LA « MUTILATION » D’UN
PEUPLE
Le
texte suivant est composé de larges extraits
provenant de l’article de Jean Puissant (remanié ici par un déplacement
de quelques chapitres au début du texte), Un
lent et difficile processus de démocratisation
(1) :
Insalubrité et rigueur du travail, malnutrition et même
sous-alimentation, habitat malsain, ignorance - sans oublier
l'alcoolisme - sont autant de facteurs qui expliquent les déficiences
physiques et la mortalité élevée parmi la classe ouvrière. Les
exemptions de service militaire pour cause physique sont beaucoup plus
nombreuses parmi la classe laborieuse que parmi les classes aisées, et
infiniment plus élevées parmi le prolétariat urbain que parmi la
jeunesse des campagnes. De 1836 à 1841, on recense 93 inaptes sur 1000
dans les classes aisées, 243 dans les classes pauvres, 18 % d'exemptés
à Huy et 15 % à Waremme, 42 % parmi les mineurs liégeois (420
mineurs sur millle !)
et 32 % parmi les ouvriers de fabrique verviétois. Le prolétariat
urbain est aussi frappé par de nombreuses maladies professionnelles :
affections pulmonaires et tuberculose sont très répandues, surtout dans
les industries du coton et la métallurgie ; anémie et emphysème
atteignent le mineur ‘au teint blême et lymphatique, figure décharnée’.
‘La plupart des ouvriers sont maigres et pâles de fièvre, ils ont l'air
fatigués, épuisés, ils sont tannés et vieillis avant l'âge ; en règle
générale, leurs femmes sont, elles aussi, blêmes et fanées.’
Lorsqu'elle atteint 40 ans, la population ouvrière est prématurément
usée, souffrant d'infirmités dues aux maladies ou aux accidents. Car
le prolétariat paie souvent aussi un lourd tribut aux accidents du
travail.
La mine tue fréquemment ; éboulements,
coups de grisou, inondations, courses folles de wagonnets, ruptures de
câbles des cages font de nombreuses victimes. De 1861 à 1865, on
recense 1031 tués dans les charbonnages et 1334 blessés graves. De 1881
à 1890, la moyenne reste élevée dans les mines : 2091 tués alors qu'on
en compte, pour la même période, 163 dans les carrières et usines
métallurgiques. S'il n'y laisse pas la vie, l'ouvrier est souvent
mutilé, devenu alors inapte au travail il ne peut survivre que grâce à
la bienfaisance publique. Les mineurs, eux, sont quelque peu
privilégiés puisqu'ils perçoivent de maigres pensions des Caisses de
Prévoyance, créées au milieu du siècle. La situation économique
précaire, les déficiences physiques façonnent la psychologie de
l'ouvrier et en font un être totalement incompris par la bourgeoisie.
Ainsi, pour les organisateurs de la Caisse de Prévoyance de Mons,
‘l'absence presque totale de principes religieux [chez les mineurs], le
défaut d'ordre et d'économie, l'imprévoyance pour les besoins à venir,
l'ivrognerie, le libertinage, le relâchement de tous les liens de
famille marchent de pair avec le manque d'instruction.’ Vision
effrayante du prolétaire, partagée par tous ceux qui (et ils sont
rares) au sein des classes dirigeantes, se sont penchés sur les
problèmes sociaux. Dans son ensemble, la bourgeoisie ignore totalement
la condition ouvrière et manifeste à son égard une grande
incompréhension : les conséquences néfastes de la misère sont au
contraire considérées comme les causes de celle-ci.
LE PROLÉTARIAT INDUSTRIEL
La nature de la condition ouvrière du XIXe siècle résulte d’un double
processus de concentration démographique et de concentration
industrielle. Un exemple typique est celui du mineur qui, au XVIIIe
siècle, et au début du XIXe, est encore un travailleur saisonnier, qui
se partage entre l'extraction du charbon et les travaux des champs.
Les progrès techniques et l'évolution économique font de lui,
rapidement, un simple rouage dans une organisation stricte et
méthodique du travail. Une discipline nouvelle, qui bouleverse ses
habitudes et son mode de vie, lui est imposée par un patronat, de plus
en plus lointain. Celui-ci vit, retiré dans de vastes demeures
orgueilleuses aux abords des fosses ou des corons, ou se réunit au sein
des conseils d'administration de sociétés anonymes, plus impersonnelles
encore, et qui remplacent rapidement les anciennes sociétés. Les
rapports entre patrons et ouvriers s'en trouvent profondément
perturbés. Vivant au sein d'agglomérations de plus en plus denses,
l'ouvrier est rapidement coupé de ses attaches rurales ; son sort
dépend alors uniquement de son salaire qui devient l'objet principal de
ses préoccupations.
