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PROPOSITION DE DÉCRET SPÉCIAL

instituant une Constitution wallonne



Développement

La Région wallonne est une entité fédérée à pouvoir législatif comptant parmi les plus autonomes du monde et un niveau de pouvoir incontournable pour sa population. Qu’elle régisse l’aménagement du territoire, veille à la qualité de l’environnement, organise les transports en commun, développe des formations, oriente dans la recherche d’un emploi, conseille pour le lancement d’une entreprise, épaule dans l’accès au logement, contribue à l’accueil des petits enfants ou permette aux aînés de conserver leur autonomie, elle est quotidiennement présente dans la vie des trois millions quatre cent mille Wallons.

Consécration institutionnelle d’une identité qui s’est affirmée tout au long du siècle dernier, elle compte aujourd’hui, avec la commune et l'État belge, parmi les trois niveaux institutionnels auxquels notre population s’identifie de manière positive et importante. Fondée sur des racines anciennes et une identité forgée au fil des apports successifs, la Wallonie se caractérise par une adhésion à des valeurs communes, le développement d’une conscience collective et la mise en oeuvre d’un projet partagé.

En toute logique, ce projet est avant tout économique et social. Il vise à redresser une Région meurtrie qui a mis des années à s’arracher au déclin. Ce projet doit concentrer un maximum de moyens, additionner les énergies et fédérer l’ensemble des acteurs de la société. Dans la foulée de la rupture salutaire opérée, en 2000, avec l’adoption du Contrat d’Avenir, initié par Élio Di Rupo, ce projet ambitieux et pragmatique est aujourd’hui incarné par les Actions prioritaires pour l’avenir wallon. Ce redressement représente l’avenir des Wallonnes et des Wallons et la priorité absolue de leurs représentants.

Cet investissement résolu dans la mise en oeuvre du « plan Marshall » ne s’oppose cependant pas à une réflexion plus symbolique visant l’affirmation plus permanente de principes démocratiques et la consécration solennelle de valeurs et de cadres dans lesquels construire le futur de la Wallonie. Cette réflexion peut trouver son champ d’application dans l’élaboration d’une Constitution wallonne.

Loin d’être purement circonstancielle, cette idée est aussi ancienne que l’instauration du fédéralisme dans notre pays. Dès 1993, en effet, et l’octroi de l’autonomie constitutive à la Région wallonne, d’aucuns ont songé à utiliser cet embryon de pouvoir constitutionnel pour mûrir un premier projet dans le cadre de l’Institut Jules Destrée. Ce texte – encore sommaire - fut présenté en 1997 par Jean-Claude Van Cauwenberghe, un de ses auteurs, s’exprimant en qualité de « citoyen wallon » pour lancer la réflexion.

Près de dix ans plus tard, dans une Région qui s’est imposée comme un des pivots de la structure fédérale et du développement wallon, le temps est peut-être venu de relancer le débat au sein de l’assemblée la mieux habilitée à le faire en toute légitimité démocratique : le Parlement wallon. Tel est le but de la présente proposition de Constitution régionale. Une proposition qui revendique pour la Wallonie – et son incarnation politique qu’est la Région wallonne - le droit à disposer d’un décret fondamental de référence portant le nom de Constitution.

Ce faisant, les auteurs de cette proposition n’entendent pas promouvoir un texte destiné à rivaliser avec la loi fondamentale de l’État belge et encore moins à s’y substituer. Ils défendent néanmoins le fait que, possédant une base humaine, territoriale et juridique propre, officiellement reconnue, la Wallonie dispose plus que beaucoup d’entités, du droit de revendiquer sa constitution fédérée. Quand bien même sa « naissance » institutionnelle soit le fait de la dissociation d’un État unitaire, la Région wallonne jouit d’une identité et de pouvoirs bien plus étendus que certains États fédérés contemporains initialement indépendants et entrés au sein d’un État fédéral par association.

Dans le cadre de cette réflexion légitime, le présent texte vise à proclamer des droits, à confirmer des dispositions constitutionnelles ou législatives fédérales, à donner une caution particulière à des décisions régionales et à affirmer des choix forts et durables des instances wallonnes consacrant une véritable démocratie régionale.

Cette proposition se caractérise par son orientation résolument légitimiste. Pour les auteurs, l’adoption d’une Constitution régionale peut être l’occasion de réaffirmer la volonté des Wallonnes et des Wallons de s’affirmer dans le cadre fédéral belge. Il ne s’agit donc pas de préfigurer un État wallon indépendant ou de rédiger un cahier de revendications institutionnelles. Dans le cadre d’une loyauté fédérale réaffirmée, un tel décret fondamental peut permettre de consacrer un nombre important de principes et de choix pris par les Wallons dans le cadre de leurs compétences actuelles déjà très étendues.

De même, la proposition s’inscrit à l’inverse de la tentation du repli. En se fondant sur le principe de la primauté régionale, elle consacre une volonté partenariale forte. Elle affirme ainsi une articulation étroite avec la Communauté germanophone et une solidarité forte avec Bruxelles. Elle confirme la vocation européenne de la Wallonie et expose son souhait de tenir sa place dans le monde.

Enfin, en laissant généralement au décret la charge de préciser les principes qu’il énonce et en privilégiant une formulation « lisible », ce projet de Constitution entend s’adresser directement au plus grand nombre des citoyens. Il vise ainsi à devenir, pour notre population, un facteur d’adhésion supplémentaire, à la Wallonie, à ses valeurs démocratiques et à un projet collectif qui doit réunir les Wallonnes et les Wallons par-delà leurs différences et leurs intérêts particuliers.
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