L'appel des Bruxellois(e)s

La consience d'un destin et la clarté d'une volonté


L'appel des Bruxellois(e)s (le texte complet) est entendu. Leur message dit essentiellement la même chose que les deux Manifestes pour la culture wallonne : éviter l'entrave des Communautés et ancrer la réalité belge, flamande, bruxelloise et wallonne dans un fédéralisme bien implanté qui ventile au mieux les compétences entre le pouvoir fédéral et celui des trois Régions tout en favorisant la spécificité des identités régionales dans le cadre d'une unité consensuelle démocratique belge.

Encore une fois, les deux Manifestes pour la culture wallonne et l'appel aux Bruxellois - qui doit lui-même aboutir prochainement à un Manifeste - résument une volonté politique citoyenne fédéraliste, en clair non séparatiste. Elle s'inscrit dans le cadre d'un fédéralisme bien compris et enfin assumé. À ce titre, merci aux Bruxellois(e)s de vouloir exister sur le même plan que nous le souhaitons aussi, cela s'appelle une solidarité entre Wallon(ne)s et Bruxellois(e)s de fait au sein même de la volonté commune de vivre selon son identité régionale propre.

Les signataires (récents) de cette pétition estiment que la Région bruxelloise est ignorée dans le discours politique et médiatique. « Il est grand temps de laisser derrière nous une Belgique où deux Communautés se font face pour permettre que les trois Régions du pays s'épanouissent côte à côte », indique l'appel du bruXsel Forum. « Plus que jamais, il importe aujourd'hui que la communauté formée par l'ensemble des habitants de Bruxelles prouve son existence à ceux qui prétendent la nier, qu'elle se mobilise autour d'un projet réaliste mais ambitieux, qu'elle contribue activement à façonner son sort. » (on croirait entendre les Wallons !) Et pourtant, parmi les signataires, on trouve des personnalités de différents secteurs dont artistique avec notamment la chanteuse de Vaya Con Dios, Dani Klein, ou le dessinateur François Schuiten, universitaire comme Damien Vandermeersch ou Mateo Alaluf, économique comme l'administrateur directeur général de la Chambre du Commerce et de l'Industrie de Bruxelles, Olivier Willocx, ou encore plusieurs avocats parmi lesquels figure notamment Georges-Henri Beauthier (source).

Le fait que la plupart des signataires travaillent dans des institutions financées par les Communautés (universités et institutions culturelles) illustre non pas leur "clivage" mais bien plus leur profonde connaissance de la réalité du terrain. Ce n'est pas l'intervention de Serge Kubla au Parlement wallon qui ira les contredire : "Pour ma part, je le trouve (le Plan Marshall) un peu léger, surtout vu l'état de délabrement de la Communauté française" (pdf, page 18 en bas). Un point de vue qui chatouille aussi Didier Reynders et qui finit par se gratter comme son propos l'indique dans un article de La Libre Belgique : "On a refinancé la Communauté française : je voudrais savoir où l'argent va, quand je vois certains traitements, ou la part qui est réservée à la RTBF. Et en plus, il ne faut pas oublier, que, quand on refinance la Communauté française, on transfère aussi d'importants moyens vers la Flandre."

Pour l'heure et pour preuve de la justesse du propos, un premier bilan fait état de l'évolution très positive de cet Appel :

8 janvier 2007

« Nous tirons la sonnette d'alarme »



Plus de 3.000 personnes ont déjà signé le texte réclamant que Bruxelles ne soit pas laissée pour compte.

Entretien

Maurice Seewald et Alain Maskens sont deux des initiateurs de l'appel citoyen « Nous existons ! Wij bestaan ! » lancé à l'entame d'une année politiquement et institutionnellement importante pour Bruxelles. Ils décodent le succès de leur pétition, déjà signée par plus de 3.000 personnes.

Vous attendiez-vous à un tel intérêt de la part des citoyens ?

Alain Maskens. Moi, j'étais moins optimiste que ça. Parce que c'est une matière difficile. Ce qui me frappe, c'est l'ampleur de la réaction, sa rapidité, mais aussi l'engagement des gens qui signent en mettant bien souvent un commentaire. Et c'est un dialogue, via Internet, dans lequel sont impliqués des Bruxellois francophones et néerlandophones, mais nous avons aussi des réactions en anglais ou dans d'autres langues. C'est passionnant.