Dans son extraordinaire diversité, le
prolétariat industriel du XIXe siècle constitue une classe sociale
nouvelle, comparable à aucune. C'est dans la vie quotidienne que se
manifeste le plus nettement l'éprouvante âpreté de la condition
ouvrière. La journée de travail, d'une incroyable longueur, n'est
jamais inférieure à dix heures, et elle peut s'étendre jusqu'à seize
heures ; la semaine comprend six jours de labeur, souvent sept, avec
pour seuls congés, la fête patronale de la corporation, éventuellement
‘la ducasse’ locale, ou les journées de chômage volontaire qui sont
encore dans bien des cas punies d'une amende. La situation des ouvriers
travaillant à domicile (armurerie, clouterie, industrie du vêtement)
est souvent plus rude encore que celle des ouvriers de la grande
industrie : pour la plupart d'entre eux, le travail se poursuit seize
heures par jour ; ainsi, par exemple, à Liège, les ouvriers qui
fabriquent des fourchettes travaillent de six heures du matin à onze
heures du soir. Dans les mines, la durée moyenne du travail est de
douze heures pendant six jours par semaine ; la descente s'effectue
entre trois heures et quatre heures trente, le matin, et la remontée
entre quinze heures trente et seize heures trente. Au cours de la
première moitié du siècle, le patronat tente d'allonger le temps de
travail effectif, en alléguant que la présence au fond de la mine
n'implique pas nécessairement le travail. Les ouvriers au contraire,
isolément d'abord, par l'intermédiaire de leurs syndicats ensuite, vont
exiger que soient inclus dans leur horaire de travail tous les temps
morts, descentes et remontées y comprises.
Machinistes et mécaniciens, dont la
responsabilité est pourtant écrasante, ne se relaient que de douze en
douze heures. Les scloneurs ou hiercheurs chargés du transport du
charbon et des terres extraits au fond doivent achever de déblayer les
chantiers au départ des abatteurs, leur journée comprend souvent
quatorze, voire seize heures de travail. Les ouvriers du trait de nuit
ne travaillent, eux, que dix heures, de dix-sept heures à deux ou trois
heures du matin. Pour la plupart des mineurs, la journée s'allonge
encore, lorsqu'ils doivent rentrer chez eux en effectuant de longues
marches par de mauvais chemins. En effet, la main-d'oeuvre est
extrêmement mobile, toujours à la recherche d'un meilleur salaire. À
la fin du siècle cependant, la durée du travail tend à diminuer : le
recensement industriel de 1896 indique que seulement 22 % de la
population active travaille plus de onze heures par jour.
Quant aux salaires, même s’il est
difficile de les évaluer correctement en l'absence de statistiques
précises pour la région wallonne, vers 1840, au moment de la grave
crise économique, accentuée encore par la hausse considérable du coût
des produits alimentaires, les salaires étaient fort bas. Seul le
salaire dans les verreries fait exception, en montant à 9 F. grâce à la
paie des souffleurs de verre ; mais ceux-ci ne forment qu'une minorité
et leur vie professionnelle est brève. Les femmes et les enfants
gagnent souvent moins d'un franc par jour : à Verviers, les jeunes
ouvrières du textile qui tiennent les métiers gagnent 50 à 80 centimes
pour douze heures de travail. Dans les papeteries de la région
liégeoise, les enfants travaillent pendant douze heures pour 30 à 60
centimes. Souvent les apprentis ne reçoivent aucun salaire ; manoeuvres
et ouvriers moyens ne gagnent guère plus d'un franc par jour. Ces
salaires se caractérisent par leurs extrêmes variations ; ils
augmentent ou régressent brusquement, épousant étroitement les
fluctuations de la situation économique, et ce phénomène est surtout
marqué dans les mines. Enfin ces estimations ne touchent que les
ouvriers en activité et ne concernent pas les chômeurs.
D'une manière générale, l'emploi des
femmes et des enfants dans certains secteurs industriels - tels que le
textile ou les charbonnages - contribue aussi à y maintenir les
salaires à un taux peu élevé. En 1898, par exemple, le salaire des
moins de seize ans dans le Borinage varie entre 1,06 et 1,56 franc par
jour, alors que le salaire moyen était de 3,10 francs. C'est là un
aspect important de l'industrialisation en Wallonie. La Belgique, en
effet, resta, en Europe Occidentale, le pays le plus longtemps attaché
au travail des femmes et des enfants. Entre 1843 et 1864, leur nombre
ne fit que croître ; il faudra attendre les premières mesures de
réglementation du travail pour qu'il commence à diminuer. Mais même en
1886, le Couchant de Mons utilisait toujours autant d'enfants
au-dessous de seize ans qu'en 1843 ; en 1914, 1500 enfants de moins de
quatorze ans y travaillent encore, dont 406 au fond de la mine.
L'élimination progressive de cette main d'oeuvre à bon marché, à
partir de 1884, entraîna une revalorisation des salaires, inhérente
dans un premier temps à la pénurie de travailleurs, tandis qu'après la
Première Guerre mondiale, cette situation conduisit à l'embauche d'une
main-d'oeuvre d'origine étrangère.
