La Convention de l'UNESCO pour la défense de l'identité culturelle

au Parlement wallon


Voici quelques extrait significatifs de la discussion du 17 octobre 2006 au sujet du projet de décret portant assentiment à la Convention de l'UNESCO. Ensuite vient le texte du compte-rendu analytique de la séance du 8 novembre 2006 avec le vote.

Source : C.R.A.C. 8 (2006-2007) Commission des Relations internationales - mardi 17 octobre 2006, page 8
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Mme Marie-Dominique Simonet, Ministre de la Recherche, des Technologies nouvelles et des Relations extérieures. – (...) L'objectif poursuivi par ce texte est important : il garantit, dans le domaine de la culture, la liberté des États de définir et de mener des politiques pour préserver la diversité de leurs expressions culturelles.

(...) Le nouvel instrument normatif consacre la reconnaissance internationale du droit souverain des États et des gouvernements de formuler et de mettre en oeuvre des politiques culturelles permettant le développement de secteurs culturels forts qui puissent contribuer à une véritable diversité culturelle sur la scène nationale et internationale. La Convention reconnaît la nature spécifique des biens et services culturels, en tant que porteurs de valeurs, d'identité et de sens qui transcendent leur dimension commerciale.

Le Parlement de la Communauté française a donné son assentiment à la Convention, le 1er juin 2006. En cours de procédure, le caractère mixte de la convention a été reconnu et le Gouvernement wallon a tout mis en oeuvre pour que la procédure d'assentiment avance rapidement.

Le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale a approuvé le texte de la Convention en première lecture le 17 septembre. (...) Aux dérives d'une mondialisation sauvage, la Communauté internationale veut désormais opposer les convergences, les brassages culturels et le respect des identités, vrais socles de la paix dans le monde. La Région wallonne soutiendra avec fermeté cet objectif de pluralisme sur lequel je reviendrai d'ailleurs dans ma réponse à la questionde M. Cruck sur l'OMC.

M. Jean-Claude Van Cauwenberghe (PS). – Il s'agit effectivement ici d'une convention internationale de première importance. Sauvergarder la diversité culturelle est primordial à notre époque où l'hégémonie américaine dans le domaine est écrasante. Je pense que tout Wallon et tout francophone doit soutenir ce texte avec enthousiasme.

Ma question est : quel est exactement l'impact pour nous ? En ce qui concerne la culture wallonne, quelles sont exactement les répercutions de ces mesures, par exemple en ce qui concerne ce patrimoine immatériel qu'est la langue wallonne.

Les acteurs, comme les asbl, pourraient-ils se saisir de cette convention pour mieux défendre leur droit et agir quant aux disciminations vis-à-vis de la défense des cultures régionales ?

Mme Marie-Dominique Simonet, Ministre de la Recherche, des Technologies nouvelles et des Relations extérieures. – Il s'agit bien évidemment de l'étape suivante. Le but est de permettre aux États et aux entités fédérées de pouvoir soutenir certaines organisations. Cependant, une asbl en tant que telle ne pourra pas se prévaloir de l'instrument. C'est l'État lui-même qui devra porter le dossier.

(...), page 9 :

M. Richard Miller (MR). – Ces travaux sont extrêmement importants. Je tenais d'ailleurs à en être le Rapporteur car ce dossier était déjà en 2000 sur le bureau d'un Gouvernement dont je faisais partie, à l'époque.

Le Groupe MR appuie à 100 % le projet de décret présenté par la Ministre. Je suis heureux de ce dénouement. Dès les années 90, les libéraux francophones avaient appuyé cette demande d'une plus grande garantie culturelle.

Le point soulevé par M. Van Cauwenberghe me paraît déterminant. Le fait qu'aujourd'hui on débatte ici sur un texte portant sur la diversité culturelle n'est pas innocent.

