Extrait 1 (tout au début de la page de l'interview)


Pompon : René Binamé, le nouvel album, Kestufé du Week-end ?, il est sorti sur le label de René Binamé et des Slugs, Aredje... Et les Roues de Secours, elles sont devenues quoi ?

Binam'... : heu... dans le coffre !

Pompon : parce que sur la pochette, maintenant c'est marqué René Binamé.

Binam'... : tu as vu la place que ça prenait sur la pochette, là on a plus mettre plein de choses à la place.

Pompon : voilà, donc la roue de secours est dans le coffre. Bon, René Binamé, maintenant, c'est un album, complet, sans reprise, rien que des compos inédites. Il y a quelques mois, vous aviez participé à une initiative wallonne assez intéressante, y a moyen de rappeler ce que c'était.

Binam'... : c'était une initiative de l'asbl Li Ranteule. Li Ranteule, c'est la toile d'araignée, donc le web, en wallon, le réseau. Et c'était un CD avec quatre groupes absolument hétéroclites qui ne se connaissaient pas avant, dont le point commun est de faire des trucs en wallon. Et donc, on a fait trois morceaux pour ce disque là, on l'a fait avec l'ancienne formation du groupe, à moitié, avec Laurent, en fait, celui qui avait écrit les morceaux en wallon de notre 45t.

Pompon : et vous aviez repris, ou massacré, au choix...

EsGibt : repris !

Pompon : un truc country assez connu...

Binam'... : un truc country assez connu ? Tiens ? Mais quoi ?

R-man : il ne nous a pas dit ça !

Pompon : y avait trois chansons dont une qui sonnait très américain.

Binam'... : oui mais... ah ! c'était une reprise ! Ah... merde alors ! C'est la chanson sur ce fameux exode de wallons en Californie.

Pompon : oui, c'est ça.

Binam'... : ah oui, non, ça doit être quelque accords classiques de blues folk.

Pompon : c'est une chanson à vous, en fait.

Binam'... : bèh oui, enfin comme la plupart des chansons sont à quelqu'un alors qu'elle sont à tout le monde puisque les accords circulent de mains en mains. Nous, on n'a pas profité de l'occasion pour se l'approprier en la déposant à la SABAM, ce que pas mal de gens font sans vergogne en chopant une série d'accords que tout le monde a joué avant. Donc, c'est une reprise de probablement cinquante-six morceaux joués par plein d'autres avant.

Pompon : mais avec un texte à vous.

Binam'... : avec un texte à nous.

Pompon : bon et ben voilà, on peut dire à René Binamé que pour une fois dans leur vie, il auront sonné américain. Ça va, vous êtes pas vexé ?

Binam'... : non, ça va...


Extrait 2 (vers les 8/10 de la page de l'interview)


Pompon : dernière question, parce que la cassette avance, votre ancrage wallon historique. Sur le dernier album, en fait, il y a plein de morceaux en français, il y a une chanson en flamand, et y a aucune chanson en wallon. C'est la question que j'ai oublié de poser ce soir en interview. Y a aucune chanson en wallon, et j'ai été un peu surpris.

R-man : oui, mais maintenant, y a plus personne dans le groupe qui parle wallon à la maison, et y a un flamand.

(rires)

R-man : oui, mais tu rigoles mais les trucs en wallon, c'est Laurent qui les faisait.

Binam'... : mais la chanson dont on parle, celle qui est en flamand, a été pondue à l'époque où...

R-man : c'est pas un vrai morceau en flamand, c'est un morceau qui reste de l'époque...

Binam'... : c'est un morceau qui reste de l'époque où y avait pas de flamand dans le groupe, où y avait encore Laurent qui écrit les textes en wallons.

Smurf : c'est le côté plastique des Binamé, quoi.

EsGibt : comment ? comment ?

Binam'... : qu'est-ce que tu entends par là ? Flexible qui s'adapte à tout ou quoi ?

R-man : non, y a pas de morceaux en wallon parce qu'y a personne qui parle wallon, c'est très simple.

Pompon : c'est une forme de belgitude quoi...

EsGibt : ah non, ça, justement pas.

Smurf : non, ah non, non, c'est pas ça que je voulais dire... Le côté plastique des Binamé, c'est le côté traditionnel. Ouais. Le wallon, c'est bien parce qu'il ne faut pas avancer trop vite et pas perdre des choses qui sont fondamentales. Mais en même temps, on fait pas l'effort d'apprendre le wallon, on le connaît pas quoi. Mais moi, quand je vois un vieux bonhomme qui parle wallon, je trouve ça magnifique, quand je vois un jeune qui parle wallon, je trouve ça...