Dans les familles ouvrières du XIXe
siècle, le travail des femmes et des enfants représente un apport
indispensable pour échapper à la misère. Il est symptomatique de
constater que, dans toutes les enquêtes sur la condition ouvrière, les
budgets-types mentionnent toujours plusieurs salaires par famille, et
même dans ce cas, cela ne les empêche pas toujours d'être déficitaires.
Dans un budget ouvrier au XIXe siècle, les denrées alimentaires
absorbent près de 60 % des dépenses, le pain représente à lui seul 20
à 25 %. Lorsque les salaires augmentent, l'ouvrier dépense plus pour
les vêtements et la nourriture, celle-ci devient plus abondante mais
surtout plus variée, comprenant notamment de la viande. Par contre,
lorsque les salaires accusent une baisse, l'ouvrier est contraint de
réduire les dépenses alimentaires et de recourir au crédit du petit
commerçant (boulanger ou épicier qui vit souvent en symbiose avec la
classe ouvrière). La viande disparaît à nouveau de la table, tandis
que le pain reste la base de l'alimentation. De méteil ou de seigle en
période de maigres revenus, il est de froment dès que les salaires sont
à la hausse. Devant la commission d'enquête de 1886, une femme de Flénu
déclare qu'elle n'a plus consommé de viande depuis plusieurs mois. Pour
accompagner le pain, l'ouvrier mange des pommes de terre, quelques
légumes du potager, du lard. Viande et volaille restent réservées au
menu de fête ; la boisson courante est le café et, si les salaires le
permettent, la bière. On voit nettement que l'apport des salaires
d'enfants est indispensable pour maintenir le budget en équilibre.
Quant aux logements ouvriers, ils
offrent souvent un spectacle désolant. Ce sont des « habitations
basses, humides, resserrées, froides, sans air et sans lumière, leur
encombrement le jour et surtout la nuit, les exhalaisons qui les
entourent presque toutes, proviennent le plus souvent de dépôts de
fumier ou de matières végétales et animales en putréfaction et
quelquefois de mares croupissantes. » ( Commission
médicale du Hainaut. Enquête de 1843
.)
Tous les témoignages concordent, qui décrivent ces habitations
ouvrières malsaines et surpeuplées. Plus grave encore est la situation
des ouvriers ‘forains’ qui louent un lit à la semaine dans des
‘auberges’ où les locataires se relaient jour et nuit pour trouver
quelques heures de repos. Évoquant l'habitat des mineurs borains en
1878, Vincent Van Gogh écrivait à son frère Théo : « Les villages de ce
pays sont de véritables labyrinthes avec leurs innombrables ruelles et
passages bordés de maisonnettes ouvrières... autour des charbonnages,
de misérables cahutes de mineurs, quelques arbres morts, noircis par la
fumée, des haies de ronces, des tas de saletés et de cendres, des
montagnes de charbon inutilisé. » Si l'habitat s'améliore quelque peu
dans le courant du siècle, les loyers doublent de prix entre 1843 et
1891. Avant 1914, les logements ouvriers restent toujours privés de
l'hygiène la plus élémentaire.
Les moeurs ouvrières,
incontestablement plus libres, heurtent de front l'austérité bourgeoise
du XIXe siècle ; pourtant, le pourcentage de naissances illégitimes est
inférieur dans les régions industrielles à celui des régions rurales ;
la société Saint-François-Régis, subsidiée par le patronat cherche
néanmoins à régulariser les concubinages et encourage les mariages
religieux. Beaucoup voient dans le travail de la femme un des agents
essentiels du relâchement des m½urs ; à ce sujet, voici un exemple
étonnant : ‘la faiblesse constitutionnelle du sexe, écrit le Dr
Petermans de Seraing en 1843, sa pusillanimité, l'imprudence et
l'imprévoyance qui le caractérisent s'opposent à son admission dans
les ateliers de cette espèce, où sa présence développe souvent le
germe de démoralisation qui finit par amener la désorganisation
physique de celui qui cède à ses passions.’