Madame la Ministre a bien souligné que cette convention concernait tous les États. Si toutes les entités fédérées doivent signer ce Traité, je me pose tout de même la question de connaître l'attitude, vis-à-vis de ce texte, du Parlement flamand. Je vous rappelle qu'aujourd'hui, la Communauté française ne peut toujours pas subsidier une bibliothèque d'ouvrages francophones en Région flamande, ni même dans les communes proches de Bruxelles. Je demande qu'en séance publique, la Ministre puisse venir avec l'analyse du Gouvernement sur ce point. Les conséquences politiques de ce texte sont importantes.

Je suis un grand défenseur de la langue wallonne et je tiens à préciser que si une asbl ne peut se revendiquer de cette convention, je ne vois pas ce qui l'empêcherait de s'attaquer à la RTBF sur base de cette convention, car rien ou quasiment rien sur la RTBF ne fait la promotion de la langue wallonne.

Pour la première fois, nous avons un outil pour lutter contre l'homogénisation culturelle américaine. Henri Kissinger, dans son dernier ouvrage sur l'hégémonie américaine, consacre les deux premières pages à faire état du caractère culturel de cette suprématie.

Quoi qu'il en soit, ces projets de décret doivent réjouir tous les démocrates.

Je note également que pour la première fois, la dimension culturelle est liée à la notion de développement. Ceci doit nous inciter à accentuer nos contacts avec les pays moins avancés d'Afrique et d'ailleurs.

(...), page 10 :

M. Jean-Claude Van Cauwenberghe (PS). – La minorité est une chose, la diversité culturelle en est une autre. Il s'agit de deux concepts différents. De plus, la question n'est pas de savoir comment interpréter la convention, mais d'en définir les effets en termes de principes dans les régions et les États. Quelles actions peuvent être entreprises ? Quels recours peuvent être introduits ? Je n'y vois pas un exercice périlleux mais seulement l'indication de grands principes directeurs.



Voici le compte-rendu analytique (résumé) de la discussion des parlementaires wallons sur l'application de la Convention de l'U.N.E.S.C.O. concernant la défense du patrimoine culturel.



PROJET DE DÉCRET PORTANT ASSENTIMENT,
EN CE QUI CONCERNE LES MATIÈRES TRANSFÉRÉES PAR LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE, À LA CONVENTION
UNESCO SUR LA PROTECTION ET LA PROMOTION DE LA DIVERSITÉ DES EXPRESSIONS CULTURELLES,
 ADOPTÉE LE 20 OCTOBRE 2005 ET FAITE À PARIS LE 9 DÉCEMBRE 2005


C.R.A. 4 ( 2006-2007) - mercredi 8 novembre 2006  (page 10)


DISCUSSION GÉNÉRALE


M. le Président . – L’ordre du jour appelle l’examen des projets de décret suivants :
Ces projets de décret ayant fait l’objet d’un examen commun en Commission, je vous propose d’en débattre conjointement.

Pour le projet de décret n° 446, je souhaite rappeler aux Membres que conformément à l'article 50, alinéa 2 de la Loi spéciale de Réformes institutionnelles du 8 août 1980, les Membres du Parlement wallon qui ont exclusivement ou en premier lieu prêté serment en allemand ne peuvent participer au vote sur des matières communautaires.

Je déclare la discussion générale ouverte.

La parole est à M. Miller, Rapporteur.

M. Richard Miller, Rapporteur. — Votre Commission des Relations internationales, de la Coopération internationale, de la Recherche, des Technologies nouvelles et des Télécommunications s'est réunie en séance publique de Commission le 17 octobre 2006 afin d'examiner le projet de décret portant assentiment à la Convention UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, adoptée le 20 octobre 2005 et faite à Paris le 9 décembre 2005, et le projet de décret portant assentiment à la même Convention en ce qui concerne les matières transférées par la Communauté française.

Mme la Ministre a exposé les dispositions des projets ainsi que les objectifs de cette Convention de l'UNESCO.

L'objectif poursuivi par ce texte est de garantir, dans le domaine de la culture, la liberté des Etats de définir et de mener des politiques visant à préserver la diversité de leurs expressions culturelles.