Cet appel tombe à un bon moment...

Maurice Seewald. Moi j'étais très très tendu au moment de lancer l'appel. Je ne savais pas trop si ces idées, portées avec mes tripes, allaient se retrouver chez d'autres personnes. Or, je suis agréablement surpris de voir que pas mal de signataires de l'appel expriment eux aussi une réaction très émotionnelle. Même les néerlandophones le font.

Vous parlez d'une « communauté de Bruxellois ». Et vous faites le pari d'une identité régionale renforcée.

A.M. La réalité plurielle de la ville se manifeste à travers ce projet. Bruxelles est une mosaïque et il faut une colle pour qu'elle tienne ensemble. Dans le processus belge, aux côtés des « communautés de personnes », il faut désormais développer le concept d'appartenance régionale.

Il est frappant de voir que certains Wallons se réjouissent de vous voir finalement défendre un fédéralisme avec trois Régions fortes.

M.S. Ce n'est pas un objectif en soi d'avoir trois Régions fortes. Mais à défaut d'avoir un projet commun, que ce pays a complètement raté, il faut bien que la population exige que l'on réussisse quelque chose à Bruxelles, là où les communautés se rejoignent.

A.M. Une Région doit pouvoir maîtriser l'ensemble des matières qui régissent la vie en commun. Cela inclut une série de compétences en matière d'éducation, d'aide à la jeunesse, de culture ou d'autres domaines concernant les personnes. On ne peut pas imaginer une organisation de la vie qui ne prenne pas d'abord en compte toutes les personnes coexistant sur une entité géographique donnée. C'est pourquoi le concept de Région est important, et permet d'éviter les sous-nationalités et le déficit démocratique d'une cogestion. Ceux qui croient en un fédéralisme à deux se trompent.

L'année 2007 pourrait être cruciale avec des négociations communautaires...

A.M. Vous voyez ? On dit bien « communautaires ». On pourrait imaginer des négociations régionales. Qui va représenter Bruxelles ? On ne tient pas suffisamment compte du fait que des gens sont peut-être heureux de vivre dans cette ville. Aux élections, on ne peut d'ailleurs pas voter pour des Bruxellois, l'électeur doit avant tout choisir un rôle linguistique. Dans notre démarche, nous devrons d'ailleurs nous pencher sur des aspects très techniques de la problématique.

On parle beaucoup dans les milieux politiques du nécessaire refinancement de Bruxelles. A vous entendre, on devrait parler de choses plus fondamentales.

M.S. Nous n'en sommes pas encore à faire des propositions en tant que tel. Il faut avant tout une prise de conscience, qui se fait très bien aujourd'hui. Le but de notre appel, c'est de susciter un mouvement ayant suffisamment de poids pour être invités à la table de négociations, pour montrer à ces gens censés nous représenter que nous ne sommes pas d'accord avec la façon dont les choses se passent. Comment, ensuite, solutionner ces problèmes ? Nous organiserons un colloque début mars pour aborder les différents dossiers concernant Bruxelles.

A.M. Les partis des deux communautés n'ont pas essayé d'arriver ensemble à une vision cohérente du pays avant de la proposer aux électeurs. Nous ne pensons pas que des partis non fédérés peuvent apporter une réponse intelligente, ambitieuse, humaine et progressiste pour Bruxelles. Ils fonctionnent sur un mode conflictuel : cartels, fronts... Nous disons aujourd'hui que cela suffit. Nous apportons un début de réflexion ouverte à tous, le colloque sera suivi d'un manifeste.

M.S. Il est important aussi de voir que l'idée même qu'il y a un problème et qu'il faut une solution vient aussi des gens de terrain, de ceux qui dirigent quantité de secteurs à Bruxelles : l'économique, le culturel, le social... Tous se plaignent de cette bicommunautarisation à outrance.

Cela revient-il à une volonté de simplifier le jeu bruxellois ?