Le niveau de l'instruction est, parmi
la population ouvrière, fort bas. L'analphabétisme a plutôt tendance à
se maintenir malgré le passage des enfants à l'école pendant quelques
années. À titre d'exemple, d'après un sondage réalisé dans des usines
liégeoises et hennuyères en 1843, 64,8 % des hommes interrogés (enfants
y compris) et 72,2 % des femmes étaient analphabètes ; seuls 10 et 5 %
respectivement savaient lire et écrire. La pratique religieuse est
également en régression constante dans les centres industriels. En
1900, l'abbé Misonne écrit, pour la région du Centre : ‘L'irréligion
s'est répandue dans les masses, là où les usines ont surgi... l'esprit
religieux a tellement baissé qu'on peut dire sans beaucoup exagérer
qu'il est nul à l'heure présente... l'ouvrier d'usine veut être
franchement mauvais, impie et sectaire.’ Le développement des idées
socialistes et des sociétés de libre-pensée contribue certainement à ce
phénomène, cependant les pratiques traditionnelles du baptême et de la
communion restent encore très répandues : dans le Centre, 4 %
seulement des enfants ne sont pas baptisés vers 1900, et l'on ne compte
que 6 % de mariages uniquement civils. C'est, plus que la religion
elle-même, la place de l'Église dans la société qui provoque la
désaffection ouvrière puisque des sectes protestantes, plus conformes
à l'attente de la classe ouvrière en matière de foi, s'affirment
vigoureusement dans le Borinage au XIXe siècle. Le patronat est parfois
attentif à toutes ces questions, ainsi la Chambre de Commerce de Mons
se prononce en 1843 en faveur de l'interdiction de l'admission dans
les ateliers de ceux ‘qui n'auraient point fait leur première
communion et qui ne sauraient ni lire ni écrire ou qui ne
justifieraient point qu'ils fréquentent le catéchisme et une école.’ De
même, l'association houillère du Couchant de Mons subsidie les écoles
du bassin, particulièrement les écoles catholiques, qui forment des
jeunes gens faisant ‘pour la plupart, preuve d'aptitude et de
subordination.’
L'alcoolisme est, certainement, l'un
des fléaux les plus terribles de la vie ouvrière au XIXe siècle. Les
ouvriers prennent l'habitude de boire avant et après le travail ; une
partie de leur temps libre se passe dans les cafés - les assommoirs -
qui prolifèrent dans les bourgs industriels et aux abords des
entreprises. Dans la province de Namur en 1885, on compte un débit de
boissons pour 18 hommes, dans le Borinage, un pour 23 habitants.
Ceux-ci sont tenus souvent par des contremaîtres, des porions ou des
membres de leur famille : c'est là d'ailleurs un des aspects du
truck system
qui
sévit au XIXe siècle.
SANS
DROIT
Victime d'une infériorité sociale évidente, le prolétariat connaissait
également un état d'infériorité politique et juridique. La
Constitution de 1830, ‘la plus libérale d'Europe’, en dépit des
déclarations solennelles concernant l'égalité des citoyens, réservait
l'exercice des droits politiques à quelques milliers d'électeurs
censitaires. De droits sociaux, il n'en était évidemment pas question.
Les grèves ou coalitions étaient interdites, l'article 415 du Code
Pénal prévoyait de un à trois mois de prison pour les grévistes, de
deux à cinq ans pour les ‘meneurs’. Jusqu'en 1866, date de son
abrogation, 1500 ouvriers dans l'ensemble du pays ont été condamnés à
des peines de prison. Les coalitions patronales, pour imposer une
diminution ‘injuste et abusive’ des salaires, étaient également
interdites (art. 414) mais on ne garde pas le souvenir de poursuites en
ce domaine, malgré l'existence de comités industriels tels que les
associations houillères qui décidaient de la politique des salaires. Il
est vrai que les diminutions salariales étaient toujours justifiées par
la conjoncture économique contraignante. Elles n'étaient donc pas
considérées comme ‘injustes ou abusives’, mais comme
inéluctables. Cet article fut remplacé par l'article 310, qui visait la
liberté de travail. (Les dispositions pénales en furent sévèrement
aggravées en 1892, en pleine tourmente sociale ; toute atteinte à la
liberté de travail, mais aussi toute intimidation pouvait désormais
être punie de un mois à deux ans de prison). Cela permettait de
poursuivre les grévistes sur d'autres bases, néanmoins, la grève en soi
n'est plus interdite et cette modification coïncide avec le début des
grandes grèves en Wallonie.
En justice, l'ouvrier était victime
d'une discrimination explicite, puisqu'en vertu de l'art. 1781 du Code
Civil, ‘le maître était cru sur son affirmation’ en cas de contestation
à propos de gages ou de salaire, tandis que l'ouvrier ou le domestique
devait faire la preuve de ses accusations. Son ignorance de la langue
et des arcanes de la procédure accentuait encore sa dépendance totale
et il faudra l'intervention d'avocats progressistes pour qu'il soit
défendu efficacement. Enfin l'ouvrier était victime d'une dernière
mesure qui permettait de le contrôler étroitement : c'était
l'obligation pour lui de se faire enregistrer et de détenir un
livret ouvrier
qu'il devait déposer chez son employeur. Article 1781 et
livret ouvrier furent supprimés en 1883.