La préservation de la diversité culturelle s'inscrit dans le mandat constitutif de l'UNESCO. Ce constat a poussé les Etats membres de l'UNESCO à adopter, en novembre 2001, la Déclaration universelle sur la diversité culturelle et un Plan d'action y afférent.

Ce nouvel instrument normatif consacre la reconnaissance internationale du droit souverain des Etats et des Gouvernements de formuler et de mettre en oeuvre des politiques culturelles permettant le développement de secteurs culturels forts, pouvant contribuer à une véritable diversité culturelle sur les scènes nationale et internationale.

La Convention reconnaît la nature spécifique des biens et services culturels, en tant que porteurs de valeurs, d'identités et de sens, éléments qui transcendent la dimension commerciale. Ainsi, dès qu'elle entrera en vigueur, la Convention pourra servir d'instrument de référence pour des Etats qui font face à des pressions pour libéraliser leurs secteurs culturels, que ce soit au niveau de l'OMC ou à celui de négociations bilatérales ou plurilatérales.

La Convention servira également de forum international afin de discuter des défis posés à la diversité des expressions culturelles et aux politiques culturelles qui la soutiennent.

La Convention constituera en outre, un levier de coopération avec les pays en développement qui oeuvrent à l'émergence d'industries culturelles viables sur leur territoire.

La procédure de ratification de la Convention entrera en vigueur trois mois après la date du dépôt du trentième instrument de ratification. Pour l'instant, 13 États ont déjà achevé leur procédure de ratification.

Le Parlement de la Communauté française a donné son assentiment à la Convention, le 1er juin 2006. La Communauté flamande et le Fédéral en sont, quant à eux, au stade administratif. Le Gouvernement de la Communauté germanophone a approuvé le texte en seconde lecture, le 12 octobre, et le Gouvernement de la Région Bruxelles-Capitale a fait la même démarche, en première lecture le 17 septembre. Il est en attente de l'avis du Conseil d'État.

Au cours de la discussion générale, M. Bodson a insisté sur l'importance d'une coordination efficace à tous les niveaux de pouvoir. M. Van Cauwenberghe a qualifié la Convention de première importance car elle devrait permettre de lutter contre l'homogénéisation et « l'américanisation » de la culture.

Mme la Ministre a par ailleurs précisé que tant l'État fédéral que les entités fédérées pourront se prévaloir de cette Convention au niveau international, mais pas les particuliers ni les associations.

M. Van Cauwenberghe s'est inquiété de savoir si cette convention permettrait de soutenir le développement de la culture francophone en Région flamande, notamment dans les communes à facilités. Votre Rapporteur a appuyé la demande de M. Van Cauwenberghe d'obtenir plus de précisions et l'analyse du Gouvernement wallon par rapport à cet aspect des choses, à savoir les conséquences politiques et juridiques de la ratification de la Convention pour la Région wallonne. Il est en effet impératif de connaître l'analyse du Gouvernement wallon à ce sujet.

Mme la Ministre a alors répondu que l'interprétation d'un traité évolue au fil des années. La Cour d'Arbitrage a, en outre, répondu par la négative à la question de savoir si des activités de promotion du français en Flandre pouvaient être subventionnées. Mme la Ministre a précisé qu'à ce stade, une déclaration interprétative du Gouvernement wallon n'était pas nécessaire et serait périlleuse.

Enfin, M. Pire a applaudi l'existence de la Convention et sa prochaine ratification. Il a constaté que celle-ci met aussi l'accent sur la promotion des besoins culturels particuliers des femmes.

Les deux textes ont été adoptés à l'unanimité des Membres présents.

Je vais maintenant m'exprimer au nom du Groupe MR. Je tiens à rappeler toute l'importance qui a été accordée par les Libéraux francophones à ce texte et à l'aboutissement de celui-ci sur le plan international.

