C’est
manifestement un événement important que cet
anniversaire. Vingt ans. A
peu de chose près l’âge de deux jeunes vies
brisées en plein élan qui
devinrent signe d’espérance par la volonté
de donner leur nom à une
fondation vouée à la prise de conscience wallonne. La
Fondation
Pierre-Marie et Jean-François HUMBLET œuvre de
façon remarquable à la
connaissance de la Wallonie auprès des jeunes. Et Dieu sait si
cela est
nécessaire. Un des ouvrages publiés par la Fondation
ne s’intitule-t-il
pas « Enseigner la Wallonie et
l’Europe ? « Un
programme, auquel, vous
vous en doutez, je souscris avec enthousiasme. Le présent et
l’avenir
wallons ont l’impérieux besoin de mémoire
et de récit. La Wallonie a
dû, et doit encore, s’affirmer contre
l’inertie d’une histoire belge de
cent cinquante ans.
Qu’aurions-nous fait, sans l’audace de quelques visionnaires, pour rompre avec la conception réductrice d’une identité wallonne limitée seulement à ses luttes sociales, économiques et politiques ? Qu’aurions-nous fait sans l’audace de Jean LOUVET, de Jean-Jacques ANDRIEN, des Frères DARDENNE, de l’Institut DESTREE ou celle de votre Fondation ?
Le travail accompli par la Fondation Wallonne est impressionnant tant par sa qualité que par la diversité des matières abordées. Et puis, il y a ce Prix de la Fondation destiné à encourager les recherches et le développement en Wallonie.
Une fois encore, je suis certain que les talents récompensés cette année seront à la hauteur des espérances d’une région dont les fils firent parler d’eux aux quatre coins du monde. C’est d’ailleurs ce qui nous est rappelé par la belle exposition consacrée à la présence wallonne en Suède. Nous sommes particulièrement heureux de pouvoir l’accueillir ici dans notre Parlement.
Elle
nous rappellera cette époque où, en Suède,
on appelait « Valonbruck »
ces forges gigantesques, héritage wallon du 17ème
siècle. C’était, pour
reprendre l’expression tirée d’un autre
ouvrage de la Fondation, le
temps de la merveilleuse saga des
« Wallonerson » au pays de Nils
Holgersson, un temps où on frôla la mythologie. Et il
y aurait bien des
enseignements à tirer de ce moment de notre histoire
où on put parler
d’une
« identité wallonne »
dans une Suède où des Wallons
s’intégrèrent
tout en préservant une certaine différence. Etrange
contraste avec une
Wallonie présente toujours en mal
d’identité.
Et pourtant, quand on regarde l’histoire, on éprouve tout naturellement une légitime fierté à appartenir à la Wallonie. Partis de ce pays de fer et de houille, Louis de Geer et Guillaume de Bèche industrialisèrent la Suède, tandis que Jean Curtius implantait la métallurgie en Espagne.
Bien avant, Versailles ne dut-il pas à un Wallon la fameuse machine de Marly qui ravit Louis XIV ?
Figure de proue de la Révolution industrielle, la Wallonie fut un centre de diffusion des techniques nouvelles. Au 19ème siècle, nos ingénieurs sont en Russie, en Chine, au Maroc, au Siam, au Venezuela, au Chili et, bien entendu, au Congo. C’est l’époque où Edouard Empain fait surgir Héliopolis des sables du désert.
Combien de noms ont un jour associé la Wallonie à leur prestige. Je songe à John Cockerill, à Ernest Solvay, Edgard Frankignoul, Zénobe Gramme ou encore Raoul Warocqué.
Je m’en voudrais d’oublier nos prix Nobel, Jules Bordet, Albert Claude, Dominique Pire et Christian de Duve. Ou encore nos Wallons du Wisconsin.
L’histoire regorge d’exemples montrant que les Wallons sont à même d’exporter leur savoir-faire. Dans l’esprit de cette Fondation wallonne, à laquelle je souhaite encore bien des succès, ne nous laissons pas gagner par la nostalgie, mais répondons à l’invitation des exemples de notre passé prestigieux de faire mieux ou autrement en nous inspirant de l’imagination et de l’audace de nos talentueux prédécesseurs.