L'ATTITUDE
DES CLASSES DIRIGEANTES
K. Marx a défini la Belgique comme ‘le paradis du capitalisme
continental’. Les gouvernements qui se sont succédé dans le pays
depuis l'indépendance : unionistes, puis libéraux et catholiques, ont
ignoré la question sociale. L'idéologie dominante du libéralisme
économique, la formule tabou du ‘laisser faire, laisser passer’ a
guidé tout leur comportement. Lors du retour au pouvoir des
catholiques, en 1884, l'affirmation de la ‘jeune droite’ et la
naissance de la démocratie chrétienne auraient peut-être permis un
revirement et une politique plus active dans ce domaine, mais c'est à
la lueur tragique des incendies de 1886 que s'est opérée la mutation,
encore très prudente.
Eudore Pirmez, ancien ministre
libéral, analysant la crise, écrivait encore en 1884: ‘c'est la
situation des propriétaires et des capitalistes qui est moins bonne, ce
sont eux qui souffrent. Nulle plainte du côté du travail.’ Charles
Woeste, leader incontesté de la droite catholique, déclarait aussi au
Parlement, en 1878 : ‘Nous membres de la droite, et vous membres de la
gauche qui, pour la plupart, n'admettez pas plus que nous qu'il y ait
une question sociale à résoudre...’. Lorsque les classes dirigeantes se
sont penchées sur la situation sociale de la classe ouvrière, elles
étaient préoccupées plus par des contingences morales que matérielles,
puisqu'elles étaient persuadées que les premières déterminaient les
secondes. De nombreuses enquêtes ont été réalisées, en 1843, 1871,
1886, 1907. Fort utiles pour le sociologue et l'historien, elles ont,
en leurs temps, été suivies de peu d'effets. Des hommes politique,
comme Ch. Rogier ou Ch. de Brouckère, des fonctionnaires comme E.
Ducpétiaux et A. Visschers, ont réalisé des études et proposé de
petites réformes. Mais la réglementation du travail ou celle des
rapports entre patrons et ouvriers rencontra l'opposition obstinée des
milieux industriels et politiques, fermement attachés à la
non-intervention en cette matière.
Les réformes législatives de 1866
(suppression de l'interdiction des coalitions) et de 1883
(suppression de l'art. 1781 du Code Civil et du livret ouvrier)
procèdent plus d'un souci de justice que de réforme sociale. Le
problème du travail des femmes et des enfants est, à cet égard,
éclairant. Étudié lors de l'enquête de 1843, il fit l'objet d'un projet
de loi en 1878, fort modeste, mais qui fut cependant repoussé par le
Sénat, où les représentants libéraux des arrondissements houillers
votèrent selon le voeu des patrons charbonniers. En 1886, à Mons, ces
derniers se prononcèrent encore contre toute réglementation qui
conduirait immanquablement, selon eux, l'industrie houillère à la ruine
; ils demandaient au contraire au Gouvernement ‘d'augmenter dans une
large mesure l'effectif de la gendarmerie dans les centres
industriels.’ Un arrêté royal de 1884 fixa à 12 et 14 ans l'âge
respectif d'admission des garçons et des filles dans les travaux
souterrains. Le travail des enfants ne fut réglementé qu'en 1889 et en
1914 : l'établissement de l'enseignement obligatoire, que doctrinaires
libéraux et conservateurs catholiques avaient repoussé jusqu'alors,
alla de pair avec l'interdiction du travail des enfants de moins de 14
ans.
Après les troubles sanglants de 1886,
la législation sociale se développa quelque peu sous la pression de
l'aile démocratique du parti catholique et avec l'aide des députés
socialistes et progressistes ; mais en 1890, la Belgique se
distinguait encore à la Conférence de Berlin sur la réglementation du
travail par son opposition à diverses mesures, pourtant appliquées à ce
moment en France, en Angleterre et même en Allemagne.
Diverses institutions, tant publiques
que privées, ont certes été créées en faveur de la classe ouvrière,
mais leurs résultats restent globalement insuffisants. C'est le cas
notamment des Caisses de Prévoyance en faveur des ouvriers mineurs,
fondées au milieu du siècle. Alimentées à la fois par des cotisations
ouvrières (environ 2 % du salaire) et patronales (environ 1 % du
salaire), elles accordent des pensions de vieillesse aux ouvriers de
plus de 70 ans, des pensions d'invalidité en cas d'accidents du
travail, des pensions aux veuves et orphelins. Mais leurs interventions
restent limitées et insuffisantes. (Un accident en 1867 fait 57 morts à
Dour, 24 pensions seulement sont accordées et celles-ci varient entre
120 et 140 francs par an, soit à peu près le prix d'un pain par jour).
En 1856, une Caisse de Prévoyance a également été créée pour les
carrières du Hainaut, mais elle n'a subsisté qu'à Soignies.