Souvenons-nous qu'en 1994, au sein de notre Assemblée wallonne, nous avons dû ratifier les règles régissant l'Organisation mondiale du Commerce. Le Parti socialiste et le Parti social chrétien les ont ratifiées. Le Groupe Écolo a voté contre et les Libéraux se sont abstenus car ces textes ne contenaient pas assez de dispositions relatives à l'exception culturelle.

Dès 1994, les libéraux francophones ont travaillé à la défense de la diversité culturelle. C'est pourquoi, Madame la Ministre, nous sommes aujourd'hui fiers de voir ratifier la Convention dont nous débattons.

J'insisterai sur un autre point. Au niveau de la Commission européenne, on évoque beaucoup, à propos de l'exception culturelle, « l'esprit de Mons ». C'est important de souligner que la Capitale culturelle de la Wallonie a donné son nom à cet esprit, qui vise à garantir davantage la protection de la diversité culturelle. Tout n'est évidemment pas parti de Mons, mais plusieurs réunions importantes s'y sont tenues.

Quant au fond de la Convention, ce texte constituera un outil essentiel pour la garantie de l'exception culturelle. Certes, il ne donne pas encore toutes les garanties juridiques pour assurer la diversité culturelle mais, c'est un outil qui a le mérite d'exister.

Nous avons pointé l'aspect négatif de la mondialisation ou de la globalisation américaine. Je préfère, quant à moi, parler de globalisation car la mondialisation permet d'aider des populations qui en ont besoin. La globalisation est davantage liée à une idéologie, à un point de vue unique, celui de l' american way of live . C'est cela qu'évoque Henry Kissinger dans son livre « La nouvelle puissance américaine ». L'auteur se réjouit du fait qu'en matière d'armement, de sciences, de technologies, d'enseignement et de culture, l'Amérique excerce un ascendant sans précédent sur l'ensemble de la planète.

Face à cela, le débat que nous tenons au niveau wallon est important. Nous débattons aujourd'hui d'un texte qui aura une influence sur le plan mondial. Je me réjouis du fait que le Conseil d'État ait estimé qu'il fallait qu'on débatte de cette Convention au niveau de la Région wallonne.

Je tiens également à souligner que la Francophonie internationale a joué un rôle considérable pour permettre l'aboutissement de ce texte à l'UNESCO.

Quel sera l'impact de la Convention en matière de défense des intérêts wallons et francophones au niveau de la Belgique ? Étant donné le contexte culturel « tendu » en Belgique, j'ai interrogé Mme la Ministre à ce sujet. Ainsi que je vous en ai déjà fait part, elle m'a répondu qu'il n'y aurait pas de lecture interprétative, pour l'instant, de la part du Gouvernement wallon, cela étant trop périlleux.

Je réitère dès lors à cette tribune la demande du MR : le Gouvernement wallon doit pouvoir nous dire comment ce texte peut influencer au niveau wallon et au niveau de la Communauté française. Je ne comprendrais pas que le Gouvernement wallon ne donne pas sa lecture d'un texte si essentiel.

M. Charles Pire (FN). – Nous comprenons aisément la satisfaction qui vient d'être exprimée à cette tribune en ce qui concerne le dispositif de la Convention UNESCO et l'heureux aboutissement des difficiles négociations qui ont mené à l'adoption, par la Communauté internationale, du texte qui est présenté aujourd'hui.

Le fait qu'il existe maintenant un droit de la protection de la diversité culturelle qui permet à chaque population d'exprimer sa culture, nous réjouit pleinement. Par définition, la personne attachée à nos idées est désireuse de vivre, de communiquer et de transmettre son identité. Dans la situation actuelle, caractérisée par un mercantilisme galopant, il convient, en premier lieu, que j'aide à sauver et à transmettre ma propre culture. Et j'invite mon voisin à faire de même chez lui.

En s'appuyant sur le texte que nous allons ratifier, les Etats pourront, dans le cadre de leurs droits souverains, mettre en oeuvre les politiques et mesures qu'ils jugeront appropriées pour la protection et le développement des cultures.

