Le manque de crèches en Wallonie, une entrave à l'élan vital wallon


En Wallonie, un léger rappel historique montre à l'évidence qu'il faut être très attentif à la qualité des services offerts aux jeunes mamans, car on revient de loin, de très loin, et il ne faut plus entraver l'élan vital wallon d'une quelconque manière  :

« Ainsi, en 1961, la population de la Wallonie apparaissait comme une des plus vieillies du monde. Son dynamisme naturel était très faible au point qu'elle ne progressait plus que grâce au soutien d'une population étrangère de plus en plus nombreuse.  » (1)

« Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le dynamisme démographique wallon apparut comme un des plus faibles de la planète puisque son taux d'accroissement fut à l'époque près de dix fois inférieur à celui de la population mondiale. Il est clair que le retour des 106 000 prisonniers flamands et le maintien en Allemagne des 65 000 francophones (pendant cinq années de captivité) est un élément supplémentaire expliquant l'insigne faiblesse du taux de natalité wallonne en 1940-1945. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la démographie wallonne se soutint grâce à l'apport d'une population étrangère nombreuse.

On considère que la dénatalité wallonne est la responsable de l'affaiblissement du dynamisme démographique wallon et, en effet, de 1925 à 1960, le taux de natalité de la Wallonie resta très au-dessous de celui de la Flandre, malgré la présence sur son territoire d'une population étrangère nombreuse à fécondité élevée. Cette infériorité de la natalité wallonne résulta de la faiblesse de sa fécondité au point que dès avant la Seconde Guerre mondiale, les générations ne se remplacèrent plus. (...) À la vérité, la faiblesse de l'accroissement naturel wallon dépendit aussi d'un taux de mortalité élevé, constamment supérieur à celui de la Flandre. Entre 1925 et 1960, aucun progrès sensible n'est intervenu en Wallonie alors que tout le monde sait que la lutte contre la mortalité fut très efficace dans la première moitié du XXe siècle. » (2)

« On en arrive ainsi à conclure qu'au coeur du XXe siècle, le dynamisme naturel émoussé de la Wallonie provint à la fois d'une faible fécondité et d'une surmortalité sensible superposée à un vieillissement prononcé. » (3)

Lors du Congrès national wallon de 1945, le secrétaire, Fernand Schreurs, rappelait dans son rapport le fait que les allocations familiales n'étaient attribuées qu'à partir du quatrième enfant, ce qui favorisait grandement les pères de famille flamands naturellement prolifiques. En fait, c'est la naissance des premiers enfants qu'il aurait fallu aider en Wallonie, mais la majorité politique belge refusait une telle réforme.
--------
(1) La Wallonie, Le pays et les hommes, tome II, p. 272.
(2) Ibid., p. 264-265.
(3) Ibid., p. 267.

Heureusement, depuis 1984, la fécondité en Wallonie est systématiquement supérieure à la moyenne nationale. Elle est parmi les plus élevées de l´Union européenne. Ceci a d´importantes conséquences pour les flux intergénérationnels futurs.

Pourtant, en 2003, le Manifeste pour une Wallonie maîtresse de sa culture, de son éducation et de sa recherche dénonçait le fait que :

Dans les matières sociales de la compétence de la Communauté française, les difficultés budgétaires de celle-ci entraînent dans la vie quotidienne des familles, tant à Bruxelles qu'en Wallonie, des insuffisances criantes comme par exemple dans le domaine des crèches.

La Wallonie paie donc, au propre comme au figuré, pour que les Wallons et, plus particulièrement, les femmes, voient leur épanouissement entravé par le piètre exercice des missions sociales remplies par la Communauté. Et cela, elle ne le veut plus.

Le 6 octobre 2006, le journal de la FGTB consacre un reportage en page 3 de son magazine « Syndicats » (n°16) pour fêter les dix ans d'existence d'une crèche à Liège, « La Ronde Enfantine », dans le quartier de Fétinne. Ce fut l'occasion de faire le point. Voici quelques extraits dont l'entretien avec J. Goffette, directrice de la crèche :

Nous accueillons les enfants de 5h45 à 22h30. Nous sommes les seuls, en Communauté française, à avoir une plage d'ouverture aussi large. Mais ça répond aux besoins car les employeurs exigent de plus en plus de flexibilité. De plus, même si vous avez un horaire régulier mais que vous travaillez à Bruxelles ou Anvers, vous avez besoin d'un accueil très matinal. Nous rendons service à 150 familles dont 40% sont monoparentales. Les enfants restent de longues heures chez nous. Nous n'avons pas vocation d'être un parking pour enfants. Nous voulons être un lieu d'accueil, éducatif et chaleureux. Pour se construire, les enfants ont besoin de modèles féminins et masculins. Nous leur donnons les deux. C'est un choix.