M.S. Bruxelles est un peu le noyau au milieu du jeu dont on ne sait pas trop quoi faire, le problème dont on veut se débarrasser. C'est nous, citoyens, qui devons tirer la sonnette d'alarme. Avec un vrai projet, cette ville serait perçue comme une chance, une opportunité pour ce pays.

Olivier Mouton, lundi 8 janvier 2007
Source

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8 février 2007


Bruxelles, une vraie troisième Région


L'appel de Bruxelles a déjà recueilli plus de 8 000 signatures pour réclamer une vraie troisième Région.

Au diable, le clivage de la langue; place à la convivialité !

La secrétaire d'Etat bruxelloise flamande Brigitte Grouwels s'en mord, paraît-il, les doigts. Juste après le lancement de la pétition citoyenne pour une vraie troisième Région bruxelloise, à la fin de l'an dernier (LLB des 20 et 22/12/2006), l'excellence chrétienne-démocrate avait voué l'initiative aux gémonies parce qu'elle allait à l'encontre de sa vision très communautaire, dans tous les sens du terme, de Bruxelles.

Depuis lors, 7 000 Bruxellois et plus de 1 000 Flamands et Wallons ont à leur tour apporté leur soutien à la démarche de BruXsel, d'Aula Magna et de Manifesto, trois initiatives d'origine citoyenne qui entendent, par un débat sérieux et serein, recentrer la place de Bruxelles dans la Belgique nouvelle.

A la vision très linguistique d'un "carcan bicommunautaire" qui confie l'avenir de Bruxelles aux partis francophones et/ou flamands tout en négligeant les convergences sociétales qui n'ont pas de sexe linguistique, ils préfèrent une ville-Région démocratique "qui associe tolérance et solidarité, efficacité et convivialité". Une approche qui va, évidemment, à contre-courant des clivages traditionnels. Mme Grouwels avait démarré au quart de tour pour la contester sans se rendre compte que nombre de Bruxellois néerlandophones pouvaient se reconnaître aussi dans cette vision multiculturelle et humaniste...

Même si le succès de la pétition - qui est loin d'être terminée - a pu surprendre ses promoteurs, Maurice Seewald et Yvan Vandenberghe (BruXsel), Alain Deneef (Aula Magna) et Alain Maskens (Manifesto), ce dernier n'en souligne pas moins que la pétition est vraiment arrivée à la bonne heure : "A Bruxelles, nous ne sommes pas les seuls à envisager notre avenir; il y a des prises de parole très intéressantes sur l'aménagement du quartier européen, sur le survol de la capitale, sur l'aménagement urbain. Il nous a paru important à la veille d'une échéance électorale que l'on présente comme importante de créer aussi des synergies sur le devenir global de la Région..."

Colloque en mars

La pétition gérée par BruXsel a lancé de bonnes pistes, l'heure est maintenant venue de franchir un pas de plus avant les élections du 10 juin.

C'est pourquoi, les 2 et 3 mars prochains, les trois groupes précités organisent un important colloque sur l'avenir de Bruxelles. Non point une énième cogitation institutionnelle classique mais une réflexion de fond en deux temps sur la manière dont les Bruxellois de tous bords, horizons et origines, entendent vivre ensemble demain en tenant compte des réalités nationales mais également internationales puisque Bruxelles est aussi la capitale de l'Europe.

Concrètement, il y aura six ateliers où des experts avisés se pencheront sur les plus grands défis qui attendent Bruxelles, de la question de l'échec scolaire, beaucoup trop présent, aux dangers de ghettoïsation en passant par la problématique du chômage, etc.

Une journée de réflexion qui débouchera le lendemain sur une confrontation directe de la société civile avec les représentants politiques qui ne peuvent plus ignorer la lame de fond.

A ceux qui en douteraient encore, on conseillera d'aller visiter le site des signataires de la pétition. D'autant plus que ces derniers ont aussi été invités, s'ils le souhaitaient, à ajouter un commentaire à leur démarche. C'est très éclairant sur la manière dont les Bruxellois de base mais aussi un nombre impressionnant de leaders d'opinion dans les secteurs économiques, sociaux ou culturels, voient le futur de la Région centrale.

L'on peut encore signer la pétition sur le site www.bruxsel.org.

Christian Laporte08/02/2007

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