Tout aussi heureusement, la Convention définit expressément que les activités, biens et services culturels incarnent et transmettent des expressions culturelles, indépendamment de la valeur commerciale qu'ils peuvent avoir.

Les activités culturelles peuvent être une fin en soi. Voilà enfin reconnu, et imposé aux marchands, le fait que la culture peut fonctionner dans une sphère autonome non-subordonnée aux autres domaines et, au premier rang desquels, le dévorant secteur commercial régenté par l'OMC.

Ce statut d'autonomie est de la plus haute importance. Il permettra à ceux qui sont soucieux de développer leur culture, de percer la chape de culture unique et marchande qui envahit la planète.

La Convention ayant heureusement enfin vu le jour, on s'interrogera sur les raisons qui expliquent l'accouchement long, douloureux et difficile qu'elle a subi.

Certes, les marchands qui ont souhaité et travaillé à son avortement étaient forts, riches et motivés, mais cette puissance à vocation universelle n'explique pas tout. En effet, le camp des cultures en difficulté était divisé et il le restera très probablement.

Dans cette famille quasiment décomposée, il y a :
Heureusement, il y avait, et il y a toujours, des responsables et gens de vraie culture qui ont eu le souffle et la détermination qui s'imposaient pour faire aboutir la Convention UNESCO.

Que faire, maintenant que la Convention est pratiquement opérationnelle ? Il faut la mettre en oeuvre, en utilisant les outils qui permettent aux pouvoirs publics de contraindre les marchands envahisseurs.

Le moment de relancer l'action culturelle est arrivé, mais il est important que les Wallons aient toujours à l'esprit qu'ils doivent éviter deux pièges pratiquement consanguins : culture unique et clientélisme, deux travers et réalités de notre vie culturelle qui font sa fadeur malthusienne.

Mme Marie-Dominique Simonet, Ministre de la Recherche, des Technologies nouvelles et des Relations extérieures. – Adoptée le 20 octobre 2005, la Convention UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles constitue un grand pas en avant dans la reconnaissance juridique des balises culturelles de la mondialisation. Cette convention a été adoptée par 148 voix contre 2 et 4 abstentions. Il ne s'agit donc pas d'une mince victoire.

Le but de cette Convention est de garantir, dans le domaine de la culture, la liberté des Etats, de mener des politiques leur permettant de protéger et de promouvoir leurs expressions culturelles.

La Convention reconnaît la nature spécifique des biens et des services culturels en tant que porteurs de valeurs, d'identité et de sens qui transcendent leur dimension commerciale. Cette Convention constituera aussi, entre autres, un levier de coopération avec les pays en développement. Si les Communautés française et germanophone du pays sont directement concernées, la Région wallonne est, elle aussi, touchée par cette Convention, notamment au titre de la gestion du patrimoine et du tourisme. Le respect des cultures et des identités constitue le vrai socle de la paix dans le monde.

Lors du passage du dossier en Commission, vous m'aviez interrogé sur les effets juridiques de cette Convention. Comme vous venez de le rappeler, ce Traité a déjà été ratifié par 13 États. Dans notre pays, il a été ratifié par la Communauté française. En Flandre et à Bruxelles, les choses sont moins avancées, au Fédéral il en est toujours au stade administratif et, en Communauté germanophone, les choses avancent à grands pas. L'Union européenne doit aussi ratifier cette convention. Bref, aujourd'hui, nous sommes « au milieu du gué ».

En vertu de l'article 7 de la Convention, « les parties s'efforcent de créer, sur leur territoire, un environnement encourageant les individus et les groupes sociaux à créer, produire, diffuser et distribuer leurs propres expressions culturelles et à y avoir accès, en tenant dûment compte des conditions et besoins particuliers des femmes, ainsi que de divers groupes sociaux, y compris les personnes appartenant aux minorités et aux peuples autochtones ; et, à avoir accès aux diverses expressions culturelles provenant de leur territoire ainsi que d'autres pays du monde ».