On vit dans l'insécurité depuis dix ans. On a perdu d'excellents travailleurs à cause de ça. Vous savez, tout le monde a une famille à nourrir, alors, quand on trouve un emploi stable... (C'est un problème de subsides ?) Évidemment ! Et si j'en crois certains échos, la réforme du FESC (Fonds d'Equipements Socio-Collectifs), prévue pour l'an prochain, pourrait nous faire perdre le 1/3 de nos moyens. Ce n'est pas normal. D'ailleurs, l'accueil des enfants ne devrait pas être le fait d'une asbl mais devrait être institutionnalisé. On exige de plus en plus de travailleurs flexibles, de chômeurs qui acceptent de longs déplacements. Cela doit d'évidence aller de pair avec la création d'institutions d'accueil des enfants. Pourquoi refuse-t-on cette évidence ?

Cet entretien au lieu à l'occasion de la fête des dix ans de « La Ronde Enfantine », en présence de Thierry Bodson, secrétaire de la Régionale F.G.T.B. et président de l'A.S.B.L., de Marc Goblet, président de la Régionale ainsi que du Bourgmestre de Liège W. Demeyer, de l'échevin J. Jasselette et du Ministre Wallon de l'Emploi J. Cl. Marcourt, tous acteurs importants de « La Ronde ».

En Wallonie et à Bruxelles, l'accueil des enfants de moins de 3 ans pose problème, et c'est peu dire. Ainsi, selon l'O.N.E., en 2004, le taux de couverture était de 22 %. La norme théorique est de 40%. Comment est-elle calculée ? En principe, si une place d'accueil est libre et qu'un enfant naît, le taux est de 100% ; si une place est libre et que deux enfants naissent, le taux est de 1/2 = 50%. Ainsi, on estime que 40% (1 place / 2.5 naissances) est un taux suffisant de couverture (le nombre de places d'accueil divisée par 2.5 fois le nombre annuel des naissances).

Dans ce taux de 22% estimé par l'O.N.E., 15% correspond aux structures subventionnées (crèches, prégardiennats, gardiennes encadrées, aujourd'hui nommées « accueillantes d'enfants ») où la participation financière des parents dépend de leurs revenus, ce qui n'est pas le cas dans les structures non subventionnées.

Si le taux global est de 22%, il y a des disparités manifestes. Plusieurs arrondissements sont en dessous de 20% : Mons, Verviers, Soignies, Charleroi et Philippeville (15%). D'autres atteignent ou dépassent légèrement 30% : Neufchâteau, Arlon, Virton. Les autres arrondissements se situent entre 20 et 25%. Le Brabant wallon atteint les 40% ( un effet dû à la migration de la bourgeoise bruxelloise en périphérie ? ).

C'est l'Office des Allocations Familiales du F.E.S.C. qui intervient dans la subsidiation des structures d'accueil de l'enfance. Depuis une dizaine d'années, le F.E.S.C. n'intervient plus dans le financement des crèches « ordinaires », ce qui était pourtant sa mission d'origine. Le F.E.S.C. est en butte aux attaques de milieux flamands qui refusent que la sécurité sociale fédérale finance l'accueil des enfants, actuellement du ressort des compétences de la Communauté française de Belgique.

D'un point de vue social, les déductions fiscales accordées aux parents qui payent pour faire garder leur enfant ne sont pas justes : les revenus modestes obtiennent une réduction d'impôts de 30%, les familles plus aisées de 50%. Et celles dont les revenus sont tellement bas qu'elles ne payent pas d'impôts n'obtiennent rien. Il serait plus avisé de créer des places d'accueil plutôt que de donner des avantages fiscaux, car c'est bien au niveau de l'insuffisance de l'offre que le problème est le plus aigu. Pour beaucoup de futures mamans, la recherche d'une crèche s'apparente à la quadrature du cercle. Et certaines se voient refuser la place convoitée si elles n'acceptent pas de passer au 4/5 temps. Il est donc indispensable d'augmenter l'offre.

La Communauté française de Belgique a le devoir et la responsabilité de favoriser coûte que coûte la qualité des services qui entoure notre potentiel de renouvellement, mais cette institution se révèle inadaptée comme on peut s'en rendre compte encore une fois avec ce reportage de la F.G.T.B. De plus, la perspective budgétaire de la Communauté française de Belgique pour 2007 révèle encore une fois la précarité financière de cette institution : « T ous les ministres du gouvernement qui ont pris la parole ont dit la même chose : c'était l'un des budgets les plus difficiles à boucler qu'on n'ait connu. » À tel point que la Région wallonne a dû intervenir financièrement à hauteur de 32.6 millions d'euros globalement, "une intervention de solidarité" disent-ils.... Avec en sus, un programme de restriction budgétaire pour la Communauté : «  Globalement, il s'agit apparemment de réduire frais d'études, de fonctionnement et de représentation, sans mettre en question la gestion des différents départements. » Une situation mal accueillie par les syndicats qui programment déjà des actions dès novembre.



Accueil
Pages à lire
Lecture