autres langues. C'est
passionnant.
Cet appel tombe à un bon moment...
Maurice Seewald. Moi
j'étais très très tendu au moment de lancer l'appel. Je ne savais pas
trop si ces idées, portées avec mes tripes, allaient se retrouver chez
d'autres personnes. Or, je suis agréablement surpris de voir que pas
mal de signataires de l'appel expriment eux aussi une réaction très
émotionnelle. Même les néerlandophones le font.
Vous
parlez d'une « communauté de Bruxellois ». Et vous faites le pari d'une
identité régionale renforcée.
A.M. La réalité
plurielle de la ville se manifeste à travers ce projet. Bruxelles est
une mosaïque et il faut une colle pour qu'elle tienne ensemble. Dans le
processus belge, aux côtés des « communautés de personnes », il faut
désormais développer le concept d'appartenance régionale.
Il
est frappant de voir que certains Wallons se réjouissent de vous voir
finalement défendre un fédéralisme avec trois Régions fortes.
M.S. Ce n'est pas un
objectif en soi d'avoir trois Régions fortes. Mais à défaut d'avoir un
projet commun, que ce pays a complètement raté, il faut bien que la
population exige que l'on réussisse quelque chose à Bruxelles, là où
les communautés se rejoignent.
A.M. Une Région doit
pouvoir maîtriser l'ensemble des matières qui régissent la vie en
commun. Cela inclut une série de compétences en matière d'éducation,
d'aide à la jeunesse, de culture ou d'autres domaines concernant les
personnes. On ne peut pas imaginer une organisation de la vie qui ne
prenne pas d'abord en compte toutes les personnes coexistant sur une
entité géographique donnée. C'est pourquoi le concept de Région est
important, et permet d'éviter les sous-nationalités et le déficit
démocratique d'une cogestion. Ceux qui croient en un fédéralisme à deux
se trompent.
L'année 2007 pourrait être cruciale
avec des négociations communautaires...
A.M. Vous voyez ? On
dit bien « communautaires ». On pourrait imaginer des négociations
régionales. Qui va représenter Bruxelles ? On ne tient pas suffisamment
compte du fait que des gens sont peut-être heureux de vivre dans cette
ville. Aux élections, on ne peut d'ailleurs pas voter pour des
Bruxellois, l'électeur doit avant tout choisir un rôle linguistique.
Dans notre démarche, nous devrons d'ailleurs nous pencher sur des
aspects très techniques de la problématique.
On
parle beaucoup dans les milieux politiques du nécessaire refinancement
de Bruxelles. A vous entendre, on devrait parler de choses plus
fondamentales.
M.S. Nous n'en
sommes pas encore à faire des propositions en tant que tel. Il faut
avant tout une prise de conscience, qui se fait très bien aujourd'hui.
Le but de notre appel, c'est de susciter un mouvement ayant
suffisamment de poids pour être invités à la table de négociations,
pour montrer à ces gens censés nous représenter que nous ne sommes pas
d'accord avec la façon dont les choses se passent. Comment, ensuite,
solutionner ces problèmes ? Nous organiserons un colloque début mars
pour aborder les différents dossiers concernant Bruxelles.
A.M. Les partis des
deux communautés n'ont pas essayé d'arriver ensemble à une vision
cohérente du pays avant de la proposer aux électeurs. Nous ne pensons
pas que des partis non fédérés peuvent apporter une réponse
intelligente, ambitieuse, humaine et progressiste pour Bruxelles. Ils
fonctionnent sur un mode conflictuel : cartels, fronts... Nous disons
aujourd'hui que cela suffit. Nous apportons un début de réflexion
ouverte à tous, le colloque sera suivi d'un manifeste.
M.S.
Il est
important aussi de voir que
l'idée même
qu'il y a un problème et qu'il
faut une solution vient aussi des gens de terrain, de ceux qui dirigent
quantité de secteurs à Bruxelles : l'économique, le culturel, le
social... Tous se plaignent de cette bicommunautarisation à outrance.
Cela
revient-il à une volonté de simplifier le jeu bruxellois ?
M.S. Bruxelles est
un peu le noyau au milieu du jeu dont on ne sait pas trop quoi faire,
le problème dont on veut se débarrasser. C'est nous, citoyens, qui
devons tirer la sonnette d'alarme. Avec un vrai projet, cette ville
serait perçue comme une chance, une opportunité pour ce pays.