En vertu de l'article 5 de la même Convention, « les Parties réaffirment (...) leur droit souverain de formuler et de mettre en oeuvre leurs politiques culturelles et d'adopter des mesures pour protéger et promouvoir la diversité des expressions culturelles ainsi que pour renforcer la coopération internationale afin d'atteindre les objectifs de la présente Convention ».

En Belgique, il appartiendra donc à chaque autorité, fédérale ou fédérée, chacune en ce qui concerne ses propres compétences, de tout mettre en oeuvre pour créer cet environnement favorable à la culture et de prendre les mesures qui lui semblent nécessaires pour assurer la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles sur leur territoire.

Le même article 5 prévoit, au §2, que, lorsqu'une partie met en oeuvre des politiques pour protéger et promouvoir la diversité des expressions sur son territoire, ses politiques doivent être compatibles avec la Convention et ses principes directeurs. Le troisième de ces principes implique la reconnaissance de l'égale dignité de toutes les cultures. Par conséquent, le principe d'égalité des cultures doit être respecté. Chaque autorité fédérale ou fédérée ne pourra donc intervenir que dans les limites matérielles et territoriales de sa compétence.

M. Jean-Claude Van Cauwenberghe (PS). – Qu'en est-il alors du long travail effectué par la Communauté française pour défendre les bibliothèques et les associations de défense de la culture francophone en Région flamande ou dans la périphérie bruxelloise ? Il me semble que vous renoncez facilement.

Mme Marie-Dominique Simonet, Ministre de la Recherche, des Technologies nouvelles et des Relations extérieures. – Je ne renonce pas. Je vous donne simplement l'état du droit. Cette Convention, au-delà du sentiment, a des effets qui concernent les États et les Gouvernements dans les compétences qui sont les leurs.

M. Jean-Claude Van Cauwenberghe (PS). – Je propose que nous nous servions de cette Convention comme levier pour défendre notamment les Francophones de la périphérie.

M. le Président . – Et aussi ceux des Fourons.

Mme Marie-Dominique Simonet , Ministre de la Recherche, des Technologies nouvelles et des Relations extérieures. – Mais n'oublions pas non plus que cette Convention n'est pas encore ratifiée.

M. Jean-Claude Van Cauwenberghe (PS). – Si Bruxelles et la Flandre ont aujourd'hui des difficultés avec la ratification de cette Convention, c'est bien parce qu'ils donnent une toute autre portée à ce texte. Il y a, sans nul doute, une crainte que nous nous saisissions de ce texte pour aller dans le sens que nous souhaitons.

Mme Marie-Dominique Simonet, Ministre de la Recherche, des Technologies nouvelles et des Relations extérieures. – Ce texte constitue effectivement une avancée pour nous.

Une question se pose quant à l'effet direct de cette Convention.

Telle n'est pas l'intention des négociateurs, dès lors que les destinataires de cette Convention sont les États. Il n'y a pas de dispositions visant à conférer des droits à telle ou telle catégories de personnes.

Si on tient compte de la jurisprudence, l'interprétation de l'intention des négociateurs permet de conclure qu'ils n'ont pas voulu créer d'effet direct.

Cette interprétation de la volonté des parties doit l'emporter, semble-t-il.

Développer des politiques culturelles tout en respectant l'égale dignité des cultures est un principe fondamental.

La conformité de la pratique des États avec ce principe pourra être vérifiée par les tribunaux nationaux au niveau des États qui reconnaissent la primauté du droit international sur le droit interne.

Il convient de souligner que la Convention prévoit également un mode de règlement des différends qui se rapproche à certains égards du règlement judiciaire ou artibral mais qui s'en distingue en ce qu'il débouche sur une proposition de résolution du différend que les parties examinent de bonne foi plutôt que sur une décision obligatoire.