Un certain nombre de sociétés
industrielles ont construit des maisons ouvrières : les charbonnages
du Grand-Hornu, Bois-du-Luc, les usines Cockerill, la Vieille-Montagne,
le Val-Saint-Lambert... Elles cherchaient ainsi à s'assurer les
services d'une main-d'oeuvre stable, sur laquelle elles pouvaient
exercer une pression non négligeable. (Cette ‘protection’ a permis au
Grand-Hornu par exemple de ne pas subir de grèves avant les années 80,
îlot de paix sociale dans le Borinage en fusion). En échange de cette
influence très nette, elles offraient un habitat salubre, trop rare
encore au XIXe siècle. Aux charbonnages de Mariemont-Bascoup, Warocqué
permit la création de plusieurs institutions, notamment d'un comité de
conciliation habilité à entendre les doléances des ouvriers. Mais ces
divers exemples restent des exceptions dans le monde industriel et ne
donnaient pas de réponse d'ensemble aux problèmes sociaux. L'influence
apaisante qu'ils ont pu avoir pendant quelque temps sur le
comportement ouvrier fut de toute manière balayée par la tourmente
sociale de la fin du siècle.
LES FUREURS
OUVRIÈRES
Les conflits sociaux ont existé à toute époque : la date de
l'indépendance belge n'a donc aucune signification particulière dans ce
domaine. Mais les transformations rapides de l'économie vont, elles,
modifier profondément la nature de ces conflits et en intensifier la
cadence. Au XIXe siècle, il subsiste toujours des mouvements qu'on
pourrait qualifier d'Ancien Régime. Ce sont les portefaix de Liège et
de Namur, qui, avec une belle constance, réclament le rétablissement
de leur monopole corporatiste ; c'est l'agitation qui se développe dans
la plupart des villes wallonnes en 1830, mais surtout en 1847-48,
contre la cherté des grains ; c'est le pillage du moulin de Marchienne
en 1867 ou encore la colère des mineurs de fer de Morialmé ou des
peleurs d'écorces des Ardennes namuroises qui expulsent des
travailleurs étrangers à leur commune.
Par contre, de nombreux conflits d'un
type nouveau apparaissent. Les grèves qui surgissent alors sont
dirigées essentiellement soit contre l'introduction de nouvelles
techniques, soit contre l'affichage explicite de règlements de travail,
soit encore, (et ce sont les plus nombreuses), pour la défense des
salaires.
Les destructions de machines ou
d'ateliers n'ont pas été aussi fréquentes qu'on le suggère parfois,
mais il en existe néanmoins quelques exemples. En 1830, dans le
Borinage, une foule en colère détruit le chemin de fer du charbonnage
du Grand-Hornu, pille le château de son propriétaire Henri Degorge.
Émus de leur propre audace, les pilleurs rapportent la plupart des
objets subtilisés les jours suivants. En 1834, des ouvriers
métallurgistes d'Herstal endommagent une fonderie à Sclessin ; plus
tard, en 1886, des cortèges d'ouvriers détruisent et pillent verreries
et ‘châteaux’ dans la région de Charleroi. Ces mouvements de colère,
suscités par la misère, expriment à chaque fois la crainte du chômage ;
ils sont parfois dirigés contre de nouvelles machines ou de nouvelles
techniques rendues responsables de la crise économique.
Dans un même ordre d'idées, certains
groupes d'ouvriers s'opposent à la création de vastes sociétés
anonymes, regroupant de nombreuses entreprises, comme ces carriers et
chaufourniers de la vallée de l'Escaut entre Tournai et Antoing en
1838, ou encore comme les ouvriers armuriers de Liège en 1836. Dans le
Borinage, les mineurs ne se sont pas opposés à la création des
nouvelles sociétés, mais lorsqu'elles tentent, en 1836 et en 1861,
d'imposer des règlements de travail, ils se mettent en grève pour les
refuser. De la même manière, ils se sont mis en grève pour s'opposer à
la remise en vigueur des livrets ouvriers, réclamés par le patronat
charbonnier en 1841, repoussant ainsi les mesures d'organisation et de
rationalisation décidées par les grandes compagnies. En 1912 encore, le
Borinage entier fera la grève pour empêcher les sociétés charbonnières
de remplacer la paie hebdomadaire traditionnelle par la paie
bimensuelle. Les grèves de solidarité, en faveur de l'augmentation des
salaires ou contre leur diminution (les ‘tenages bons’, comme on les
appelait alors) sont déjà nombreuses, dans les charbonnages liégeois en
1831 et 1848, dans les mines de fer du Namurois en 1835, sur les
chantiers de chemins de fer dans la même région, ainsi que dans les
carrières du Tournaisis et de la région de Soignies. Mais dans ce
domaine, la loi fait preuve de son efficacité.
L'intervention immédiate et décidée de
la gendarmerie accompagnée de quelques arrestations, a rapidement
raison des grévistes ; le travail reprend le lendemain ou, au plus
tard, deux jours après. Seul le Borinage fait exception et les conflits
y préfigurent, par certains aspects, les grèves de la fin du siècle.