Pompon : c'est encore plus magnifique

Smurf : bèh oui, il y a deux approches. Putain, j'arrive pas à capter tout ce qui me dit et c'est pas mal c'est chouette, comment ce que ça se fait qu'il parle encore wallon. C'est pour ça que je dit que c'est le côté plastique des Binamé. C'est... on aime bien. Là, je vais parler personnellement. J'aime bien ce côté, j'aime bien les vieux quoi, j'aime bien les vieilles personnes qui parlent wallon mais j'apprends pas ce wallon là parce que j'ai pas le temps.

Pompon : bèh, c'est la vieille formule, chaque vieux qui meurt, c'est une bibliothèque qui disparaît.

Binam'... : c'est important ce que tu dis là parce que, dans le wallon, effectivement, on pourrait voir un attachement un peu stérile à une langue mais y a surtout un attachement à l'histoire de plein de gens qui ont vécu plein de choses, qui ont plein de choses à raconter. C'est pas pour rien que le disque en wallon des Binamé est un disque anti monarchiste, un disque qui rappelle l'affaire royale dont on parle un peu ces temps ci puisque on en est au 50ième anniversaire de l'assassinat de Julien Lahaut.

EsGibt : oui, bèh moi, si je peux casser ce truc jeunes vieux, justement si je vois Jean-Claude Van Cauwenberg qui va se taper trois mots de wallon à la fête je sais pas quoi...

Pompon : quoi, le miniss...

MarCoR : le miniss, un minnissss...

EsGibt : oui, par rapport aux heures que j'ai pu passer avec Von ou quoi, qui... tu vois, tu sens, enfin je veux dire, t'as le wallon qui vient de la réalité de tous les jours, t'es confronté au fait que tu dois bouffer tu dois aller travailler. Et puis, le wallon officiel culturel comme truc culturel séparé de ça.

Pompon : artificiel...

EsGibt : Et bien voilà, là, ce qui nous a intéressé dans le wallon et dans toutes les chansons je crois que les Binamé ont faites, c'est justement ce côté...

(rires)

Binam'... : on se disait que toi, tu n'en as fait aucune...

EsGibt : je n'en ai fait aucune mais j'en ai joué et que je regrette qu'on ne joue plus comme le Black Country Blues et compagnie.

Binam'... : bèh oui... et c'est clair que le wallon est, je vais pas dire récupéré, mais utilisé pour son côté émotionnel par ces vieux briscards de la politique, c'est pas une raison pour oublier qu'il est parlé par des gens qui ont des choses à raconter et avec qui y a des choses à échanger.

EsGibt : exactement.

Binam'... : et un Laurent, le guitariste du groupe qui parle wallon et effectivement a parfois des difficultés à évoluer dans ce milieu culturel wallon qui, quand même, après toute cette époque où le wallon a été brimé maintenant il est au contraire sponsorisé accueilli à bras ouvert, mais à condition de fermer sa gueule...

Pompon : il est vachement bridé

Binam'... : oui tout à fait, il est bridé, il est autorisé mais c'est ce qu'il dit qui est bridé maintenant. Et le wallon comme culture aseptisée est à la mode maintenant mais c'est un peu aussi parce que les vieux sont en train de mourir.

Smurf : moi, j'ai pas l'impression que c'est quelque chose qu'il faut maintenir à fond. De toute façon, le wallon il s'est transformé mais il reste l'accent et de toute façon, y a un esprit. Et dans les Binamé je pense que l'esprit il y est même si c'est des intellos quoi...

Pompon : mais on peut être wallons et intellos.

EsGibt : quand on fait le Black Country Blues, ou je sais pas d'autres morceaux auxquels on pourrait penser en wallon, il est absolument clair pour chacun de nous qu'on pourrait le transposer en français, en flamand, ou en ... et que ce qui importe pour nous, c'est le contenu et qu'il a été écrit dans une manière chansonnable dans la langue dans laquelle il a été exprimé et que ça nous fait plaisir de l'exprimer dans cette langue là mais ce qui évidemment nous motive dans le fait de le chanter c'est ce qui est raconté dans la chanson.

Binam'... : oui, mais je pense que ce qui est raconté a plus de force chanté en wallon, dans la mesure où ce dont il parle, c'est dans un cadre où à l'époque, le français était la langue du pouvoir. Donc, le fait de le chanter en wallon, c'est pas juste un effet, un petit gadget.

EsGibt : mais si t'as le choix d'être pas du tout compris et de le faire en wallon ou de la faire dans la langue dans laquelle tu vas être compris, je crois que tu le feras dans la langue dans laquelle on est compris.

Pompon : mais y a moyen de chanter en wallon et de mettre les paroles en français dans la pochette et sur scène, y a moyen d'expliquer.

MarCoR : y a un lexique, dans le 45t en wallon, y a un lexique.

Pompon : et bien voilà, moi je suis arrivé au bout de mes questions.