Un comité de conciliation est prévu, tout en précisant que les États ont la possibilité au moment de la ratification d'indiquer qu'ils n'adhèrent pas à ce système particulier. Pour notre part, nous souhaitons y adhérer, tout en espérant que cette position soit unanime.

Sur le plan du suivi, tous les quatre ans, les États devront faire rapport des mesures prises dans le cadre de cette Convention. L'étude de ces rapports par le Comité intergouvernemental devrait favoriser la réflexion critique sur les politiques culturelles, au regard des objectifs de la Convention.

Relevons encore que cette dernière invite chaque État à encourager la participation active de la société civile par le partage de l'information et par la sensibilisation du public.

Bien que cela ne soit pas prévu dans la Convention, le suivi de la mise en oeuvre devrait également s'organiser dans les enceintes parlementaires internationales.

Cette Convention représente une première pierre dans l'édification d'un pilier culturel de la mondialisation. Celui-ci doit maintenant être consolidé, notamment par le biais de l'échange de bonnes pratiques et la jurisprudence à venir du Comité de conciliation.

M. Richard Miller (MR). – Je vous remercie pour votre exposé ainsi que pour le travail accompli.

Une déception cependant : vous avez indiqué que le but de cette Convention n'était pas de régler tous les problèmes internes. Si elle n'a pas pour objectif de régler les problémes particuliers des minorités au niveau de la défense de leur outil culturel, alors, à quoi sert-elle ?

Le Groupe MR a souvent plaidé pour la ratification de cette Convention.

Il s'agit d'un élément important qui devra être versé au dossier du Groupe de travail qui pourra voir le jour en vue de la préparation des débats.

Cette Convention constitue un outil positif pour les francophones de notre pays.



LES VOTES


PROJET DE DÉCRET PORTANT ASSENTIMENT À LA CONVENTION UNESCO SUR LA PROTECTION ET LA PROMOTION DE LA DIVERSITÉ DES EXPRESSIONS CULTURELLES, ADOPTÉE LE 20 OCTOBRE 2005 ET FAITE À PARIS LE 9 DÉCEMBRE 2005

C.R.A. 4 ( 2006-2007) - mercredi 8 novembre 2006  page 57
(DOC. 445 (2005-2006) — N°S 1 ET 2)

M. le Président. – Nous allons voter sur l'ensemble du projet de décret portant assentiment à la Convention UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, adoptée le 20 octobre 2005 et faite à Paris le 9 décembre 2005.

- Il est procédé au vote nominatif.

Le projet de décret est adopté à l'unanimité des 62 membres votants.

En conséquence, il sera soumis à la sanction du Gouvernement wallon.



PROJET DE DÉCRET PORTANT ASSENTIMENT, EN CE QUI CONCERNE LES MATIÈRES TRANSFÉRÉES PAR LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE, À LA CONVENTION UNESCO SUR LA PROTECTION ET LA PROMOTION DE LA DIVERSITÉ DES EXPRESSIONS CULTURELLES, ADOPTÉE LE 20 OCTOBRE 2005 ET FAITE À PARIS LE 9 DÉCEMBRE 2005

C.R.A. 4 ( 2006-2007) - mercredi 8 novembre 2006 (page 58)
(DOC. 446 (2005-2006)— N°S 1 ET 2)

M. le Président. – Nous allons voter sur l'ensemble du projet de décret portant assentiment, en ce qui concerne les matières transférées par la Communauté française, à la Convention UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, adoptée le 20 octobre 2005 et faite à Paris le 9 décembre 2005.

Ce vote se déroulera dans les conditions prévues à l'article 50, alinéa 2 de la Loi de Réformes institutionnelles du 8 août 1980, c'est-à-dire sans recueillir le suffrage de Mme Dethier-Neuman et de MM. Grommes, Stoffels et Pire.

- Il est procédé au vote nominatif.

Le projet de décret est adopté à l'unanimité des 58 membres votants.

En conséquence, il sera soumis à la sanction du Gouvernement wallon.

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