Olivier
Mouton, lundi 8 janvier 2007
Source
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8
février 2007
Bruxelles,
une vraie troisième Région
L'appel de Bruxelles a déjà
recueilli plus de 8 000 signatures pour réclamer une vraie troisième
Région.
Au
diable, le clivage de la langue; place à la convivialité !
La secrétaire
d'Etat bruxelloise flamande
Brigitte Grouwels s'en mord, paraît-il, les doigts. Juste après le
lancement de la pétition citoyenne pour une vraie troisième Région
bruxelloise, à la fin de l'an dernier (LLB des 20 et 22/12/2006),
l'excellence chrétienne-démocrate avait voué l'initiative aux gémonies
parce qu'elle allait à l'encontre de sa vision très communautaire, dans
tous les sens du terme, de Bruxelles.
Depuis lors,
7 000
Bruxellois et plus de 1 000 Flamands et Wallons ont à leur tour apporté
leur soutien à la démarche de BruXsel, d'Aula Magna et de Manifesto,
trois initiatives d'origine citoyenne qui entendent, par un débat
sérieux et serein, recentrer la place de Bruxelles dans la Belgique
nouvelle.
A la vision très linguistique d'un "carcan
bicommunautaire"
qui confie l'avenir de Bruxelles aux partis francophones et/ou flamands
tout en négligeant les convergences sociétales qui n'ont pas de sexe
linguistique, ils préfèrent une ville-Région démocratique "qui
associe tolérance et solidarité, efficacité et convivialité". Une
approche qui va, évidemment, à contre-courant des clivages
traditionnels. Mme Grouwels avait démarré au quart de tour pour la
contester sans se rendre compte que nombre de Bruxellois
néerlandophones pouvaient se reconnaître aussi dans cette vision
multiculturelle et humaniste...
Même si le succès
de la pétition
- qui est loin d'être terminée - a pu surprendre ses promoteurs,
Maurice Seewald et Yvan Vandenberghe (BruXsel), Alain Deneef (Aula
Magna) et Alain Maskens (Manifesto), ce dernier n'en souligne pas moins
que la pétition est vraiment arrivée à la bonne heure : "A
Bruxelles, nous ne sommes pas les seuls à envisager notre avenir; il y
a des prises de parole très intéressantes sur l'aménagement du quartier
européen, sur le survol de la capitale, sur l'aménagement urbain. Il
nous a paru important à la veille d'une échéance électorale que l'on
présente comme importante de créer aussi des synergies sur le devenir
global de la Région..."
Colloque
en mars
La
pétition gérée par BruXsel a lancé de bonnes pistes, l'heure est
maintenant venue de franchir un pas de plus avant les élections du 10
juin.
C'est pourquoi, les 2 et 3 mars prochains,
les trois
groupes précités organisent un important colloque sur l'avenir de
Bruxelles. Non point une énième cogitation institutionnelle classique
mais une réflexion de fond en deux temps sur la manière dont les
Bruxellois de tous bords, horizons et origines, entendent vivre
ensemble demain en tenant compte des réalités nationales mais également
internationales puisque Bruxelles est aussi la capitale de l'Europe.
Concrètement,
il y aura six ateliers où des experts avisés se pencheront sur les plus
grands défis qui attendent Bruxelles, de la question de l'échec
scolaire, beaucoup trop présent, aux dangers de ghettoïsation en
passant par la problématique du chômage, etc.
Une
journée de
réflexion qui débouchera le lendemain sur une confrontation directe de
la société civile avec les représentants politiques qui ne peuvent plus
ignorer la lame de fond.
A ceux qui en douteraient
encore, on
conseillera d'aller visiter le site des signataires de la pétition.
D'autant plus que ces derniers ont aussi été invités, s'ils le
souhaitaient, à ajouter un commentaire à leur démarche. C'est très
éclairant sur la manière dont les Bruxellois de base mais aussi un
nombre impressionnant de leaders d'opinion dans les secteurs
économiques, sociaux ou culturels, voient le futur de la Région
centrale.
L'on peut encore signer la pétition sur
le site www.bruxsel.org.
Christian Laporte, 08/02/2007
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