Non seulement, les grèves s'étendent à l'ensemble du bassin, ou du
moins au centre et à l'est de celui-ci, mais en outre elles se
prolongent parfois plusieurs semaines : deux semaines en 1836, quatre
en 1841 (touchant 18 000 travailleurs), quatre aussi en 1861 (15 000
grévistes qui se relaient), une semaine et demie en 1862. La
gendarmerie se révèle incapable de disperser les cortèges menés par les
femmes et les enfants qui sillonnent le bassin pour inciter à remonter
les traits et faire cesser le travail dans chaque charbonnage. Les
forces de l'ordre n'hésitent pas à tirer quand elles se sentent
menacées, l'armée est obligée d'intervenir, d'investir la région pour
garder les charbonnages. Il y a des morts et des blessés dans la
population ouvrière en 1836, 1841, 1862. Seule la faim, en dépit de
véritables ‘razzias’ opérées dans l'arrière-pays agricole, peut mettre
un terme à ces longues grèves, qui forgent en peu de temps
l'extraordinaire conscience collective du Borinage houiller.
Ces divers mouvements, le plus souvent
purement défensifs, naissent instinctivement, spontanément et sécrètent
en leur sein des dirigeants naturels d'un jour ou d'une semaine, visés
en premier lieu par la répression des tribunaux. Ne trouvant plus de
travail, ces ‘meneurs’ sont souvent obligés de s'exiler ; nulle
personnalité, nulle organisation n'émergent de ces premières grèves.
À l'occasion de l'importante coalition de 1861 dans le Borinage, l'organe
démocratique
La
Tribune du Peuple
de Bruxelles prit la défense des grévistes et dénonça la répression
dont ils étaient victimes. Les Borains n'en surent probablement rien,
mais il s'agit là d'une des premières manifestations de solidarité du
mouvement démocratique urbain à l'égard du prolétariat industriel.
L'agitation et la propagande démocratique et républicaine existent en
Wallonie en 1830 et en 1848, mais elles restent limitées à une petite
fraction de la bourgeoisie et de l'artisanat. Certes des organisations
sont créées, des journaux, comme
L'Ouvrier, Dimanch
e
de Joseph Dumoulin à Liège, la
Réforme
à Verviers, le
Démocrate
à Charleroi sont fondés, des banquets démocratiques sont organisés en
1849 à Verviers, Roux, Fleurus, des personnalités s'affirment : V.
Tedesco, les frères Delhasse... mais le prolétariat industriel n'est
nullement concerné. Il faudra attendre la création de l'Association
Internationale des Travailleurs à Londres en 1864, et de sa section
belge établie à Bruxelles en 1865, pour que le mouvement démocratique
soit mis en contact avec la dynamique du mouvement social.
De 1863 à 1866, la conjoncture
économique favorable avait provoqué une sensible augmentation des
salaires, mais la récession frappe métallurgie et charbonnages de
Charleroi dès 1867, et l'ensemble de la région industrielle en
1868-69, et ceci au moment où le coût des denrées alimentaires amorce
une des hausses les plus importantes du siècle. Des conflits violents
éclatent alors à Charleroi en 1867 et 1868, à Liège et dans le Borinage
en 1869. En février 1867, ce sont les métallurgistes de Marchienne qui
se mettent en grève (leur première grande grève), ils sont suivis par
les mineurs de la région. Le moulin de Marchienne est pillé, la troupe
tire : une vingtaine d'ouvriers sont couchés sur le pavé, on compte
trois morts. Un an plus tard, ce sont les mineurs du Gouffre à
Châtelineau qui refusent d'accepter de nouvelles diminutions de
salaire, une bande de mineurs essaie de faire cesser le travail au
charbonnage de l'Épine, les bureaux sont envahis, les livrets
d'ouvriers déchirés, le régiment du 11e de ligne est envoyé sur place
et ouvre le feu : il y a cette fois dix morts et de nombreux blessés.
La grève s'étend aux charbonnages de la Basse-Sambre et se perpétue
ainsi que par à-coups, pendant un mois, dans la région de Charleroi.
Cette fois, 22 ouvriers sont traînés devant la Cour d'Assises de Mons.
Tout en déplorant les violences, l'Internationale proteste dans un long
manifeste contre le massacre. Pour défendre les inculpés, elle crée un
comité groupant plusieurs avocats du Barreau de Bruxelles et de Mons,
parmi lesquels V. Arnould, P. Splingard, P. Janson et E. Robert (toute
la jeune pléiade socialisante du journal
La Liberté
). Ceux-ci obtiennent un acquittement triomphal, après avoir dénoncé
l'exploitation dont sont victimes les ouvriers et justifié leur droit à
la grève. En avril 1869, la grève des métallurgistes et des mineurs à
Seraing, celle des mineurs dans le Borinage, sont à nouveau réprimées
avec violence (quatre morts et de nombreux blessés). ‘Les ouvriers sont
domptés mais ne sont pas soumis’, écrit le procureur du roi à
Charleroi. L'Internationale proteste, mais plusieurs de ses dirigeants
sont arrêtés.
De mai 1868 à avril 1869, les
militants de l'Internationale ont tenu plusieurs centaines de meetings
pour donner un contenu politique à la révolte sociale et pousser les
ouvriers à s'organiser, à créer des caisses de résistance et des
coopératives. À Verviers, les Francs-Ouvriers, qui éditent un
hebdomadaire, le
Mirabeau
,
à Liège les sections de l'Internationale ont une base relativement
solide. En Hainaut, des dizaines de groupes se constituent en quelques
mois (42 dans le bassin de Charleroi) mais ils restent très faibles en
raison de la pénurie de militants instruits. L'année 1869 marque le
sommet de la pénétration de l'A.I.T. en Wallonie, avec la création des
fédérations du Borinage, du Centre et de Charleroi. Elle compte, à ce
moment, peut-être 10000 membres, tout au plus, mais cette implantation
est éphémère : l'arrestation et la détention de plusieurs membres du
bureau de la section belge, les dissensions internes en mai 1869, la
guerre franco-prussienne suivie de la Commune de Paris et des conflits
au sein de l'A.I.T. déterminent un reflux tout aussi brusque. La
fédération de Verviers se range dans le courant autonomiste et
anarchiste de l'A.I.T. moribonde, tandis que, dans le Hainaut, ne
subsiste que la Solidarité de Fayt, coopérative et société de secours
mutuels qui a ouvert une Maison du Peuple à Jolimont. Les autres
groupes vivotent, puis disparaissent : il est vrai qu'un ‘boom’
économique sans précédent (1871-73) détermine une hausse rapide des
salaires et rend momentanément la classe ouvrière moins sensible aux
nécessités de l'organisation. Cette prospérité économique est de très
courte durée, et les grèves reprennent, aussi nombreuses, aussi
inefficaces qu'auparavant.
LA POLITISATION DU
MOUVEMENT OUVRIER (le début)
Les tentatives de réorganiser un mouvement socialiste belge en 1879
s'effectuent à l'écart de la Wallonie, les rares organisations qui y
subsistent, persistent dans leur méfiance vis-à-vis de la
centralisation et de l'action politique. Lors de la grève de 1879-80
dans le Borinage, c'est en vain que les militants socialistes tentent
de l'organiser et de lui donner un programme cohérent. En 1884-85, une
nouvelle rencontre met le mouvement démocratique et socialiste en
présence du mouvement ouvrier de la grande industrie wallonne. Les
années précédentes avaient vu s'intensifier une nouvelle campagne
politique en faveur de l'extension du droit de vote. Le vote de la loi
qui, en 1883, accordait le suffrage à certains ouvriers ‘capacitaires’
pour les élections communales, relance les efforts d'organisation dans
les grandes villes. Des ‘ligues ouvrières’ se forment, surtout à
Bruxelles, mais la première fut créée à Seraing en août 1883. Quelques
ouvriers socialistes sont élus à Bruxelles, à Charleroi où ils avaient
été patronnés par des libéraux progressistes. Ailleurs, des listes
socialistes recueillent quelques voix : 450 à Liège, 300 à Verviers.
Parallèlement, les ouvriers de la grande industrie, particulièrement
les mineurs et les verriers, sont à nouveau touchés par la récession ;
les salaires mais surtout l'emploi diminuent. De nombreuses grèves
éclatent, et cette fois, la solidarité se manifeste de manière
concrète. Les mineurs borains en grève reçoivent 30 000 pains, envoyés
par les coopératives du
Vooruit
de Gand, de Bruxelles, d'Anvers, de Verviers. Des organisations,
caisses de résistance, groupes politiques et coopératives, naissent
partout et répondant à l'appel de la Ligue Ouvrière de Bruxelles,
fondent en 1885 le Parti Ouvrier Belge (P.O.B.)
Des boulangeries coopératives se
créent dans toute la Wallonie : celle de Jolimont qui rayonne sur tout
le bassin du Centre, la Populaire à Liège, celle de Verviers et
d'innombrables petites sociétés dans les bourgades industrielles, dans
les bassins de Liège, Charleroi et du Borinage. Elles vendent ‘el
pangne dou souffratche’. (...)
En 1886, une grave crise sociale coïncide avec la campagne développée par le jeune P.O.B. en faveur du
suffrage universel.
Le
Catéchisme du Peuple
d’Alfred Defuisseaux fixe les idées démocratiques de base de façon
efficace dans l’esprit des ouvriers, deux cent mille exemplaires sont
diffusés dans tout le pays en mars et en avril. On l’apprend par c½ur.
En mars 1886, le sang des ouvriers coulera encore, mais cette fois, la
toute-puissance du patronat recule, une législation sociale minimum est
constituée le 9 novembre 1886. La voie est ouverte, le chemin sera
encore long.
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(1) La Wallonie,
Le pays et les hommes, tome II, p. 158-189.